Entretien avec Maria Groenewald, Directrice de VOICE

Alain Boinet : Vous êtes la nouvelle directrice de VOICE (Voluntary Organisations in Cooperation in Europe Coordination des ONG humanitaires dans l’Union Européenne) basée à Bruxelles. Je vous remercie pour cette interview. Pouvez-vous d’abord présenter VOICE à nos lectrices et lecteurs ? 

Maria Groenewald : Bonjour Alain ! Pour commencer, je tiens à vous remercier pour cette invitation. C’est un honneur pour moi d’être la nouvelle Directrice de VOICE et de participer en tant que telle à cette interview.

VOICE est le réseau des organisations humanitaires en Europe. Il comporte 80 membres répartis dans 18 pays européens. Une valeur commune nous rassemble tous, celle du respect des principes humanitaires et du Droit International Humanitaire. La force de notre réseau repose sur la diversité de nos membres qui œuvrent dans différents secteurs, avec différents moyens, différentes structures… Ensemble, nous représentons l’interlocuteur humanitaire principal auprès de l’Union européenne, notamment de DG ECHO.

Alain Boinet : Vous avez participé au premier Forum Humanitaire Européen (FHE) du 21 au 23 mars à Bruxelles. Que pensez-vous de cette initiative de la Présidence française et de la Commission Européenne avec la DG ECHO, comment ce Forum s’est-il déroulé et quelles sont ses réponses concrètes à l’ampleur des besoins urgents d’aide humanitaire ?

Maria Groenewald : Premièrement, VOICE salue l’organisation de ce premier Forum Humanitaire Européen. C’était une bonne occasion de mettre l’accent sur l’importance de l’aide humanitaire, sur ses principes et ses défis. Ces moments sont importants car ils permettent de montrer aux acteurs extérieurs, en particulier politiques, que l’aide humanitaire nous concerne tous. Les événements en Ukraine l’illustrent bien. Selon les Nations Unies, plus de 274 millions de personnes en 2022 ont besoin d’une aide humanitaire. Cela est sans compter les 15,7 millions d’Ukrainiens dans le besoin depuis le début des hostilités. Il est impératif d’en parler, d’avoir des discussions, au niveau politique, sur l’aide humanitaire et ses défis.

Deuxièmement, beaucoup de nos membres ont apprécié ce moment de rencontre en présentiel après deux ans de période covid. Ce fut un moment de networking entre les ONG mais aussi avec les acteurs politiques, la Commission européenne, DG ECHO… Toutefois, les discussions étaient un peu limitées en termes de participation, de débats et d’échanges spontanés. Il faudrait donc revoir le format du forum pour permettre plus d’échanges. Aussi, bien que beaucoup de sujets importants ont été abordés, le choix de ces derniers ne s’est pas fait de manière suffisamment participative.

Chez VOICE, nous aimerions collaborer plus étroitement avec la DG ECHO et la présidence suédoise du Conseil de l’Union européenne, dans la préparation du prochain Forum afin de porter la perspective des ONG, de proposer une approche davantage participative et conduisant à des engagements concrets de la part des principaux acteurs. Nous aimerions donc échanger bien en amont de l’événement sur les sujets les plus pertinents à aborder pour réellement faire avancer les choses. Evidemment, tous les thèmes sont importants mais se concentrer sur certains sujets pourrait aussi être plus efficace.

2) Maria Groenewald (à gauche) Directrice de VOICE, Dominic Crowley (à droite), Président de VOICE, et le député européen Barry Andrews (au milieu), en réunion en marge de Forum Humanitaire Européen 2022.

Alain Boinet : Les financements humanitaires ne sont pas suffisants pour répondre cette année encore aux besoins identifiés qui concernent 300 millions de personnes en danger dans le monde du fait d’une crise (conflit, catastrophe, épidémie).  Il manquerait en moyenne 40% des fonds indispensables pour une aide d’urgence ! Quelle a été la réponse de la Commission Européenne à ce sujet lors du FHE et que devons-nous faire nous-mêmes ?  

Maria Groenewald : C’est une question majeure, mais aussi l’une des plus compliquées.  Cette question est d’autant plus importante lorsque l’on observe ces dernières années une augmentation continue du nombre de personnes dans le besoin humanitaire – augmentation bien plus rapide que celle des financements. Il est donc primordial de se concerter pour chercher des solutions et d’échanger sur des idées innovantes.

Au niveau européen, DG ECHO a de nouveau augmenté son budget pour l’aide humanitaire pour l’année 2022. De plus, la question de l’élargissement de la base des donateurs est une des priorités de la DG ECHO, et à ce titre, le sujet a également été traité durant le forum. Il est donc positif de constater que la problématique est largement reconnue par DG ECHO et que des efforts de plaidoyer pour élargir la base des bailleurs de fonds sont mis en œuvre. Cela reste une tâche très difficile et VOICE aimerait voir plus d’efforts de la part des États membres qui, selon nous, disposent d’un potentiel non-négligeable d’augmentation des financements humanitaires. Les capacités de notre réseau, et la présence de nos membres dans les différents pays de l’UE, pourraient permettre de participer à un effort d’argumentation et de persuasion.

En parallèle, et bien que l’augmentation des financements humanitaires par les bailleurs de fonds reste une condition sine qua non pour faire face aux besoins humanitaires grandissant, nous sommes engagés chez VOICE dans un travail de réflexion sur les modalités d’utilisation de ces fonds. Notre groupe de travail Grand Bargain 2.0 traite ce sujet, et notre « VOICE Policy Resolution 2021 » s’est focalisé sur ce point. Comment pouvons-nous opérer de façon plus efficace dans le cadre d’actions humanitaires ? Car la grande question reste celle-ci : comment investir les moyens mis à notre disposition de la manière la plus efficace possible ? C’est aussi la raison pour laquelle, pour le prochain forum, nous aimerions qu’il y ait plus de discussions invitant les ONG et les autres acteurs à réfléchir à des idées innovantes dans le cadre de la question de l’utilisation optimale de financements limités, et de l’impact des actions humanitaires. On peut penser à la digitalisation par exemple.

Alain Boinet : La Présidente de la Commission Européenne, Ursula Von der Leyen, a déclaré que l’Union Européenne était le premier bailleur de fonds humanitaires au monde. Quel est le budget de la DG ECHO en 2022 ? 

Maria Groenewald : Le budget de l’UE pour l’aide humanitaire est en 2022 de 1,8 milliards d’euros, un chiffre qui a augmenté depuis l’année dernière. En 2021, la Commission européenne était le deuxième plus grand bailleur de fonds public au monde, derrière les Etats-Unis.

VOICE insiste chaque année dans son plaidoyer auprès de l’Union européenne pour qu’une attention particulière soit portée au budget humanitaire. Nous le savons, chaque année les besoins humanitaires augmentent. Le budget alloué doit donc être cohérent, et augmenter également.

Bien que l’augmentation du budget en 2022 soit un signe positif, il reste tout du moins la question de la répartition de ces financements entre les crises humanitaires et les différentes parties du monde.

Intervention du président Emmanuel Macron au Forum Humanitaire Européen en mars 2022 @European Union (Yasmina et Djamel Besseghir, 2022)

Alain Boinet : Parmi les questions à l’ordre du jour du Forum, il y avait notamment celle du développement de capacités européennes de réponse humanitaire. Il a été question d’ équipes prêtes à intervenir, de matériels pré positionnés, de possible pont aérien et de pont terrestre. Cela veut-il dire que la DG ECHO envisage de devenir opérationnelle ou plutôt quelle souhaite développer de telles capacités avec ces actuels partenaires comme cela a été le cas durant la COVID 19 avec le Réseau Logistique Humanitaire et le pont aérien mis en place pour faire face à l’interruption du transport aérien à l’époque ?  

Maria Groenewald : La plupart de nos membres sont des ONG certifiées auprès de la DG ECHO et travaillent étroitement avec celle-ci depuis des années. Ce Humanitarian Partnership (auparavant le FPA – Framework Partnership Agreement) avec ECHO est nécessaire pour avoir le droit de leur soumettre une proposition pour recevoir des financements pour la mise en œuvre d’un projet humanitaire.

VOICE a des échanges réguliers avec ECHO car nous avons aussi la tâche d’être l’interlocuteur principal entre ECHO et les ONG partenaires pour toutes les questions techniques et opérationnelles dans le cadre de ce Humanitarian Partnership. A cet égard, nous sommes toujours ouverts aux idées et approches innovantes afin de mieux travailler ensemble et pour continuer à répondre aux crises le plus vite possible.

En ce qui concerne le pont humanitaire aérien que vous avez mentionné, c’est une idée qui est née auprès d’ONG françaises, dont quelques ONG membres de VOICE. Nous sommes très enthousiastes de voir qu’ECHO continue d’utiliser ce moyen d’opération qui aide grandement nos membres à résoudre des défis logistiques de façon rapide. Toutefois, cette ‘European Humanitarian Response Capacity’ a pour l’instant un bilan mitigé auprès de VOICE, même s’il est important de préciser que cet outil n’est pas encore totalement développé et déployé. Il faut donc attendre un peu pour connaitre les réels impacts de ces opérations.

Selon VOICE, il n’est pas nécessaire qu’ECHO devienne un opérateur opérationnel, parce que les ONG sont les premières à répondre dans l’urgence aux diverses crises. Nos membres, ONG internationales et leurs partenaires nationaux sont des experts en la matière. Cependant, il y a quand même aussi des points positifs dans cette approche coopérative. Par exemple, une contribution accrue de la DG ECHO pour le pré-positionnement des stocks pour diminuer les défis logistiques une fois qu’une crise commence est une idée positive. Il est cependant important pour nous de rester en contact régulier avec ECHO sur ce sujet, pour être sûr qu’il n’y ait pas de dédoublement des mécanismes existants.

Forum Humanitaire Européen en mars 2022 @European Union (Yasmina et Djamel Besseghir, 2022)

Alain Boinet : Parmi les grandes questions abordées lors du Forum, il y a celle du renforcement des capacités locales. Dans la déclaration finale du Forum, il est question d’une procédure de consultation à ce sujet. Quel est l’agenda de cette consultation et comment VOICE et les ONG partenaires vont-elles y participer ?  

Maria Groenewald : En effet nous étions contents de voir que le sujet de la localisation était très présent pendant le forum. C’est une thématique importante pour la plupart de nos membres qui comme vous l’avez dit, travaillent déjà étroitement avec leurs partenaires locaux et nationaux.

Par ailleurs, le développement de ces nouvelles lignes directrices et la procédure de consultation qui l’accompagne ne sont pas une surprise, puisqu’elles avaient été annoncées en mars 2021, lors de la publication de la Communication de la Commission sur l’action humanitaire. Nous sommes très satisfaits que la DG ECHO ait décidé de prioriser ce sujet via le lancement de cette consultation, que nous espérons inclusive et transparente.

VOICE a 2 groupes de travail qui s’occupent, parmi d’autres sujets, de la localisation. Il y a tout d’abord le Watch Group, le groupe de travail en charge des sujets liés au Humanitarian Partnership, et le groupe de travail Grand Bargain 2.0. Nous allons participer à cette consultation car comme vous l’avez mentionné, il existe déjà des cultures de travail entre nos membres et leurs partenaires locaux, des bons exemples de collaboration sur lesquels nous pourrions prendre appui et en retirer des leçons. Cela nous permettrait de mettre en place une approche de localisation soutenue par DG ECHO. Il est aussi primordial pour nous de lancer une approche coopérative entre les différentes ONG, nationales et internationales, pour mieux travailler ensemble. A titre personnel, je suis convaincue que nous avons besoin l’un de l’autre. Bien sûr, il existe encore de nombreuses barrières à la mise en œuvre de partenariats équitables. Cependant, il ne faut pas se voir comme ennemis mais comme des partenaires devant trouver de nouvelles manières de mieux travailler ensemble, de manière coopérative en s’appuyant sur les expertises respectives. J’espère que les nouvelles lignes directrices de la DG ECHO sur la localisation vont aller dans cette direction.

La raffinerie du parc Vanderbijl du géant du fer et de l’acier ISKOR, en Afrique du Sud. Terres agricoles bordant la zone industrielle. 2007. Photo : © John Hogg/Banque mondiale (CC BY-NC-ND 2.0)

Alain Boinet : Le dérèglement climatique et ses conséquences pour les populations dans les situations de crise est une préoccupation majeure pour les acteurs humanitaires. Plusieurs documents de référence ont été publiés récemment à ce sujet. Mais pour répondre concrètement sur le terrain aux conséquences des défis climatique, quelles sont les initiatives et mesures prévues ?  

Maria Groenewald : Le changement climatique et la résilience dans l’aide humanitaire était le 2e sujet, avec la localisation, qui était le plus présent dans les discussions du forum. De plus, ce sujet majeur, au-delà du secteur humanitaire est, comparé à d’autres sujets, un peu moins difficile à aborder avec un bailleur de fonds comme ECHO, car assez consensuel sur la gravité et l’urgence de la situation. En effet, le nombre de réfugiés et de déplacés internes du au dérèglement climatique est alarmant, sans compter les pronostics effrayants pour les années à venir. D’ailleurs, 11 ONG françaises, dont plusieurs membres de VOICE, ont publié une déclaration après le forum en réaction au lancement de la Déclaration des bailleurs de l’aide humanitaire sur le climat et l’environnement. Nous avons d’ailleurs mentionné leur déclaration dans notre propre déclaration après le forum, puisque nous soutenons tout particulièrement leurs demandes : l’attribution de fonds supplémentaires pour répondre à ces défis est impératif. Nous devons continuer à échanger sur cette problématique, notamment dans le cadre des prochains forums, qui devront déboucher sur des engagements clairs des États membres et de la Commission européenne. La reconnaissance de manière unanime que nous ne pouvons pas ignorer l’urgence climatique plus longtemps est une bonne nouvelle, mais ne constitue qu’une première étape, la prochaine étant de discuter des moyens financiers.

Enfin, il est nécessaire de préciser que bien que nous soyons prêts à faire notre part, en tant qu’ONG internationales, avec le soutien des bailleurs de l’aide humanitaire, nous ne sommes pas la solution à cette crise climatique. Je ne pense pas que ce soit ce que l’on attende de nous. Toutefois, la question climatique est au cœur de la stratégie de plaidoyer de VOICE, auprès de la Commission européenne car chaque euro investit dans les actions d’anticipation est 1€ qui ne sera pas dépensé par la suite en aide humanitaire. VOICE espère aussi que la DG ECHO continuera de s’engager davantage pour soutenir ces actions anticipatives, avec des moyens financiers supplémentaires, sans impact sur les autres lignes du budget humanitaire.

Alain Boinet : Parmi les recommandations de ce document publié par ces 11 ONG dont vous faisiez mention, il est indiqué que « nous invitons la Commission européenne à mettre en place un mécanisme de redevabilité à travers un reporting public annuel dont le Forum Humanitaire Européen pourrait être le lieu Que pensez-vous de cette proposition ? 

Maria Groenewald : Nous sommes tout à fait d’accord avec cette proposition. Ce mécanisme me semble nécessaire car en améliorant la transparence, cela va jouer sur les décisions de répartition des financements. En théorie, tous les chiffres sont disponibles en ligne. Mais en réalité, il n’est pas facile de comprendre l’état actuel des financements humanitaires de DG ECHO et la source de ces financements. Il manque aussi des informations sur les logiques de répartition des montants. Pourquoi tel montant pour le Sahel, tel montant pour l’Asie ou tel pour l’Amérique latine ?

Cette discussion est d’autant plus pertinente dans le cadre de la crise en Ukraine où des montants importants ont été mobilisés. Nous saluons le déploiement de ces aides financières de l’Union européenne et de DG ECHO pour la crise en Ukraine mais cela ne doit pas réduire les budgets pour les autres crises humanitaires, y compris pour les crises de long terme, parfois oubliées.

Donc chaque effort vers plus de transparence est un effort que VOICE salue, en particulier pour tenir responsable les bailleurs de fonds. Nous devons veiller à ce que les intérêts des personnes bénéficiaires de l’aide humanitaire soient au cœur de toutes les décisions.

Alain Boinet : La guerre en Ukraine et ses conséquences dramatiques dans ce pays pour la population, l’accueil de nombreux réfugiés dans les pays limitrophes, les conséquences sur la sécurité alimentaires dans de nombreux pays, en particulier au Proche et au Moyen-Orient et en Afrique, entraine une mobilisation humanitaire internationale exceptionnelle. Mais les budgets sont déjà votés alors qu’il faut secourir l’Ukraine tout en n’abandonnant personne dans les autres crises en cours. Comment agir auprès de la Commission Européenne et des autres bailleurs de fonds afin de n’oublier personne ? Que peuvent et doivent faire VOICE et ses partenaires pour cela ?  

Maria Groenewald : C’est évidemment une question complexe mais primordiale. La crise en Ukraine a bien montré que l’Union européenne et DG ECHO sont des acteurs qui peuvent réagir vite et mobiliser les financements supplémentaires nécessaires face à une crise que peu de personnes avaient anticipé il y a encore 3-4 mois. Nous aimerions voir cette rapidité d’action et cet engagement financier s’appliquer à d’autres crises actuelles et futures.

Acheminement de l’aide par avion-cargo de la France vers la Moldavie, coordonné par le mécanisme de protection civile de l’UE. © Union européenne, 2022 (CC BY-NC-ND 2.0)

Bien sûr, les impacts de cette crise s’appliquent bien au-delà du territoire ukrainien. Elle touche aussi les pays limitrophes qui accueillent les réfugiés, et l’augmentation des prix menace tout particulièrement la sécurité alimentaire dans d’autres régions du monde. VOICE joue un rôle pour influencer l’agenda au niveau politique, y compris sur ce dernier point. Par exemple, le sujet de la relation entre la faim et les conflits n’était pas sur l’agenda initial du Forum Humanitaire Européen 2022. Après une réunion entre nos membres et le directeur adjoint de la DG ECHO, Michael Köhler, en novembre 2021 où nous avons signalé l’absence du sujet, les organisateurs du Forum – la DG ECHO et la présidence française du conseil de l’UE – ont accepté d’ajouter le sujet « Faim & Conflit » à l’agenda. Entre temps, le conflit en Ukraine a éclaté, et il est devenu d’autant plus d’actualité de discuter de ce sujet au cours du Forum.

Donc oui effectivement, nous sommes l’interlocuteur principal entre les ONG certifiées et ECHO pour discuter de toutes les questions techniques mais la plus grande partie de notre travail est de garantir un espace pour les sujets les plus importants au cœur des débats ici à Bruxelles avec DG ECHO et les États membres et d’influencer la manière dont ils sont discutés. Promouvoir l’aide humanitaire et engager davantage d’Etats membres font aussi partie de nos objectifs. Cette nouvelle crise en Ukraine et ses effets globaux montre que l’aide humanitaire n’est pas quelque chose qui ne concerne qu’un petit groupe essayant d’aider les personnes dans le besoin. Non, c’est un sujet qui concerne tout le monde, et en particulier l’ensemble des Etats Membres.

Enfin, à propos des enjeux autour du Droit International Humanitaire, qui est parfois un peu questionné, je pense que nous devons utiliser toutes les occasions possibles pour expliquer systématiquement ce qu’est le Droit International Humanitaire et pourquoi il faut le respecter, dans n’importe quelle crise, guerre ou confrontation, car la mise en place de l’aide humanitaire repose et dépend de ce droit. Il est également important de comprendre que ce n’est pas une question de solidarité. Tout le monde se sent solidaire avec l’Ukraine pour de bonnes raisons. Mais le respect du DIH va au-delà, nos ONG sont obligées de suivre les principes de l’aide humanitaire pour garantir l’arrivée de cette aide aux personnes dans le besoin. C’est l’objectif final de notre action, le reste est politique. Comme vous l’avez dit plus tôt, nous ne sommes pas des acteurs politiques mais des acteurs humanitaires et chacun doit jouer son rôle.

Alain Boinet : Comment voulez-vous conclure cette interview ? 

Maria Groenewald : Il existe 3 points importants pour moi. Tout d’abord, chez VOICE, nous sommes prêts à continuer le dialogue avec DG ECHO et les États membres sur tous les sujets que nous avons discuté pendant le forum parce que ce sont des sujets majeurs, mais aussi pour permettre une continuité et un suivi des déclarations faites au forum. Il faut s’assurer que les discussions se transforment en actions sur les sujets clés tels que la localisation, la recherche des bailleurs de fonds alternatifs, la question des financements pour le climat, une plus grande coopération pour plus efficacité… Nous devons maintenir le lien entre le forum 2022 et 2023 et commencer le prochain forum en discutant de nos avancées sur les différents sujets.

Deuxièmement, il est primordial de continuer, ensemble, la promotion du respect du Droit International Humanitaire et des principes humanitaires. Les récents événements en Ukraine ont bien montré la remise en question de ces principes, ce qui met en danger nos collègues qui travaillent sur le terrain.

Enfin, la question des sanctions de l’Union européenne et des mesures anti-terroristes est un enjeu majeur. Nous ne remettons pas en question la nécessité de telles mesures mais elles ne doivent pas empêcher les organisations humanitaires de mettre en place leurs actions de façon rapide et efficace.

PS/ Votre don (faire un donnous permet de publier et de développer Défis Humanitaires, site gratuit et indépendant. Je vous remercie pour votre soutien.  

Qui est Maria Groenewald ? 

Avec plus de 15 ans d’expérience dans le secteur des ONG, Maria Groenewald a développé de solides compétences en matière de plaidoyer et de gestion de projet, tant dans le domaine humanitaire que dans celui du développement. Après avoir étudié les sciences politiques, les sciences de la communication et la sociologie en Allemagne et en France, Maria a commencé sa carrière en travaillant pour Johanniter International Assistance, où elle a acquis de nombreuses expériences de terrain en Afrique. Maria a ensuite rejoint Plan International Allemagne, où elle a occupé différents postes pendant plus de dix ans, par exemple celui de responsable des programmes humanitaire et de développement en Asie. Au cours des quatre années précédant son arrivée chez VOICE, Maria était basée à Bruxelles en tant que Senior Resource Mobilisation Manager chez Plan International Allemagne avec un focus sur les financements et rapports avec la DG ECHO et DG DEVCO (maintenant DG INTPA).

Spécialisée dans la programmation humanitaire et de développement, le nexus, le développement des activités, la mobilisation des ressources, la programmation en lien avec les droits de l’enfant, le partenariat humanitaire (en particulier avec la DG ECHO) et le Grand Bargain, Maria a rejoint l’équipe du secrétariat de VOICE en février 2021 en tant que coordinatrice programme. Elle devient directrice ad intérim en juillet 2021, avant d’être été nommée comme nouvelle directrice de VOICE en novembre 2021.

Pour aller plus loin :

Interview vidéo : 

Sommet Union Africaine – Union Européenne, quels résultats ?

Interview exclusive avec Alain Le Roy qui a préparé et suivi ce sommet.

De gauche à droite : Muhammadu BUHARI (Président du Nigeria, Nigeria), Ursula VON DER LEYEN (Présidente de la Commission européenne, COMMISSION EUROPÉENNE), Abdel Fattah EL-SISI (Président de l’Égypte, Égypte), Cyril RAMAPHOSA (Afrique du Sud), Charles MICHEL (Président du Conseil européen, CONSEIL EUROPÉEN), Emmanuel MACRON (Président de la France, France), Macky SALL (Président du Sénégal, Sénégal), Kaïs SAÏED (Tunisie) au sommet UE – UA 2022 @European Union

Alain Boinet : Tu as préparé le 6ème Sommet Union Africaine-Union Européenne qui vient de se tenir à Bruxelles les 17 et 18 février sous la présidence de M. Macky Sall et Charles Michel. En quoi s’agit-il d’un « partenariat renouvelé riche de promesses » » alors que le précédent Sommet à Abidjan en 2017 a laissé des souvenirs mitigés ?

Alain Le Roy : En effet, à l’issue du sommet d’Abidjan en 2017, il devait y avoir un plan d’action qui n’a finalement pas été adopté, ce qui entrainé une certaine frustration. C’est la raison pour laquelle il était essentiel de tenir un nouveau sommet avec cette fois des engagements concrets, précis et mesurables. Normalement, ce sommet Afrique-Europe se tient tous les 3 ans, mais en raison du COVID, il a fallu attendre 2022 pour le tenir. La France a insisté pour qu’il se tienne pendant sa présidence du Conseil de l’Union européenne.

Cette fois-ci, une attention toute particulière a été portée sur les résultats du sommet et aussi sur la forme. L’objectif était de parvenir à une déclaration politique courte et lisible et d’éviter la longue litanie de 80 chefs d’Etat et de gouvernement parlant les uns à la suite des autres. Les discussions ont ainsi été organisées autour de sept tables rondes pour débattre en profondeur entre chefs d’Etat et avec des experts, sur les thèmes suivants : financement de la croissance / infrastructures, énergie, transport, numérique / paix, sécurité et gouvernance / vaccins et systèmes de santé / agriculture et développement durable / éducation, formation professionnelle, migration / soutien au secteur privé et intégration économique.

Tout cela a abouti à des engagements clairs et chiffrés, notamment un montant de 150 milliards d’euros pour financer les investissements en Afrique d’ici 2027, et une liste de projets concrets et bien identifiés dans les différents domaines.

Les retours ont été très positifs de la part de l’essentiel des chefs d’Etat africains et européens présents qui se sont déclarés très satisfaits des résultats concrets du sommet et du renforcement du partenariat entre l’Afrique et l’Europe. La conférence de presse finale, au-delà de saluer les efforts et les engagements de ce sommet, a aussi été l’occasion de rappeler que l’Europe est de très loin le premier partenaire de l’Afrique, que ce soit en termes d’investissement, de commerce ou bien d’aide publique au développement. Et qu’elle compte bien le rester.

Alain Boinet : Comment s’articule les politiques de partenariat et de développement des 27 Etats membres de l’Union Européenne, comme la France, avec les décisions prises lors de ce Sommet ?

Alain Le Roy : Chaque Etat membre de l’UE a bien sûr sa propre politique d’aide au développement. La seule politique complètement communautarisée de l’Union Européenne est la politique commerciale. En revanche, tous les autres domaines et en particulier la politique d’aide au développement et la politique étrangère ne sont pas communautarisés, elles relèvent comme on dit à Bruxelles de l’intergouvernemental. Chaque pays garde sa propre politique.

La Commission européenne propose la répartition des fonds approuvés dans le cadre du budget européen et pour l’appui à l’Afrique cela relève principalement d’un nouvel instrument, le NDICI. Cette répartition est examinée par différents groupes de travail dans lesquels les Etats membres sont représentés.

Cette année il a été décidé pour rendre l’effort de l’Europe plus visible, d’agréger autant que possible par projet les engagements de l’UE (les fonds du NDICI par exemple) avec les engagements des Etats membres et de leurs agences de développement, ainsi qu’avec les engagements de la BEI (Banque européenne d’investissement). C’est ce qu’on appelle l’approche Team Europe ou Equipe Europe.

Alain Boinet : Quelles sont les mesures concrètes qui ont été prises pour faire face aux conséquences sanitaires, économiques et sociales de la pandémie de COVID-19 en Afrique ? 

Lancement de la campagne de vaccination contre la COVID-19 au Bénin @Présidence de la République du Bénin (CC BY-NC-ND 2.0)

Alain Le Roy : Dans ce contexte pandémique, deux aspects sont à prendre en compte, en premier les conséquences sanitaires directes de la pandémie mais aussi les conséquences économiques. Pour répondre aux mieux aux besoins sanitaires en Afrique, fournir des vaccins au continent était évidemment la priorité. Malgré un certain retard au début de la pandémie, l’Europe reste le seul continent qui n’a jamais limité ses exportations de vaccins et celui qui a déjà fourni à l’Afrique plus de 150 millions de vaccins. L’objectif est d’atteindre les 450 millions de vaccins livrés à l’Afrique d’ici fin juin 2022 en plus de ceux fournis par le mécanisme COVAX que l’UE a financé à hauteur de 3 milliards de dollars. On a beaucoup parlé des vaccins chinois, mais jusqu’à présent la Chine n’a fourni à l’Afrique que 35 millions de vaccins, beaucoup moins que l’Europe donc.

Le sommet s’est aussi attaché à contribuer à l’augmentation du taux de vaccination en Afrique. En effet, malgré ces dons de vaccins, le taux de vaccination moyen en Afrique reste aujourd’hui inférieur à 13% contre 70% en Europe. Ce faible chiffre s’explique notamment par des campagnes de vaccination insuffisantes, des réticences personnelles anti vaccin, des blocages dus au manque de matériel (pas assez de seringues par exemple) ou le manque de services de soins primaires. La Team Europe a donc prévu un paquet de mesures destiné au renforcement des systèmes de santé africains, avec entre autres un montant de 425 millions d’euros pour accélérer le rythme de la vaccination.

Enfin, au cours du sommet, des engagements ont été pris pour aider l’Afrique à produire rapidement ses propres vaccins, en particulier en Afrique du Sud, au Rwanda et au Sénégal. Une séquence spécifique a porté sur la production de vaccins ARN messager. Six pays vont bénéficier d’une aide à la production de ces vaccins : l’Égypte, le Kenya, le Nigeria, le Sénégal, l’Afrique du Sud et la Tunisie.

En ce qui concerne les conséquences économiques de la crise sanitaire, cet aspect fut déjà abordé au cours du Sommet sur le financement des économies africaines le 18 mai 2021 à Paris, avec en particulier l’allocation par le FMI de 650 milliards de dollars de DTS* pour l’ensemble du monde, dont 33 milliards de dollars directement pour l’Afrique. Et en plus, les pays du G20 ont fixé comme objectif de réallouer jusqu’à 100 milliards de dollars de leurs propres DTS, principalement au profit de l’Afrique. Le sommet a pu constater que la réalisation de cet objectif progressait bien puisque nous en étions déjà à plus de 55 milliards de dollars d’engagements fermes dont 13 milliards de la part des premiers pays européens.

*Les droits de tirage spéciaux (DTS, en anglais, Special Drawing Rights : SDR), également au singulier, sont un instrument monétaire international créé par le FMI en 1969 pour compléter les réserves officielles existantes des pays membres.

Alain Boinet : Il semblerait qu’il y ait des problèmes techniques qui gênent cette réallocation. 

Alain Le Roy : Il n’y a pas de problèmes techniques sérieux pour la réallocation à travers les trusts du FMI.

La première voie qui fonctionne est celle par laquelle les pays développés prêtent leurs DTS à travers le Poverty Reduction and Growth Trust (PRGT), ou FRPC en français, qui est un trust existant du FMI. Les pays prêtent au FMI qui prête ensuite directement aux Etats africains. Ce premier trust devrait approcher les 30 milliards de dollars.

La deuxième voie consiste à utiliser le Resilience and Sustainability Trust (RST), un trust en cours de création et dont l’idée a pris naissance au sommet du 18 mai. Il sera opérationnel en septembre/octobre. Le RST pourrait atteindre les 50 ou 60 milliards de dolars, principalement pour l’Afrique, mais pas exclusivement. En effet, ce trust est destiné aux PMA et PRI (pays à revenus intermédiaires) vulnérables dont la majorité sont des pays africains.

La difficulté est de mettre en place une troisième voie qui permettrait de réallouer ces DTS directement au profit des banques africaines de développement ce qui occasionnerait un vrai effet de levier. Pour le moment la Banque Centrale Européenne estime qu’il est impossible de prêter les DTS des pays de la zone euro en dehors des trusts du FMI. C’est donc un sujet sur lequel nos experts de la Direction du Trésor travaillent pour trouver une solution.

Alain Boinet : Ce sommet fait état d’un vaste plan de développement à l’aide d’un paquet d’investissements de 150 milliards de dollars. De quoi s’agit-il et quelles sont les priorités de ce plan ?  

Alain Le Roy : En effet, ce sommet a été l’occasion de lancer un plan d’investissement de l’UE en Afrique d’au moins 150 milliards d’euros sur 5 ans. S’inscrivant dans le projet Global Gateway de l’UE, ce plan aura un effet de levier sur les investissements privés, ce qui devrait multiplier par environ 3 son impact réel.

Ce plan couvre de nombreux domaines déjà identifiés par l’agenda 2063 de l’Union africaine, parmi lesquels on peut citer :

. la santé, avec en particulier l’appui aux systèmes de santé et à la production de vaccins en Afrique,

. l’éducation, avec l’appui à la formation des enseignants et le renforcement ou la création de centres de formation professionnelle adaptés aux marchés du travail locaux,

. les infrastructures, en renforçant de façon transversale les procédures pour accroître la transparence et la durabilité des projets,

. l’énergie, avec notamment de nombreux projets d’interconnexion électrique et des partenariats énergétiques « justes » pour accompagner les pays dans leur transition énergétique en tenant compte de leurs immenses besoins d’accroitre l’accès à l’électricité,

Centrale thermo-solaire à cycle combiné intégré d’Ain Beni Mathar au Maroc. Photo: Dana Smillie / World Bank (CC BY-NC-ND 2.0) 

. les transports, avec une liste de projets d’infrastructures routières, ferroviaires, portuaires, souvent d’intérêt régional et à démarrage rapide,

. l’accès au numérique, avec entre autres le démarrage de l’étude de faisabilité pour le câble sous-marin Europe-Afrique, le développement de hubs de formation et le renforcement de l’accès satellitaire,

. le soutien au secteur privé et tout particulièrement au secteur des starts-up africaines et des jeunes entrepreneurs, au travers de fonds spécifiques. Ainsi que le soutien à la mise en place de la zone de libre-échange du continent africain pour contribuer à l’intégration économique du continent.

Dans chaque domaine, des projets précis et concrets ont été retenus, en accord entre l’UE et l‘UA.

Alain Boinet : Les Objectifs de Développés Durables (ODD 2015-2030) ne sont cités nulle part dans la déclaration finale de ce Sommet.

Alain Le Roy : Les ODD n’ont peut-être pas été cités de manière explicite dans la déclaration finale, mais il est clair que l’ensemble du projet est en conformité avec les ODD. Le paquet de 150 milliards est explicitement au service de l’ambition commune pour l’agenda 2030, ce qui est précisément une référence à l’agenda des ODD des Nations Unies. C’est d’ailleurs l’un des points sur lesquels l’Europe travaille très sérieusement pour que les investissements soient durables et que leur impact sur l’environnement soit mesuré à chaque fois.

Alain Boinet : Parmi les sujets abordés officiellement durant le Sommet sur la paix, la sécurité et la gouvernance, on ne trouve pratiquement rien dans la déclaration finale, notamment sur le Sahel et l’opération Barkhane et Takuba. De même que pour l’aide humanitaire qui est pourtant une priorité dans nombre de pays en Afrique. Est-ce un oubli ?

Visite de M. El-Ghassim Wane , Représentant spécial du secrétaire général des Nations, chef de la MINUSMA au contingent Togolais de la MINUSMA @MINUSMA/Harandane Dicko (CC BY-NC-SA 2.0)

Alain Le Roy : Une table ronde spécifiquement consacrée aux questions de paix et de sécurité a été organisée lors du Sommet qui a donné lieu à des discussions très denses et très riches.

Les principes de notre coopération renforcée en matière de paix et de sécurité ont été précisés au point 5 de la déclaration finale du sommet. Cela concerne entre autres le soutien à la formation des forces de sécurité africaines et le soutien aux opérations africaines (en Somalie, en faveur du G5 Sahel, etc…). Nous espérons aussi que l’UE pourra, dès que la nouvelle Facilité européenne de paix sera opérationnelle, soutenir les opérations africaines contribuant à la stabilité du continent ou à la lutte contre le terrorisme, comme l’opération actuelle du Rwanda pour lutter contre le terrorisme au Mozambique, à la demande de ce pays.

La déclaration rappelle aussi le caractère essentiel de l’engagement de tous au respect du droit international humanitaire.

La question du Sahel et de l’avenir de Barkhane a fait l’objet d’une réunion spécifique euro-africaine à Paris la veille du sommet.

Alain Boinet : Y aura-t-il un mécanisme de suivi effectif ? Il a même été évoqué un droit de regard de la société civile sur la mise en œuvre des programmes. Certains sont sceptiques, ont-ils raison de s’inquiéter ?

Alain Le Roy : Le Sommet a été très clair, il y aura un suivi précis des engagements pris. La Commission européenne fera preuve d’une transparence totale sur les engagements qui ont été pris, au travers d’un site internet qui donnera les détails de ces engagements et l’état de la mise en œuvre des projets décidés. Il y aura également un comité de suivi qui rendra compte à la réunion ministérielle annuelle UE-UA. Ce site internet sera accessible à tous et en particulier à toutes les associations et fondations qui s’intéressent à l’Afrique et qui serviront d’aiguillons pour s’assurer de la mise en œuvre effective des engagements pris au cours du sommet.

Alain Boinet : Comment souhaites-tu conclure sur ce sommet Union Africaine – Union Européenne dont nous n’avons pas pu aborder tous les aspects, tant ils sont nombreux.

Alain Le Roy : Nous avions quelques inquiétudes car le sommet d’Abidjan avait généré des frustrations et depuis 2017, il n’y avait pas eu d’autre sommet. De plus l’aspect COVID et la situation en Ukraine rajoutaient un facteur d’incertitude sur la tenue du sommet.

Mais finalement le sommet s’est tenu aux dates prévues, en présentiel, et avec une participation exceptionnelle ! 100% des chefs d’État ou de gouvernement européens étaient présents. Ainsi que près de 90% des chefs d’Etat africains invités. Au total, près de 80 chefs d’État, et de nombreux experts de très haut niveau, étaient donc présents au sommet. Du côté africain, comme du côté européen, tous se sont déclarés satisfaits des résultats du sommet, même si l’accord sur la propriété intellectuelle concernant la production des vaccins n’a pas encore été trouvé. Malheureusement la crise en Ukraine a réduit la visibilité des résultats du sommet dans les médias.

Beaucoup a été fait en termes d’engagements sur des projets précis et concrets, en prenant en compte de tenir compte les priorités africaines, l’agenda 2030 des ODD et l’agenda 2063 de l’Union africaine.

Je pense que nous avons réussi, malgré des intérêts divergents, à intéresser l’ensemble des pays européens à l’Afrique. Le taux de participation et les montants importants mobilisés en témoignent. Cette mobilisation de l’ensemble de l’Europe en faveur de l’Afrique, et pas seulement des pays comme la France, l’Espagne, l’Italie ou le Portugal, est un véritable succès porteur de nombreux espoirs.

La situation de l’Afrique ne va certes pas changer radicalement du jour au lendemain mais cette mobilisation générale était essentielle pour progresser dans la relance économique de l’Afrique et dans le renforcement du lien Afrique-Europe. Nous comptons désormais sur la société civile pour sa mobilisation et son rôle d’aiguillon dans le suivi des nombreux engagements pris.

Pour toute information complémentaire, veuillez trouver ci-dessous le texte de la déclaration finale et des notes officielles plus spécifiques. 

Pour aller plus loin :

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Interview avec Alain Le Roy sur le sommet de financement des économies africaines : Interview avec Alain Le Roy sur le sommet de financement des économies africaines – Défis Humanitaires (defishumanitaires.com)

Déclaration finale officielle : final-declaration-fr.pdf (europa.eu)

Précisions sur le SUEUA : https://www.consilium.europa.eu/fr/meetings/international-summit/2022/02/17-18/

Annonce des premiers bénéficiaires du centre de transfert de technologie pour les vaccins à ARN-messager : https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2022/02/18/annonce-des-premiers-beneficiaires-du-centre-de-transfert-de-technologie-pour-les-vaccins-a-arn-messager

Déclaration conjointe sur la lutte contre la menace terroriste : https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2022/02/17/declaration-conjointe-sur-la-lutte-contre-la-menace-terroriste

Partenariats pour une transition énergétique juste en Afrique : https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2022/02/18/partenariats-pour-une-transition-energetique-juste-en-afrique

Sommet UE – UA : élargir le champ des protéines végétales en Afrique : https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2022/02/18/sommet-ue-ua-elargir-le-champ-des-proteines-vegetales-en-afrique

Rappel : 

Les droits de tirage spéciaux (DTS, en anglais, Special Drawing Rights : SDR), également au singulier, sont un instrument monétaire international créé par le FMI en 1969 pour compléter les réserves officielles existantes des pays membres.


Qui est Alain Le Roy ?

Alain Le Roy est Ambassadeur de France et Conseiller maître honoraire à la Cour des comptes. Il été notamment Ambassadeur de France à Madagascar et en Italie, ainsi que Secrétaire général adjoint de l’ONU, chargé des opérations de maintien de la paix, et Secrétaire général du Service européen pour l’action extérieure.