La Syrie du nord-est assoiffée

Depuis le mois de juin 2021, la Turquie a réduit la quantité d’eau dans l’Euphrate pour la Syrie de 500 m3 seconde à 214m3 en retenant cette eau dans ses barrages en amont.

Nous roulons à petite allure sur le pont flottant qui enjambe le fleuve Tigre pour entrer en Syrie depuis l’Irak. La frontière Turque est proche. Faysh Khabur est le seul point de passage pour entrer dans ce nord-est Syrien aujourd’hui enclavé entre la Turquie et le territoire contrôlé à l’ouest par les autorités syriennes à Damas.

Cette région située entre le Tigre et le fleuve Euphrate est sous le contrôle du Conseil Démocratique Syrien dirigé par les kurdes avec des arabes et des représentants de ce qu’il reste ici des chrétiens syriaques et arméniens chassés de leurs terres comme de nombreux kurdes. Ce territoire a été le lieu d’âpres et meurtrier combats menés par les forces kurdes face aux djihadistes de Daech, depuis la bataille de Kobané jusqu’à celle de Raqqa avec l’appui de la Coalition Internationale dont la France, les Etats-Unis et la Grande Bretagne.

Raqqua, comme à Kobané, une guerre destructrice, immeuble par immeuble, que les combattants kurdes, femmes et hommes, ont remportée contre Daech au prix de lourdes pertes. @Mahmoud Bali

Je voyage en bonne compagnie avec Bernard Kouchner, ancien ministre des Affaires étrangères, Patrice Franceschi, écrivain engagé qui vient de publier un roman sur les combattantes kurdes, les Yapajas, et Gérard Chaliand, géostratège, tous les trois habitués de longue date de cette région. Avec eux, je suis là comme humanitaire spécialiste de l’eau.

Nous sommes invités par l’Auto Administration du Nord-Est Syrien (AANES) à participer à un « Forum International pour l’eau dans le Nord-Est Syrien » qui se tient dans la ville d’Hassakeh les 27 et 28 septembre. Car cette région du Nord-Est est aujourd’hui au centre d’une triple crise de l’eau qui perturbe et menace gravement la vie quotidienne de ses habitants et des populations déplacées de force par les combats qui ont lieu en Syrie depuis maintenant plus de 10 ans.

Le long de la route vers Amuda, des immeubles en construction à l’abandon. @Alain Boinet

Ici, la terre est uniformément plate. Les montagnes protectrices sont de l’autre côté, au Kurdistan d’Irak. Le long de la route, nous découvrons une ville fantôme avec ses alignements d’immeubles inachevés, vides, à l’abandon. Plus loin, apparaissent des petits puits de pétrole comme des culbutos qui fournissent le carburant local. Ici et là, dans la plaine, des troupeaux de moutons, une des rares ressources de la région.

Dans la voiture, au long des heures, les discussions vont bon train sur l’imbroglio qui règne ici, sur le sort des populations et leur avenir bien incertain mais avec l’espoir chevillé au corps. Sur la route, on y croise régulièrement des convois militaires Russes ou Américains et les Turcs ne sont pas loin. A une petite demie journée de route, nous atteignons notre destination, la localité d’Amuda où l’Auto administration nous reçoit dans une maison pour les hôtes de passage.

Forum International pour l’Eau dans le Nord-Est Syrien.

Le lendemain, l’accueil est chaleureux à Hassakeh dans le hall du vaste amphithéâtre où le Forum se déroule. Le programme est dense et riche avec 23 intervenants, principalement kurdes, arabes, avec des invités venant d’Irak, de France, d’Autriche, de Grande Bretagne ou d’Afrique du Sud. Des représentants d’ONG humanitaires internationales actives dans la région sont là aussi.

Allocution d’ouverture par Bernard Kouchner du Forum International de l’eau dans le nord-est Syrien.

Dans son allocution d’ouverture, Bernard Kouchner, invité d’honneur bien connu des kurdes, insiste sur les risques que la Turquie fait peser sur les populations en coupant ou en limitant les volume d’eau indispensables à la vie quotidienne et il salue avec beaucoup de conviction l’action des ONG locales et internationales.

Pour Patrice Franceschi qui lui succède, cette raréfaction délibérée de l’eau disponible est une guerre « sans bruit » qui vise à affaiblir les populations et il s’agit là d’une question éminemment politique et diplomatique.

Gérard Chaliand, conclura que malgré les erreurs et les incertitudes « personne ne peut vous obliger à ne pas être ce que vous êtes ». C’est toute la question du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qu’il rappelle à notre conscience.

A la tribune, les experts vont succéder aux spécialistes pour montrer, évaluer, analyser les conséquences de la sécheresse qui touche toute la région, la coupure de la station d’eau potable d’Ah Houq et la réduction drastique du niveau de l’eau de l’Euphrate dont la source est en Turquie qui la retient en amont dans un grand nombre de barrages.

En guise d’introduction, un intervenant rappelle les traités et agréments signés entre la Turquie, la Syrie et l’Irak et toujours d’actualité. Toutes les disciplines sont présentes dans ce Forum pour traiter le sujet de l’eau : droit international, science politique, économie, environnement, agriculture, biotechnologie, géographie, architecture, géologie, recherche, humanitaire. A les écouter s’exprimer et débattre, on découvre le haut niveau de formation et de compétence existant qui demeure impliqué face aux graves difficultés auxquelles les populations sont confrontées dans leur vie quotidienne et qui conduisent certains à prendre à contre coeur le chemin incertain de l’exil.

Je suis Invité à titre personnel comme spécialiste de l’eau et administrateur de plusieurs organisations, coordination et think tank dédiés à l’eau et à l’assainissement, aux situations d’urgence et de reconstruction comme à la réalisation des Objectifs de Développement Durables (2015-2030) qui prévoient dans son Objectif 6 un accès universel à l’eau potable pour tous dans le monde. C’est à ce titre que j’interviens à la tribune du Forum pour rappeler ce que nous savons tous : l’eau c’est la vie, c’est un bien public mondial, et que rationner si ce n’est couper délibérément l’eau aux populations pour faire la guerre est contraire au Droit International Humanitaire (DIH) qui s’applique à tous dans les conflits.

Alain Boinet devant l’entrée du Forum avec des participants. @Alain Boinet

En fin de matinée, nous prenons nos repas tous ensemble dans une grande salle autour de tables communes. C’est là, autour d’un plat, que je fais connaissance avec les membres du Forum des ONG dans le Nord-Est Syrien et d’autres représentants d’ONG venus de Bagdad et mobilisés sur la défense du fleuve Tigre qui, venant de Turquie, dessert l’Irak où il va rejoindre l’Euphrate pour former un estuaire commun, le Chatt-el-Arab, long de 200 km, qui débouche dans le Golfe Persique.

Puis, c’est l’heure du « tchaï », le thé et du « Cawa », café, sous une grande tente qui nous protège d’un soleil brulant qui nous surplombe dans le bleu du ciel. C’est également l’heure des retrouvailles quand d’anciens amis et connaissances se retrouvent avec Bernard Kouchner.  Accolades et souvenirs s’enchainent. J’ai moi-même la surprise d’être abordé par trois jeunes, un homme et deux femmes, qui veulent faire un selfie. « D’accord mais dites-moi avant comment vous me connaissez ». « On vous a vu sur l’écran du Forum et on vous a reconnu ». Après les photos, dans la discussion, je découvre qu’ils travaillent pour la coordination des ONGI humanitaire pour l’eau, l’assainissement et l’hygiène.

Je ne peux pas résumer tant d’interventions et de débats durant ces deux jours de Forum à Hassakeh en raison de la diversité et de la densité des propos comme des vidéos illustrant bien le sujet au plus près des réalités. En revanche, je vous dois maintenant de présenter le pourquoi et le comment de cette triple crise de l’eau qui assoiffe lentement la population et l’agriculture.

La triple crise de l’eau dans le Nord-Est Syrien (NES)

Depuis longtemps, comme humanitaire militant pour l’accès à l’eau potable, l’assainissement et l’hygiène pour tout dans le monde, j’ai eu de nombreuses occasions d’intervenir pour l’accès à l’eau en Afghanistan, en RDC, au Mali, au Liban et ailleurs et de publier et plaider la cause de l’eau à Genève, Istanbul, Marseille, Daegu, Paris ou Dakar et, aujourd’hui, au Nord-Est Syrien.

Les informations présentées ici, les chiffres en particulier, sont issues des informations provenant de l’AANES et, pour l’essentiel, du Forum du NES qui regroupe et coordonne l’action humanitaire de 14 ONGI dans 16 domaines différents, de l’eau à la santé, de la sécurité alimentaire à l’énergie en passant par l’éducation. Rappelons que les agences des Nations et le CICR n’ont pas l’autorisation des autorités de Damas d’intervenir dans le NES, à l’exception de quelques enclaves gouvernementales et des camps de déplacés.

Pour revenir à la triple crise de l’eau, celle-ci provient de la conjugaison d’une forte sécheresse dans toute la région en 2020-2021, de la coupure de l’eau potable de la station de Al Houq et de la forte diminution du niveau d’eau dans l’Euphrate.

La crise de l’eau de la sécheresse. En 2020-2021, les pluies ont décru de 50 à 70 % dans toute la région selon la FAO. Plus précisément, l’AANES calcule que la diminution est de plus de 75% pour les cultures pluviales et de 10 à 25% pour les cultures irriguées. Il y a deux saisons en Syrie pour les récoltes, la saison d’hiver de novembre à Mai et la saison d’été de juin à septembre. La sécheresse et la forte diminution d’eau dans l’Euphrate provoquent une augmentation de l’insécurité alimentaire sachant que le NES produit 80% du blé et de l’orge en Syrie. Ainsi, cette année, la production d’orge a chuté de 2,2 millions de tonnes à 450.000 tonnes !

Carte montrant l’emplacement de la station d’eau potable d’Hal Houq située en territoire syrien occupé par les Turcs.

La crise de la station d’eau potable d’Hal Houq. Cette station est située en Syrie sur un territoire situé entre Ras-al-Ain et Tel Abiad, qui sur une longueur de 100 km et une largeur de 30 km a été annexée par la Turquie à l’issue d’une offensive militaire de deux mois lancée le 9 octobre 2019. Depuis, les populations kurdes originaires de cette zone ont fui et vivent maintenant dans des camps de déplacés. Elles ont été remplacées par des populations arabes syriennes qui étaient réfugiées en Turquie ainsi que par de nombreux djihadistes.

Cette station est donc sous le contrôle des autorités turques qui depuis octobre 2019 opèrent régulièrement des coupures d’eau. Depuis l’été 2021 la coupure d’eau est totale. Or, cette station est la seule à pouvoir alimenter les populations d’Hassakeh et des villages environnements ainsi que des quatre camps de déplacés. Cela représente 460.000 habitants et 99.000 déplacés.

Distribution d’eau potable par camion-citerne par les organisations humanitaires.

C’est là qu’on dû intervenir de toute urgence plusieurs ONGI humanitaires internationale avec des camions citernes d’eau, ou « water trucking », pour ravitailler en continu les camps de déplacés, les centres informels d’accueil et les habitants. Des entreprises privées locales opèrent par ailleurs des forages dans les nappes d’eau souterraine et vendent l’eau aux habitants.

La crise de l’eau du fleuve Euphrate.

Venant de Turquie où il a sa source, l’Euphrate traverse la Syrie du Nord au Sud puis pénètre en Irak où il va rejoindre le Tigre puis le Golfe Persique. Dans des accords passés en 1987 et toujours d’actualité, la Turquie s’est engagée à fournir 500 m3 d’eau par seconde à Damas.  De son côté, en 1989, la Syrie a signé un accord bilatéral avec l’Irak prévoyant que 52% des eaux de l’Euphrate reviendrait à Bagdad.

Or, depuis le mois de juin cette année, la quantité d’eau entrant en Syrie est tombée à 214 m3 par seconde c’est-à-dire une chute brutale de 60% aux nombreuses conséquences pour les populations de la région, tant dans le Nord-Est que dans la partie Ouest du fleuve sous le contrôle du gouvernement Syrien de Damas. Ainsi, 54 des 73 stations de prélèvement d’eau situées à l’ouest voient leurs capacités fortement diminuées, de même que 44 des 126 stations se trouvant sur la rive Est du NES impactant 38 communautés, des camps et des centres d’accueil collectifs et informels accueillant des déplacés forcés.

Niveau actuel de l’eau par rapport au niveau habituel du barrage de Tishreen.

Cela a entrainé des conséquences immédiates pour les populations. Ainsi, le barrage hydroélectrique de Tishreen, premier barrage sur l’Euphrate en Syrie, ne peut plus utiliser que 2 de ses 6 turbines produisant 5 à 6h d’électricité par jour (février 2021) au lieu de 12 à 14h (Juin 2021). On voit bien les conséquences pour les familles, hôpitaux, services publics, magasins et exploitations agricoles ! Un peu plus bas, le barrage de Tabqa est à 20% de son niveau normal, très proche comme à Tishreen du « niveau mort » ou « dead level » en deçà duquel les turbines seraient irrémédiablement endommagées.

Niveau de l’eau très bas à la station Al-Suwah à Deir-Ez-Zohr au sud de la Syrie

Du côté des stations d’eau le long du fleuve, cette diminution du niveau de l’eau réduit autant l’eau pour la consommation des familles que pour l’irrigation des cultures. Enfin, la concentration chimique, bactériologique, provenant des égouts et des déchets agricoles et industriels, provoquent une augmentation des maladies hydriques, particulièrement les diarrhées qui accroissent la mortalité infantile en l’absence de médicaments anti diarrhéiques. Sans oublier la croissance alarmante des cas de malnutrition chez les enfants en bas âge.

Les conséquences sont saisissantes selon les organisations humanitaires internationales :

  • 5,5 millions de personnes sont en danger par manque d’eau potable dans le NES et le gouvernorat d’Alep.
  • 3 millions d’habitants sont touchés par la réduction de l’énergie électrique.
  • 5 millions de personnes sont affectées par une diminution des moyens de subsistance alimentaire.

Conclusion.

La conclusion de ce Forum suivi par plus de 150 experts s’est clôturée dans une ambiance à la fois studieuse et cordiale.

Gérard Chaliand avec des participants à la fin du Forum International de l’Eau dans le nord-est Syrien.

Dans cette triple crise de l’eau, il faut distinguer la sécheresse qui affecte sans distinction tous les pays de la région, dont la Turquie, et l’utilisation de la station d’Al Houq et de l’eau de l’Euphrate comme moyen de pression sur les populations et sur les autorités du NES.

La Turquie poursuit activement le développement de son immense projet (GAP) de construction de 22 barrages et de 19 usines hydroélectriques en amont de la Syrie et de l’Irak et peut à tout moment réduire ou leur couper l’eau !

Les conséquences humanitaires sont immédiates dans le NES pour 2,6 millions d’habitants et déplacés, selon les organisations humanitaires, dont 1,8 million nécessitent une aide humanitaire alors que plusieurs facteurs de vulnérabilité (restriction sévère d’eau potable de boisson et pour l’agriculture, diminution des productions agricoles, maladies hydriques, augmentation des prix) se conjuguent pour le pire. Ainsi, l’auto administration indique que 72% des fermiers sont victimes d’une réduction des récoltes de blé et les stocks sont à un niveau dangereusement bas avant l’hiver.

Dans l’immédiat, la première urgence est humanitaire. Le Forum du NES et ses 14 ONGI font un immense travail mais selon leur évaluation, il manque 215 millions d’USD pour faire face aux besoins essentiels dont 122 millions nécessaires dès maintenant, tant pour les besoins immédiats que pour développer la production de blé de la prochaine saison.

Déclaration sur les réseaux sociaux de Bernard Kouchner reçu par le ministre des Affaires étrangères de l’auto administration, M. Abdul Karim Omar.

Sur le plan de l’hydro diplomatie, il faut revenir aux Conventions cadres de référence internationale : la Convention d’Helsinki de 1992 et la Convention de New-York de 1997. Celles-ci font référence à « l’utilisation équitable et raisonnable » de l’eau entre pays riverains ainsi que sur l’«obligation de ne pas causer de dommage à l’utilisation des autres Etats ».

 Dans cette perspective, la station d’Al Houq doit à nouveau ouvrir les vannes de l’eau potable et la station devrait être accessible aux Nations-Unies et au CICR notamment. D’autre part, conformément à ses engagements, la Turquie doit à nouveau délivrer 500 m3 d’eau par seconde dans l’Euphrate pour les populations en Syrie et en Irak.

Sur la route du retour vers Paris, si je suis certain que les humanitaires comme l’auto administration du NES feront tout ce qu’ils pourront pour les populations en danger, pour l’essentiel c’est maintenant à l’hydro-diplomatie d’agir pour éviter le pire si cette situation devait perdurer.

 

Alain Boinet de retour du Nord Est Syrien.

 

L’Afghanistan des Talibans et nous

Mission humanitaire dans les années quatre-vingt. Un mois de marche à pieds pour rejoindre le nord de l’Afghanistan. De droite à gauche, Alain Boinet, Fahim, François et Jean-François.

L’histoire retiendra la date du 31 août 2021 comme le symbole du retrait chaotique des États-Unis et de leurs alliés de l’OTAN d’Afghanistan après 20 ans d’une guerre qui avait débuté avec l’invasion soviétique le 27 décembre 1979. Maintenant que les Talibans ont pris le pouvoir à Kaboul et qu’ils sont là sans doute pour longtemps, il est temps de tirer quelques leçons utiles pour penser la nouvelle période qui commence.

Je parle ici à titre personnel comme un ami de l’Afghanistan depuis une première mission humanitaire en 1980, suivi par beaucoup d’autres avec Solidarités International et par un plaidoyer constant pour soutenir la population afghane. Souvenons-nous aussi que l’Afghanistan a joué un rôle déterminant avec les ONG dans la révolution humanitaire du « devoir d’assistance » qui a commémoré ses 50 ans l’année dernière et qui a été décisive depuis pour l’accès des secours aux populations en danger dans le monde.

J’ai bien conscience en écrivant ces lignes que je sors de l’humanitaire stricto sensu. Je crois que c’est le moment de partager mon expérience et mes réflexions dans la mesure où les erreurs politiques, les errements idéologiques, l’ignorance et les conflits engendrent des drames sans fin. C’est justement le cas de l’Afghanistan depuis 41 ans ! Et puis, j’entends et je lis dans les médias tellement d’approximation, d’erreur et de partis pris de la part de personnes qui ne sont jamais allées en Afghanistan et qui au fond n’y connaissent pas grand-chose, que cela me conduit à témoigner.

Des Afghans se rassemblent au tarmac de l’aéroport de Kaboul le 16 août 2021 pour fuir le pays @Carlos Branson / Alamy Stock Photo

Nous avons tous en tête les images de panique à l’aéroport de Kaboul, les attentats sanglants de l’Etat Islamique au Khorasan (EI-K), le chaos et la peur. J’ai une pensée pour tous ces afghans qui ont fuient leur pays et ceux qui n’ont pas encore pu partir. On ne s’exile jamais sans souffrance. Saluons l’engagement de tous les pays, dont la France, qui ont évacué celles et ceux qui ont coopéré avec eux pour les protéger et les accueillir.

Une victoire prévisible.

Si les observateurs lucides, et les femmes et hommes de terrain s’attendaient à une victoire des Talibans après le retrait des Américains et de leurs alliés, personne, pas même les Talibans, n’avaient prévu un effondrement si rapide du gouvernement, de l’armée et de la police et finalement de tous les opposants. C’est depuis 40 ans une première dans l’histoire de ce pays qui en dit long sur le régime mis en place à l’issue des Accords de Bonn le 5 décembre 2001 après la chute des Talibans.

L’intervention militaire américaine sous mandat des Nations-Unies était justifiée après la destruction du World Trade Center à New York par Al Qaïda le 11 septembre 2001, et les 3000 victimes qu’elle a causé. L’erreur a été de croire ensuite que les Talibans étaient définitivement vaincus après leur retrait de Kunduz et de Kaboul. Plus grave a été la faute politique de ne pas les inviter à participer, avec toutes les autres factions afghanes, pourtant très divisées entre elles et parfois aussi radicales que les Talibans, à participer aux accords de Bonn alors que l’objectif premier était de mettre un terme au conflit et de promouvoir la réconciliation.

Mais quelle est la cause principale de la victoire des Talibans 20 ans plus tard ? N’est-elle pas celle d’avoir voulu, envers et contre tout réalisme, plaquer un modèle politique de type occidental sur un pays qui ne l’est pas, en oubliant ses caractéristiques identitaires et historiques, sa longue tradition d’indépendance farouche et sa réputation de « cimetière des empires ».

Talibans à Kaboul le 18 août 2021 @John Smith/ Shutterstock

Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères, a annoncé (Marianne 20 au 26.8.2021) « L’Afghanistan est le tombeau du droit d’ingérence » et d’ajouter « Nous avons menti à ces peuples en danger ». Bernard Kouchner, autre ancien ministre, vient de lui rétorquer (L’Express 26.8.2021) « Non, le droit d’ingérence n’est pas mort ». C’est tout le débat entre l’école du réalisme géopolitique et des intérêts nationaux, et celle principalement fondée sur les droits de l’homme. Pourtant l’ingérence dans les affaires d’un autre pays n’est pas une nouveauté dans les relations internationales.

Nous devons ici lever une ambiguïté qui consiste simplement à distinguer l’humanitaire du politique. L’humanitaire dont nous parlons dans cet article est celui de la neutralité, de l’impartialité des secours fondés sans exclusivité sur l’urgence des besoins vitaux et l’indépendance de ces acteurs. Si l’ingérence n’aura jamais de fin, il est en revanche probable que l’interventionnisme occidental et le « state building » seront sérieusement révisés, si ce n’est oubliés.

Pour revenir à l’Afghanistan, je me suis récemment fait la réflexion que si l’on n’avait pas vécu dans les campagnes afghanes, si l’on n’avait pas cohabité avec des combattants sur le terrain comme les humanitaires le font par nécessité, dormi et mangé dans les mosquées où nous étions accueillis, si l’on ne connaissait que les villes, les élites et les dirigeants, il serait difficile de comprendre profondément ce pays et la majorité de sa population, toutes ethnies confondues. Gérard Araud, ancien ambassadeur de France aux États-Unis va jusqu’à dire « Les Talibans sont sans doute plus proches des mœurs, des croyances et des pratiques de la majorité du pays, que les élites de Kaboul ». A-t-on bien compris que les Talibans, porteurs d’un modèle islamique conservateur rigoriste appliquant strictement la charia, allaient alors devenir de fait les patriotes de la lutte contre la présence étrangère et acquérir une nouvelle légitimité dans la population.

Peut-on imposer la démocratie et le libéralisme par la force des armes et poursuivre en Afghanistan le projet de Georges W. Bush de « state building » pour démocratiser par la violence le Grand-Moyen Orient en s’attaquant à l’Irak de Saddam Hussein avec les conséquences que l’on sait : mensonge, chaos, destructions, renforcement de l’Iran Chiite, création puis expansion de Daech dont on retrouve maintenant les métastases en Afghanistan, au Sahel, dans la région du Lac Tchad, au Libéria et qui s’étend en Afrique sub-saharienne vers le Golfe de Guinée.

Le Président de la République, Emmanuel Macron, vient d’en faire le bilan en l’appliquant au Mali : « Je ne crois pas au « state building » : ce n’est pas aux Occidentaux d’aller construire un Etat au Mali ». Et d’ajouter dans un entretien au Journal du Dimanche (29.8.2021) depuis l’Irak où il participait à une Conférence internationale sur la stabilité et la lutte contre le terrorisme : « Nous avons donc tiré au Mali les conséquences avant l’heure de ce qu’on a vu en Afghanistan ».

La question qui se pose maintenant est de savoir ce que l’on va faire avec l’Afghanistan, ses 38 millions d’habitants et les Talibans qui sont là à priori pour longtemps. Un premier élément de réponse a été posé par Emmanuel Macron au moment où la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne ont déposé un projet de résolution au Conseil de sécurité des Nations-Unies. Celui-ci vise à définir « sous contrôle onusien, une « zone de sécurité » à Kaboul » afin de poursuivre l’évacuation des afghanes et afghans qui ont travaillé avec les français et avec d’autres pays occidentaux. Et de préciser « C’est l’une des conditions préalables que nous posons à toute relation avec les Talibans ». Des discussions ont commencé avec les Talibans à Doha et avec le Qatar afin d’ « aménager des opérations de pont aérien ».

Cela est le préalable d’un dialogue qui pourrait ensuite se poursuivre et s’élargir avec les Talibans comme le font déjà plusieurs pays. Par le passé et durant longtemps, de nombreux experts considéraient que l’Afghanistan n’était pas une question stratégique internationale et l’ont par conséquent négligé. Et pourtant, en 40 ans, ce pays a vu successivement intervenir l’Union Soviétique puis les Etats-Unis et l’OTAN. Enfin l’intervention du Chef de l’Etat français à la télévision le 16 août sur l’Afghanistan a brusquement donné à ce pays un tout autre statut, non sans raison. L’Afghanistan nous confronte aujourd’hui à 5 questions stratégiques incontournables qui sont autant de défis : le terrorisme, la drogue, l’immigration, la géopolitique et les droits humains.

Les 5 questions stratégiques en Afghanistan.

Terrorisme. L’enjeu est de savoir si l’Afghanistan peut devenir une base du terrorisme international. Or, le double attentat kamikaze perpétré par Daech ou l’Etat Islamique au Khorasan (EI-K) jeudi 26 août est une véritable déclaration de guerre faite aux Talibans. Ce qui distingue les Talibans de Daech et d’Al-Qaïda, c’est que les premiers ne s’intéressent qu’à l’Afghanistan alors que pour les Djihadistes, il s’agit seulement d’une base pour propager le terrorisme et leur idéologie ailleurs dans le monde. Les Talibans se sont engagés avec les américains à Doha, et plus récemment avec les Chinois, à ce que le territoire afghan ne soit pas utilisé à des fins terroristes dans le monde. Ils doivent donc en faire la démonstration.

La douleur des familles après l’attentat de L’Emirat Islamique à l’aéroport de Kaboul @ John Smith/ Shutterstock

J’aimerais aussi rappeler des faits qui sont oubliés ou méconnus. Oussama Ben Laden et Al-Qaida étaient en Afghanistan depuis longtemps avant la prise de pouvoir des Talibans en septembre 1996. Les Talibans n’étaient pas informés et n’ont pas participé à l’attentat contre le World Trade Center qui a conduit à leur chute. Ils en ont probablement tiré les leçons ainsi que celles de leur refus de livrer Oussama Ben Laden, pour des raisons de code d’honneur puisqu’il avait lutté avec les moudjahidins, qualifiés par l’Occident de « combattants de la liberté » contre les troupes soviétiques, alors qu’ils auraient simplement pu l’inviter à partir.

Drogue. La production afghane de pavot dont on tire l’opium, puis l’héroïne représenterait 84 % des drogues opiacées vendues dans le monde. En 2021, la production afghane d’opium a été de 6300 tonnes et représenterait entre 20 et 30% du PNB, soit entre 4,1 et 6,6 milliards de dollars, contre 18% pour l’agriculture légale. En 2020, la superficie des terres affectées à la culture du pavot a augmenté de 37%, soit 250.000 hectares, environ quatre fois plus qu’au milieu des années 1990 !

En juillet 2000, une fatwa du Mollah Omar, fondateur et chef des Talibans, avait conduit à une quasi-éradication du pavot en 2001, passant de 4600 tonnes en 1998 à 185 tonnes en mai 2001, concentré dans le nord-est du pays. Dans une récente tribune intitulée « Comment les Occidentaux ont laissé l’Afghanistan redevenir le pays de la drogue » (Le Figaro 25.8.2021), Bernard Frahi, contrôleur général honoraire de la police nationale et ancien directeur du bureau régional de l’ONUDC (Office des Nations Unies contre la drogue et le crime) pour l’Afghanistan et le Pakistan (1998 – 2002), appelle à « renouer le dialogue » et à « prendre les Talibans au mot en les mettant au défi d’imposer une interdiction totale des cultures d’opium ».

Migration. Beaucoup craignent un vaste mouvement migratoire comparable à celui des réfugiés syriens partis de Turquie vers l’Europe en 2015. Depuis longtemps, il y a près de 2,5 millions de réfugiés afghans en Iran et au Pakistan, issus principalement de la guerre avec l’Union Soviétique. Cette année, beaucoup sont rentrés d’Iran. En plus des 123.000 afghans évacués de l’aéroport de Kaboul depuis le 14 août, le Haut-Commissariat des Réfugiés des Nations-Unies (HCR) a déclaré craindre le départ de 500.000 afghans cette année dans « le pire des scénarios » tout en précisant que pour l’instant « aucun exode n’est constaté ».

Selon un récent bulletin d’UNOCHA (BCAH – Bureau commun des affaires humanitaires des Nations-Unies) présent à Kaboul, il y a eu depuis le début de l’année 558,123 déplacés forcés du fait des combats. Il est vrai aussi que l’Afghanistan représente aujourd’hui une terre d’émigration continue à cause des combats, de la pauvreté endémique et d’une forte démographie. Les postes frontières afghans sont actuellement fermés à l’exception de Spin Boldak au sud-ouest où les mouvements de part et d’autres de la frontière sont habituels. On ne voit donc pas d’exode significatif à ce stade, mais il faut prendre garde aux conséquences possibles d’un appauvrissement rapide, d’un affaiblissement de l’effort humanitaire et d’un isolement du pays.

Wang Yi rencontre le Chef de la Commission politique des Talibans de l’Afghanistan le mollah Abdul Ghani Baradar @Ministère des Affaires Étrangères Chinois
Le Ministre assistant des Affaires étrangères Wu Jianghao avec la délégation conduite par le mollah Abdul Ghani Baradar @Ministère des Affaires Étrangères Chinois

 

 

 

 

 

 

 

 

Relations internationales. C’est tout l’équilibre géopolitique qui est déstabilisé par le retrait occidental, l’effondrement du régime du président Asraf Ghani et la victoire des Talibans. Les Chinois n’ont pas attendu le départ des Américains pour recevoir officiellement une délégation conduite par le numéro 2 des Talibans, Mollah Baradar. La Turquie a annoncé par la voix de son président, Recep Tayyip Erdogan, son intention de coopérer. L’Iran, de son côté, semble bien disposé à le faire et la Russie sera pragmatique si elle reçoit des assurances concernant la sécurité et le terrorisme. Ne parlons pas du Pakistan qui a toujours soutenu les Talibans, ni de l’Arabie Saoudite et du Qatar qui les avait déjà reconnus en 1996. Pour les Etats-Unis et les pays de l’Union Européenne et celle-ci, toute la question est de savoir s’ils vont laisser dorénavant toute la place à ces pays et quelle pourrait être alors une politique alternative !

Droits humains. Ça sera la pierre d’achoppement majeure entre les pays occidentaux et le nouveau régime Taliban. Qu’en sera-t-il des élections, du parlement, des médias, de l’éducation, de la culture, du rôle des femmes dans la société ? Quand ils ont exercé le pouvoir à Kaboul entre 1996 et 2001, les Talibans ont laissé le souvenir d’un régime appliquant sévèrement la charia (lapidation, exécution publique, amputation, harcèlement et sanction physique,) et empêchant les jeunes filles d’accéder à l’enseignement supérieur et à l’exercice d’une activité professionnelle. Récemment, les Talibans, par la voix de leur porte-parole, ont déclaré officiellement qu’ils avaient besoin de femmes compétentes, qu’il s’agisse notamment de l’éducation et de la santé, et qu’elles pourraient travailler dans le respect des règles islamiques. Ils ont aussi demandé aux fonctionnaires de rester à leurs postes. N’est-ce-pas pas l’occasion de les prendre au mot et de fixer des lignes rouges ?

Le test des secours humanitaires.

Le premier test pour les Talibans comme pour les pays occidentaux portera sur l’aide humanitaire. Les Talibans vont-ils l’empêcher ou la contraindre après leur victoire, et les occidentaux vont-ils en interrompre le financement après leur départ ?

Najmuddin Hilal au centre orthopédique du CICR à Kaboul @CICR

Aujourd’hui un Afghan sur trois ne mange pas à sa faim, et 14 millions d’habitants sont confrontés à un risque de disette, si ce n’est de famine possible, selon les Nations-Unies. L’UNICEF nous alerte qu’un million d’enfants risquent de souffrir de malnutrition sévère. Sans oublier que depuis le début de l’année, les combats ont provoqué 550.000 déplacés qui nécessitent des secours suivis. De son côté l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) s’inquiète de 500 tonnes de médicaments et de fournitures médicales stockées à Dubaï qui n’ont pas pu être livré.

Les Agences humanitaires des Nations-Unies par la voix de Martin Griffiths, le CICR (Comité International de la Croix Rouge) et les ONG humanitaires se sont engagés à rester en Afghanistan conformément à leur mission. Mais les obstacles ne manquent pas. Les Talibans vont-ils tenir leur engagement quand ils demandent aux humanitaires de rester et de poursuivre leur aide ? Aide qui n’est envisageable que dans le respect des principes de neutralité, d’impartialité, d’indépendance et des pratiques de maitrise complète du cycle de l’aide : évaluer, réaliser, vérifier, rendre compte.

Un responsable d’ONG, active sur place depuis 1987, évoque plusieurs difficultés immédiates. Qu’il s’agisse de l’accès aux banques, qui sont fermées alors que le besoin de liquidités est quotidien notamment pour payer les employés afghans, le blocage actuel des aéroports, le besoin de ravitaillement en médicaments, ou encore la question du dédouanement avec les Talibans peu au fait de ces questions.

De son coté, Olivier Routeau, directeur des opérations de Première Urgence Internationale (PUI) indique être déjà passé à la question de l’après : comment continue-t-on d’agir avec les Talibans au pouvoir ? Il se trouve que c’était déjà le cas dans des territoires déjà contrôlés par les Talibans. Dans la province orientale du Nangarhar, le « Provincial Health Commettee » est maintenant dirigé par un responsable Taleb qui anime les réunions de travail. Mais il n’y a encore pas d’autorité et de règle établie au niveau central. Olivier Routeau s’inquiète également des fameuses lois antiterroristes (COTER) qui pourraient criminaliser les humanitaires. Comme souvent, les humanitaires doivent s’adapter pour agir, mais tous partagent la conviction de « rester et secourir », ou « stay and deliver » en anglais. Ainsi, MSF a une centaine d’expatriés sur place, et de manière générale, les Afghans travaillant dans ces organisations humanitaires de santé notamment, sont peu concernés par des départs et des évacuations. C’est plus délicat pour les projets de développement, particulièrement en matière d’éducation.

Depuis le début de l’aide humanitaire en 1980, celle-ci ne s’est jamais interrompue malgré les ruptures militaires et politiques successives. Elle s’est constamment adaptée avec pour fil rouge ses principes et pratiques, et les relations établies avec les Afghans depuis maintenant plus de 40 ans. A tel point que les Nations-Unies (UNOCHA) ont défini un cadre de relation avec les Talibans dans un document intitulé « Engagement strategy with Taliban in Afghanistan ».

Aujourd’hui encore, les humanitaires ne peuvent pas quitter l’Afghanistan et ses 38 millions d’habitants. C’est ainsi que l’UNICEF et l’OMS demandent « la mise en place immédiate d’un pont aérien humanitaire fiable et robuste pour envoyer des fournitures » et j’ajouterais aussi du personnel qualifié pour renforcer les équipes sur le terrain.

Conclusion toute provisoire.

Comment conclure dans un contexte en constante évolution et changement ? Quelle sera la composition d’un futur gouvernement afghan ? Les évacuations d’afghans pourront-elles se poursuivre, quelle sera l’attitude des pays occidentaux et des autres acteurs ?

Au fond, il y a deux grands choix possibles. Ou bien chercher à isoler les Talibans, voire à les punir, ou s’engager dans un dialogue justifié par les 5 défis stratégiques que sont le terrorisme, la drogue, l’émigration massive, la géopolitique et les droits humains.

Isoler et punir les Talibans aurait certainement pour conséquence de les radicaliser et de les pousser dans les bras de pays peu regardant sur les droits humains, voire d’Al-Qaida et de Daech, qui seraient confortés dans leur position et leur influence.

L’ancien représentant adjoint de l’OTAN en Afghanistan, Mark Jacobson, vétéran de l’armée américaine, vient de déclarer dans une interview au journal Libération (30.8.2021) : « Il faut se résigner à une sorte d’accord avec les Talibans ». Non, il ne faut pas se résigner mais comprendre que, sans angélisme, la meilleure manière de se faire entendre des Talibans sur les droits humains et les évacuations à venir, c’est de dialoguer avec eux sur la résolution des grands défis que la réalité afghane actuelle impose à tous.

Le rôle de la diplomatie n’est-il pas aussi celui de parler avec ses ennemis ? Et dialoguer ne veut pas dire s’incliner, au contraire ! Enfin, malgré le rigorisme rugueux des Talibans, nous connaissons aussi le pragmatisme des Afghans et la fin de cette guerre de 20 ans peut les décrisper.

Les premiers tests porteront sur la suite des évacuations d’Afghans, l’aide humanitaire et la composition de leur gouvernement.

Et puis, l’Afghanistan c’est 38 millions d’êtres humains dont près de la moitié ont moins de 15 ans. Ils seront 65 millions dans 30 ans dans un pays qui connait un déficit structurel en céréales pour nourrir sa population. Enfin, le dérèglement climatique menace la chaine himalayenne de l’Hindou-Kouch, véritable réservoir d’eau de ce pays qui risque un jour d’en manquer pour son agriculture.

Est-ce la fin de la guerre en Afghanistan ? Est- ce le début d’un chemin vers la paix ? C’est tout l’enjeu.

Alain Boinet.