Reportage en Ukraine – Entre guerre et résilience

Centre Unbroken, ©La Chaine de l’Espoir

 

Première mission en Ukraine avec Olivier, directeur des opérations. Nous arrivons le 21 juillet depuis Rzeszów, en Pologne. L’espace aérien étant fermé, le voyage se poursuit en voiture : dix heures de route, avec une première nuit à Lviv. Cette logistique lente et complexe dit déjà beaucoup de la guerre : entrer en Ukraine, c’est partager, ne serait-ce qu’un instant, les contraintes quotidiennes de tout un pays.

Le contexte est lourd. La nuit du 21, Kyiv est frappée par une attaque massive : plus de 420 drones et une vingtaine de missiles, dont certains touchent une crèche, une station de métro, des habitations. Dix jours plus tard, une nouvelle salve fera jusqu’à 18 morts et plus de 150 blessés. Notre mission s’inscrit entre ces deux assauts, comme une parenthèse fragile. Pendant notre séjour, quelques alertes nocturnes suffisent à rappeler l’angoisse sourde qui pèse sur les habitants.

Kyiv, une capitale sous tension mais vivante

Ce qui m’a frappée, c’est le calme des Ukrainiens. Partout, la guerre est présente : nuits interrompues, réveils brutaux, inquiétude pour les proches. Beaucoup manquent de sommeil, mais nul ne se plaint. Cette dignité silencieuse force le respect.

Et pourtant, la vie continue. À Lviv, les restaurants et bars s’animent jusqu’au couvre-feu. À Kyiv, les familles se promènent dans les parcs, les jeunes flânent en soirée. Une vitalité presque festive, comme un refus collectif de céder entièrement à la guerre. Cette force s’enracine dans l’histoire. Depuis 1991, la société civile n’a cessé de résister. En 2014, le Maïdan fut une rupture décisive : les Ukrainiens se sont levés contre un président russophile qui avait renié sa promesse de signer l’accord d’association avec l’Union européenne — un acte de souveraineté et un choix irrévocable pour l’Europe.

Un civisme intact : les manifestations

Cet esprit demeure. Lors de ma mission, la population — une jeunesse très mobilisée — est descendue dans la rue pour s’opposer à un projet visant à rattacher au gouvernement l’organe anticorruption. La mobilisation, massive et déterminée, a fait reculer la mesure. Même en guerre, la démocratie se vit ici au quotidien, dans la rue et dans les institutions.

Maïdan, mémoire et douleur

Aujourd’hui, Maïdan est aussi un lieu de deuil. Sur l’une des pelouses, des milliers de petits drapeaux bleu et jaune ont été plantés, serrés les uns contre les autres. Chacun porte la photo d’un soldat tombé au combat.
Je m’arrête devant ces visages, parfois si jeunes qu’ils pourraient être ceux de mes propres enfants. Derrière chaque drapeau, une vie fauchée, une famille endeuillée, une histoire interrompue. Ce champ de couleurs vives est devenu un cimetière symbolique : un hommage silencieux au prix que l’Ukraine paie, chaque jour, pour son indépendance.

Mémorial place Maïdan, ©La Chaine de l’Espoir

Des collègues ukrainiens exemplaires

À Kyiv, je rencontre l’équipe locale de La Chaîne de l’Espoir. Leur engagement donne une dimension particulière à notre action : il ne s’agit pas seulement d’assistance extérieure, mais d’un combat partagé.

Polina, chirurgienne pédiatre, a quitté le Canada pour revenir dès les premiers jours de la guerre. Mykhailo, chirurgien orthopédiste, part chaque week-end à Kharkiv, proche de la ligne de front, pour opérer avec ses collègues. Depuis plus de trois ans, il n’a pas pris de vacances. Leur énergie et leur détermination incarnent la mission mieux que tout discours. La Chaîne de l’Espoir vit à travers eux.

Rendez-vous institutionnels à Kyiv

Nos journées ont aussi été rythmées par de nombreux rendez-vous : ministère de la Santé, Expertise France, AFD, ambassade de France, OCHA, gestionnaire du Fonds humanitaire pour l’Ukraine. Autant de rencontres essentielles pour renforcer nos partenariats et préparer de nouveaux projets.

Ministre adjoint de la Santé et Anouchka Finker, ©La Chaine de l’Espoir

Un système de santé fragilisé par la guerre

Les échanges l’ont confirmé : la guerre met à nu les failles d’un système hospitalier déjà fragile. Trois défis majeurs s’imposent.

Les infections. Les blessés arrivent parfois trop tard, après des garrots prolongés, sans antibiotiques adaptés. Les plaies s’infectent, souvent avec des souches multirésistantes ; beaucoup d’amputations auraient pu être évitées. Ces constats, relevés lors d’évaluations menées par La Chaîne de l’Espoir, seront intégrés dans nos projets.

Les amputations évitables. Trop de blessés perdent un membre faute de stabilisation rapide ou de transfert vers un hôpital spécialisé.

Le biomédical. Dans de nombreux hôpitaux, des équipements essentiels restent inutilisés faute de maintenance, de pièces détachées ou de techniciens formés. Ce paradoxe — du matériel disponible mais inutilisable — est l’un des talons d’Achille du système. Nous y répondons en formant du personnel local et en remettant en service des équipements vitaux.

Formation damage control, ©La Chaine de l’Espoir

Retour à Lviv : Damage Control et reconstruction

À Lviv, nous découvrons le centre Husome, où six chirurgiens suivent une formation intensive au Damage Control . Une journée théorique, puis une journée pratique. Sous anesthésie, des porcs sont utilisés selon des protocoles éthiques rigoureux. Les chirurgiens doivent diagnostiquer et stabiliser des lésions sur la vessie, le foie, les poumons, puis le cœur.

Le Damage Control, c’est apprendre à stabiliser un blessé et à gagner du temps avant son transfert vers un hôpital mieux équipé. Ces formations, conçues et développées par le professeur François Pons — chirurgien bénévole de La Chaîne de l’Espoir, ancien militaire et ancien directeur de l’École du Val-de-Grâce — sont aujourd’hui très demandées. Leur impact est direct et immédiat sur le terrain : elles sauvent des vies.. À ce jour, près de 270 chirurgiens ukrainiens ont déjà été formés par La Chaîne de l’Espoir à cette méthode, un renforcement inédit des capacités chirurgicales en temps de guerre.

St Pantelimon et la mémoire des héros

À l’hôpital St Pantelimon, les couloirs sont ornés de portraits de médecins. Parmi eux, celui du Dr Stéphane Romano, chirurgien français bénévole de La Chaîne de l’Espoir. Son engagement aux côtés des soignants lui vaut d’être considéré comme un véritable héros. Sa photo rappelle l’impact qu’un seul médecin peut avoir.

L’hôpital St Pantelimon est aussi l’un des plus grands établissements médicaux d’Ukraine occidentale. Il dispose de la plus vaste unité de soins intensifs du pays avec près de 100 lits, d’un service de stérilisation ultra-moderne de 700 m², et d’un centre de transplantation de pointe capable de réaliser des greffes complexes grâce à un laboratoire d’immunogénétique et à des technologies dernier cri. Un pilier du système de santé ukrainien, à la fois marqué par la guerre et tourné vers l’avenir.

Unbroken : la reconstruction après la blessure

Enfin, nous visitons le centre Unbroken, vitrine de la résilience ukrainienne. Prothèses de dernière génération, exosquelettes, robotique médicale : tout est mis au service de la rééducation. Les blessés, souvent très jeunes, y réapprennent à marcher, à vivre, à se reconstruire. Le contraste est saisissant : d’un côté, des amputations évitables faute de soins rapides ; de l’autre, l’innovation qui redonne espoir.

Conclusion

De cette mission, trois priorités se dégagent :

  1. Former les chirurgiens au Damage Control pour sauver plus de vies.
  2. Soigner mieux et plus vite, pour éviter infections et amputations inutiles.
  3. Valoriser le biomédical, en formant des techniciens capables de remettre en service le matériel hospitalier.

Au-delà des projets, je garde l’image d’un peuple digne et résilient, et celle de mes collègues ukrainiens qui se battent chaque jour, non seulement pour sauver des vies, mais pour défendre l’avenir de leur pays.

Anouchka Finker

Anouchka Finker - CEO @ La Chaine de l'Espoir | LinkedInAnouchka Finker est Directrice générale de La Chaîne de l’Espoir depuis 2019. Elle cumule plus de vingt ans d’expérience internationale dans la gestion stratégique et le développement de partenariats, acquise dans des environnements multiculturels, tant dans le secteur privé que dans l’humanitaire.

À la tête de La Chaîne de l’Espoir, elle conduit l’action d’une organisation médicale internationale de 240 salariés, présente dans une vingtaine de pays. L’ONG s’attache à améliorer l’accès aux soins pour les populations les plus vulnérables, en particulier les enfants et les femmes, tout en renforçant durablement les systèmes de santé, avec une attention particulière portée à la chirurgie. Elle agit en étroite collaboration avec des partenaires locaux afin de proposer des solutions pérennes et de répondre aux besoins dans les contextes de crise.
Je vous invite à lire ces articles publiés dans l’édition :

 

Occident, ennemi mondial n°1, entretien exclusif avec Jean-François Colosimo

 

©US Governement G7 2025 KANANASKIS

Alain Boinet  :

Dans votre livre « Occident, ennemi mondial N°1 », vous écrivez : « Nous ne l’avons pas vu venir. Puis nous n’en avons pas cru nos yeux. Puis, c’est arrivé ». Pour nos lecteurs qui n’auraient pas encore lu votre livre, de quel événement s’agit-il ?

Jean François-Colosimo :

Après l’effondrement de l’Est totalitaire face à l’Ouest libéral, nous pensions que la mondialisation finirait par accoucher de la paix perpétuelle. Les institutions internationales, héritées de 1945, confirmées après 1989, nous semblaient avoir l’éternité devant elles pour atténuer si ce n’est résorber les conflits et les déséquilibres opposant désormais le Nord et le Sud. Il n’en a rien été. Subitement, nous avons vu basculer l’axe du globe et imploser l’ordre planétaire. D’anciens empires autocratiques que l’on croyait révolus sont réapparus. Sur les ruines de leur occidentalisation à marche forcée  au cours du XXe siècle qui fut de type uniquement révolutionnaire, soit socialiste, soit nationaliste, ils ont entrepris un vaste  réarmement identitaire en instrumentalisant leur fond religieux.  Ce sont la Russie « orthodoxe » de Poutine, la Turquie « sunnite » d’Erdogan, l’Iran « chiite » de Khamenei, la Chine « confucianiste » de Xi, l’Inde « hindouiste » de Modi.  Tous les oppose sauf la désignation de leur ennemi commun qu’ils nomment l’ « Occident », cette puissance selon eux dominatrice, égoïste, hypocrite, décadente, à savoir l’Amérique et l’Europe dont ils auraient pour mission de libérer les peuples de la Terre qu’elles asserviraient.

Occident, ennemi mondial n°1, Jean François-Colosimo, Albin Michel

AB :

L’élection de Donald Trump et son projet MAGA incarne-t-il le 6e empire qui change et complique la donne mondiale par les déstabilisations, voire le chaos qu’il porte ?

JFC :

Le lien transatlantique est une illusion. Il masque en fait la mainmise du Nouveau Monde sur le Vieux-Continent.  Il en va de même pour l’opposition convenue entre une bonne Amérique démocratique et une mauvaise Amérique dévote. En réalité, le mythe fondateur des Etats-Unis engendre, sur le modèle de la Rome antique,  une république impériale providentiellement destinée au règne du Bien. C’est   le seul pays où l’extrémisme religieux a réussi en adoptant comme régime politique le libéralisme absolu et en fusionnant les divers véhicules de croyance dans le culte unique de la religion civile. Là-dessus, Trump ne se distingue guère de ses prédécesseurs. Le tournant qu’il marque et qui le dépasse tient à ce que les Etats-Unis, afin d’enrayer leur possible et probable déclin, renoue instinctivement avec leur mercantilisme originel inhérent à leur sentiment d’élection divine : isolationnisme pour contenir les marchés intérieurs, interventionnisme pour conquérir les marchés extérieurs. Ce qui, dans le contexte de la raréfaction planétaire des ressources, inaugure un hypercapitalisme reposant plus que jamais, à Washington, sur la consolidation du complexe militaro-industriel, l’exaltation de la force et l’imposition, sous couvert de meilleur deal, du fait accompli.

©US Governement, Trump Fort Bag North Carolina 2025

AB :

L’invasion de l’Ukraine par la Russie de Vladimir Poutine, membre du Conseil de sécurité des Nations-Unies, représente-t-elle un « changement d’époque » et le recours à la guerre pour régler ses différents ne risque t’il pas de donner des idées à d’autres Etats ?

JFC :

Partout éclatent des conflits sans claire raison ou résolution que nous percevons de manière très sélective. Il n’y a qu’à penser à la guerre du Yémen qui, au contraire d’autres, n’a guère ému notre jeunesse et, plus largement, l’opinion.  Dans le cas de Vladimir Poutine, le bellicisme est constitutif de son autoritarisme. Chaque fois, en attaquant la Géorgie en 2008, la Crimée et le Donbass en 2014, Kyiv en 2023, il s’est agi pour lui de sauver son pouvoir oligarchique et kleptomane en mobilisant les masses au nom de la revanche. Erdogan au Caucase, Khamenei au Levant, Xi et Modi en Asie ne procèdent pas autrement. Le départ bâclé des Etats-Unis de Kaboul, voulu par Joe Biden en 2022, après 20 ans d’occupation, un coût financier de 3500 milliards de dollars et humain de 200 000 morts, le tout pour abandonner les Afghanes aux Talibans, a  lancé la course globale à la violence sacralisée dans le mépris ouvert des droits humains.

AB :

L’Europe confrontée à la guerre que lui a déclaré Vladimir Poutine et aux critiques de Donald Trump est-elle en danger et prête à y faire face ?

JFC :

L’Occident est une notion vague, multiforme, sans vraie définition stable et à portée comme à usage purement idéologique. Depuis 1945, ce mot-valise n’a de sens concret que l’OTAN, le pacte militaire qui consigne la complète dépendance de l’Europe, pour ce qui est de sa défense, à l’égard des Etats-Unis. L’Union s’est construite sur l’utopie de la paix. Elle se trouve aujourd’hui désarmée alors que l’Amérique se détourne de l’Atlantique pour se tourner vers le nouveau bassin géopolitique qu’est le Pacifique. De surcroît, l’Union égalitaire à 27 ne peut-être que désunie. Seule une Europe carolingienne saurait trouver les moyens de résister. Enfin, resterait alors en suspens la question de pourquoi se bat-on. Depuis l’invasion de l’Ukraine, laquelle a ramené la guerre conventionnelle au cœur du continent après les terribles guérillas tribales qui ont embrasé l’ex-Yougoslavie dès 1989, on ne cesse d’évoquer un indispensable sursaut. Encore faudrait-il qu’il existe la volonté de combattre pour un idéal qui va avec l’éventualité de mourir pour ce même idéal. L’épuisement spirituel est aussi redoutable que l’inertie stratégique.

©North Atlantic Council | Photo: Ministry of © Foreign Affairs Government of the Netherlands

AB :

Dans votre livre, vous prévoyez l’auto-extinction à terme des empires russe, chinois, perse, turc et indien. Mais, en Europe et ailleurs, la démocratie libérale est mise en question et affaiblie, la menace russe est réelle et l’influence occidentale et européenne régresse dans le monde. Comment voyez-vous ce dilemme pour l’Europe ?

JFC :

De l’orée des Temps modernes à aujourd’hui, ces empires n’ont cessé de s’affronter. Ils recommenceront demain. Aujourd’hui, l’hypothèse de notre destruction, à tout le moins de notre marginalisation, les rend momentanément solidaires. De même que le dépeçage néo-colonialiste qu’ils exercent à l’encontre des pays faibles du Sud, à commencer par ceux de l’Afrique subsaharienne où se ruent Chinois, Russes et Turcs. L’Europe est en retard d’une mappemonde. Le prix de son aveuglement sera abyssal pour elle-même mais aussi pour les plus démunis des peuples si elle les laisse sombrer dans cette nouvelle servitude.

AB :

A quoi peut servir l’ONU aujourd’hui et son affaiblissement n’est-il pas aussi le signe précurseur d’un nouvel ordre international en recomposition ?

JFC : Comme ses homologues, le FMI, l’OMC, l’OMS ou la FAO, l’ONU est un grand cadavre à la dérive dont les motions résonnent dans le vide. L’enceinte des Nations-Unies, plombée par toutes sortes de conflits d’intérêt et de détournements de légitimité, constitue au mieux la scène la plus fournie en acteurs insincères de l’agonie de la diplomatie universaliste. C’est ainsi. Un monde pluriverse tel celui dans lequel nous entrons réclame plus de pressions que de palabres.

AB :

Entre une mondialisation qui se fissure et l’affirmation des empires comme des BRICS, comme on l’a vu lors du Sommet de Kazan en octobre 2024, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et le droit des gens sont-ils en danger et que faire pour les protéger et les promouvoir ?

JFC :

Les Brics sont une nébuleuse que les néo-empires tentent de récupérer à leur profit. Notre faute est de les laisser faire au lieu de proposer aux moins vindicatifs des pays du Sud un nouveau pacte de justice qui aurait par ailleurs et pour première incidence de freiner la crise migratoire. Le problème est moins que nous n’avons guère la capacité de le financer, mais que nous refusons la faculté de l’imaginer. Sur un plan politique, l’absence d’une forte réaction européenne à, par exemple, la mort du russe Alexeï Navalny paraît sonner le glas pour les dissidences qui, en Turquie, en Iran, en Chine, en Inde, ces Etats concentrationnaires, disent non à la tyrannie.

Réunion des BRICS en Russie à Kazan du 22 au 24 octobre 2024

AB :

L’Aide Publique au Développement et à l’aide humanitaire est en chute libre dans la plupart des pays membres de l’OCDE avec de graves conséquences. Comment voyez-vous ce changement et ses conséquences et comment y remédier ?

JFC :

Ce retrait est non seulement économiquement contre-productif et moralement répréhensible mais encore historiquement irresponsable. C’est sur le terreau de la démission du riche que pousse le chaos de la réprobation du pauvre. Nous n’avons pas compris que le mécanisme de la mondialisation est double : à l’unification centripète d’une humanité réduite à la consommation répond l’explosion centrifuge d’une humanité survoltée par la revendication. Les deux mouvements vont et iront continument de pair, l’enjeu étant de réguler cette machine infernale dont les effets dévastateurs se font sentir entre les blocs continentaux mis aussi au sein des mégalopoles. Une compensation, qui ne serait pas un remède, pourrait consister dans la mise en synergie à fin charitable et déconfessionnalisée des grands corps de croyance engagés dans la démarche interreligieuse. Ils viendraient ainsi, par leur secours actif, générique, avec pour seul critère le besoin immédiat d’une part insécable du genre humain, combler la défaillance des Etats dits « souverains ».

Présentation de la réforme humanitaire des Nations-Unies ou « humanitarian reform » lors de l’Assemblée générale de Solidarités International.

AB :

Face au duopole Trump et Poutine, la nécessité d’une autonomie stratégique de l’Europe ne donne-t-elle pas raison a posteriori au Général de Gaulle ?

JFC :

Le duopole est plutôt une tripode car Donald Trump et Vladimir Poutine ne vont pas sans XI Jinping. Ce que l’Europe doit impérativement comprendre si elle ne désire pas tomber de Charybde en Scylla, les discours actuels proposant un renversement d’alliance en faveur de Pékin étant proprement insensés si l’ont s’attarde une seconde sur la nature intrinsèquement totalitaire de la République populaire. Paris n’a pas d’amis ou d’ennemis, mais des alliés et des adversaires ainsi que de Gaulle le rappelait effectivement lors de son retour en 1958. Le Général ne confondait pas l’indépendance et l’indifférence. Les réformes qu’il   allait entreprendre contre le système du gâchis restent valables aujourd’hui.  La France dispose de la force nucléaire, d’une armée aguerrie, d’une présence sur toute les mers, d’une longue tradition de dialogue culturel et d’action humanitaire. C’est à elle qu’il revient de réveiller l’Europe. Là encore, la seule véritable interrogation est de savoir si les Français sont capables de se rêver. Mais derechef, comme il est souvent arrivé dans notre histoire, à manquer le rendez-vous, nous nous condamnerons à cauchemarder.

AB :

Comment souhaitez-vous conclure cet entretien ?

JFC  :

En disant aux lectrices et lecteurs de Défis humanitaires en cette occasion de ce centième numéro que pareillement, comme ils le savent, tout commence dès maintenant avec chacune, chacun d’eux. Et en compagnie de ces Ukrainiens, Arméniens, Téhéranaises, Ouïghours, Intouchables qui, contre l’empire du mensonge, nous montrent la voie du courage.

Jean-François Colosimo

 

Jean-François Colosimo

Après avoir été président du Centre national du Livre et de l’Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge, Jean-François Colosimo dirige présentement les Editions du Cerf. Il est l’auteur d’essais critiques et de films documentaires interrogeant les mutations contemporaines du divin en politique dont, récemment « Occident ennemi mondial numéro 1″ paru en 2024 chez Albin Michel et  » Chaos planétaire » en préparation pour FranceTV.

 

 

 

 

 

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