Le survivant.

Portrait de Pierre Fyot par Bernard Kouchner.

Pierre Fyot en mission humanitaire au Kurdistan d’Irak.

Il avait un cœur d’or et une gueule de cinéma, le docteur Pierre Fyot nous a quitté fin septembre. Bien sûr il nous faut retracer son parcours médical qui ne fut pas banal non plus, mais d’abord faisons connaissance avec de sa famille, le clan Fyot de la rue Turgot à Dijon, dans cette maison dont je me souviens du style et de la blancheur.

Comment dire ici la saga de cette famille singulière ? A chaque génération elle a produit ses héros, de nombreux morts dans les guerres de la France. Celle-ci a eu en son sein des académiciens, des bâtonniers, des archéologues et jusqu’au père de Pierre, avocat, lequel fut pendant plus de 30 ans maire adjoint et fit fonctionner la ville du chanoine Kir.

Pierre entama ses études de médecine à Dijon, mais dès 1943, à 20 ans, il gagna le maquis et s’engagea dans la résistance : réseau arc-en-ciel.

Le ton était donné, simplicité et héroïsme.

À la fin de la guerre, lors d’un dernier affrontement avec les occupants, l’ami qui l’accompagnait depuis son engagement dans le maquis mourut à ses côtés avec 15 autres volontaires. Pierre, l’unique survivant, alla annoncer le drame de sa mort à la mère de celui-ci.

Ainsi s’amorça ce que Pierre appellera toute sa vie le « complexe du survivant ».
Pierre Fyot poursuivit son parcours dans l’armée de Lattre de Tassigny, au 121ème régiment d’infanterie, et participa à la libération de l’Alsace, puis de l’Allemagne, avant de reprendre ses études médicales à Dijon.

Il était officier, sensible au discours comme à la vision politique du Général de Gaulle sur la grandeur de la France et la défense de ses colonies. Médecin diplômé. Il s’engagea dans les troupes de marine et officier des chasseurs. Il fut chargé de diriger un fort sur les hauts plateaux au Laos. Ce fut le temps des poursuites et des combats de commando dans la jungle. Il en parlait non comme un guerrier mais comme un homme plus sensible aux habitants et à la beauté du pays. Entre deux combats, il soignait les habitants qui venaient le consulter.

Démobilisé, il regagna Dijon. Il n’y resta pas longtemps. C’était tout son contraste : Pierre était un calme qui ne restait jamais en place. En1950 Il fut recruté comme médecin fonctionnaire par l’assistance médico-sociale en Algérie. Il devint un médecin disponible. Aimé dans les villages les plus reculés, soignant tous ses patients de la même façon, FLN ou anti FNL. Prenant soin des femmes, ce qui n’était pas la coutume.

Pierre Fyot (au milieu sans barbe) en mission humanitaire en Afghanistan dans les années quatre-vingt.

Son cabinet était aux Oudhias, en pleine Kabylie. Ce furent des années heureuses. Il visitait sans crainte ses patients à travers ses régions montagneuses, et dans cette période de guerre ceux-ci qui lui confiaient à l’occasion leur appartenance aux fellagas. Ils se faisaient réciproquement confiance.

Non loin de la bourgade de Pierre arriva un jeune homme qui faisait son service national dans les SAS (Section Administrative Spécialisée), structure nouvelle agissant auprès des seuls civils.

Ce garçon, Gérard, étais le frère d’Hubert, celui qui mourut à ses côtés dans le maquis arc-en-ciel en Bourgogne. Pierre demanda à un responsable FLN de sa connaissance une protection pour le jeune français, lui « confiant » ainsi son amitié pour Gérard. Le militant promit cette protection. En 1956, Gérard fut assassiné. Pierre, bouleversé s’engagea à la tête d’un commando du 5e régiment de tirailleurs marocains et, pour venger Gérard, poursuivit longuement les assassins jusqu’à une vaste grotte servant de refuge. Il y pénétra et le chef rebelle fut abattu.

Pierre revint en Frances annoncer à la maman de Gérard la mort de son second fils. Elle lui dit alors « pourquoi mes fils meurent et vous-même vous en tirez toujours ?». L’éternel survivant… Je l’avais pris au début, en raison de cette « réputation » algérienne, comme un homme de droite… Mais non, il était simplement un vrai, un grand humaniste.

Pierre s’était marié en Algérie, avec une attirante et intelligente femme pied-noir dont il eut deux enfants. Après son épisode de réengagement dont il était sorti lieutenant-colonel, et l’indépendance de l’Algérie, il décida de rentrer en France en bateau à voile avec sa femme. Retiré de l’armée, le docteur et lieutenant-colonel, passa quelques certificats de science. Ayant complété ses études à Dijon il dirigea un puis deux laboratoires d’analyses cliniques.

Retiré de l’armée, Il voyagea souvent avec l’IHEDN (Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale). Puis cet ultra-doué commença à écrire « Le vent de la Toussaint » traduit en plusieurs langues et dont un film réalisé par Gilles Béhat sortit rapidement. Ce n’était que le début de son œuvre écrite. Je ne cite pas tous ses livres mais seulement l’un d’entre eux « Les remparts du silence » qui m’impressionna beaucoup ».

Il réalisa une série télévisée avec Jacques Perrin, « Médecins des Hommes » qui illustrera les aventures humanitaires à travers leur mission sur trois continents. Ce fut aussi son engagement à la Guilde du Raid, et surtout en 1968 et en1971 sa décision de rejoindre Médecins Sans Frontières. Il fut à nos côtés au Biafra. C’est là que nos trajets se joignirent.

Pierre Fyot, Jacques Bérès, Max Récamier, Bernard Kouchner au Kurdistan d’Irak.

À partir des années 1972, je ne compte plus les missions que nous fîmes ensemble pendant des semaines et des mois du Liban en mer de Chine, de l’Amérique du Sud à l’Afrique. Pierre ne faisait jamais l’étalage de ses aventures ni de ses engagements. Pas plus que de ses bravoures réelles. Toujours disponible. Il répondait présent à chaque sollicitation pour l’Asie, comme pour l’Afrique. Il restait d’humeur égale tout au long de la mission, aucun travail, aucune fatigue ne le rebutait. Des discussions politiques occupaient une partie de nos nuits, souvent ponctuée d’une expression dubitative fréquemment utilisée : « Je ne peux pas te dire », ou bien « Je ne sais pas ». Cette exquise politesse masquait une réserve élégante sur l’agitation de sa vie, sur sa diversité.

Diversité : ainsi fut-il aussi médecin de la Présidence à deux reprises, ou engagé auprès d’Olivier Gendebien, coureur automobile célèbre. Enfin et surtout avec les cinéastes Pierre Schoendoerffer et Jacques Perrin, l’acteur de la 317e section devenu excellent producteur et ami fidèle de Pierre. Il ne parlait pas souvent de ses aventures, et pourtant quelle belle vie dans sa diversité. Cet aventurier devint un personnage public.

Une fois, en Asie, je me souviens que nous avions cru le perdre. Il avait plongé ou il était tombé de cette grande vedette américaine affrétée par Médecin du Monde pour aider les boat people. Il y avait alors deux bateaux, le nôtre et un autre, très proches. Alors que les deux coques d’acier se rapprochaient pour se heurter, produisant un bruit d’enfer : disparition de Pierre ! Tous les volontaires se penchaient sur un bord, croyant à la mort de notre ami, lorsqu’un cri retentit, presque un rire qui nous attira sur l’autre bord. Pierre avait plongé sous les bateaux et l’éternel survivant nous saluait de la main. Cette anecdote de mer me rappelle qu’il possédait un grand bateau, un « Empereur » avec lequel nous avions croisé dans les iles du Vénézuéla, il y a bien longtemps

J’avais une très grande amitié pour lui Pierre. Je venais à Dijon souvent pour le week-end. Nous n’avions pas alors seulement des conversations d’anciens combattants, notre ambition était de commenter la marche du monde !

Avec lui s’éteint toute une génération des fondateurs de l’humanitaire d’urgence à la française.

Bernard Kouchner.


Pierre Fyot, témoignage de Philippe Gautier.

L’ami Pierre, Au Revoir

Grand ami de Jacques Perrin,

J »ai eu la chance de côtoyer Pierre lors de l’écriture de la Série télévisée Médecins des Hommes ( l’histoire de Médecins Sans Frontières)

Puis lors de nombreuses réunions pour les projets de Jacques Perrin (avec Jean François Deniau et bien d’autres) pour le Mémorial de Caen,

Puis le dernier des Hommes qui aura mis 25 ans à être réalisé.

Lors de ces moments d’échanges, Pierre aimait partager et raconter toutes ces rencontres lors de son engagement humanitaire.

Attentionné aux autres, nous avons perdu un des pionniers des « French Doctors », un grand défenseur de la cause humanitaire.

Philippe Gautier.


Témoignage de D. Martiny, réalisateur.

J’ai rencontré Pierre Fyot en 1993 à l’avant-première de mon film Erythrée, 30 ans de solitude, produit par Jacques Perrin. Au bar, Jacques me présente Pierre, une bonne génération nous sépare mais le courant passe immédiatement. Et l’année suivante, Jacques nous réunit pour un nouveau documentaire, sur la mémoire de l’armée, un sujet que Pierre connaît bien et pour cause, lui qui a fait trois guerres.

Le terme de ce film va nous mener en Yougoslavie, en pleine guerre, auprès de la Légion étrangère, envoyée par la France en Bosnie-Herzégovine (dans le cadre de la Force de réaction rapide) et positionnée sur le Mont Igman qui domine la ville de Sarajevo.

Je pars en compagnie de Pierre qui va devenir un ami. Il a 73 ans à l’époque.

Il est médecin, grande gueule, fin buveur et au fil des discussions je découvre son trajet impressionnant : résistant, puis engagé volontaire dans les troupes du Général Leclerc – campagne d’Alsace et d’Allemagne jusqu’à Berchtesgaden – et de nouveau engagé volontaire en Indochine où il est à la fois Capitaine combattant et médecin « Je tirais sur l’ennemi et après j’allais soigner les blessés ».

Au cours de ce voyage, une anecdote savoureuse me revient.

Nous nous retrouvons, après un parcours chaotique, à Zagreb au Quartier Général de la FORPRONU dans un immense camp où cantonnent les différents contingents militaires de plusieurs nations appelées par l’ONU pour servir en Yougoslavie. Il y a de tout : des philippins aux GI américains en passant par moult nationalités, des centaines d’hommes et des norias de camions qui chargent et déchargent tous les jours un matériel impressionnant.

Pierre et moi sommes cantonnés avec des civils, journalistes et photographes de diverses nationalités. J’ai le lit du haut, Pierre celui du bas dans l’immense dortoir où nous sommes relégués. Deux jours d’attente avant d’embarquer sur un C-130 Hercules pour Sarajevo. Casque bleu et gilet pare-balle de 15 kg obligatoires. L’aéroport de Sarajevo étant sous les tirs des serbes de Bosnie. Pierre fustige tout cet attirail (qu’il refusera de porter durant les patrouilles sur le Mont Igman « Vous n’allez pas m’emmerder avec votre truc ! J’ai fait trois guerres et jamais une balle ne ma touché ! ») et il me dit qu’il a faim !

Pour se restaurer, c’est open bar. Tout est gratuit avec le badge FORPRONU et l’on peut à loisir choisir son réfectoire et manger indien, américain ou scandinave. Nous optons pour un truc mixte européo-je ne sais quoi mais qui est moins rempli d’hommes bruyants.

Pierre et moi suivons la queue du Self service puis nous trouvons une grande table où sont assis deux types, un malais et un grand tchèque qui mastique fort.

Nous mangeons. Pierre a pris en plus sur son plateau un grand bol de soupe.

Comme nous sommes affamés, nous dévorons en silence nos plats respectifs – bruits de fourchettes et aucune conversation.

Pierre s’empare de son bol de soupe, et de ses deux mains jointes porte la précieuse coupe à ses lèvres. Il boit abondamment. Soudain son regard se fissure, il grimace fortement et crache, en s’étouffant, la soupe pourtant si désirée. Soupe qui n’en est pas ! C’est en fait un plein bol de vinaigrette hyper moutardée qu’il vient d’ingurgiter. Il tousse comme un perdu, il est en train de s’étouffer. Je me lève, alors que le tchèque déserte rapidement la table souillée de flaques d’huile et de vinaigre. Le malais ne bouge pas. Je tape comme un sourd sur le dos de Pierre qui me retourne le regard désespéré du noyé qui s’enfonce. En le secouant, alors qu’il avale en même temps des litres d’eau, je parviens à calmer sa toux rocailleuse qui terrifie le malais.

Il s’affaisse sur la table pour reprendre vie. Moi je ne peux retenir un rire inextinguible car je repense à sa joie de déguster cette soupe et à la trahison gustative qu’il a dû vivre. Il finit par rire aussi en fustigeant ces cons qui ont placé ce bol sur son passage. Le malais, atterré par nous, s’éclipse sans la moindre attitude compassionnelle. Pierre me demande de trouver du fromage pour cautériser.

D. Martiny.


À lire aussi dans cette édition : 

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« Dans les fracas du monde », un parcours humanitaire comme une opération à  cœur ouvert… 

Patrick Aeberhard au Biafra

Un passage, dans le livre de « mémoires » publié par Patrick Aeberhard, médecin cardiologue parmi les fondateurs de MSF (Médecins Sans Frontières) puis MDM (Médecins Du Monde), lequel a tout traversé des crises humanitaires du Biafra jusqu’à aujourd’hui, résume « l’esprit french doctors ». Et, contre toute attente, il n’a pas lieu dans un pays déshérité ravagé par la guerre… mais dans un centre cardiologique privé de Saint-Denis où le docteur Aeberhard exerce entre deux missions humanitaires ; celui-ci voit arriver un jour une femme qui, dans une étrange tentative de suicide, vient d’avaler une grande quantité de digitaline, médicament qui en surdose devient un poison pour le cœur, tuant sans appel… Au lieu de se préparer à l’issue fatale que ses confrères lui assurent, le jeune médecin cherche dans les archives une solution, trouve une piste qui l’amène à téléphoner à des spécialistes américains, parvient à convaincre ceux-ci de lui envoyer via le premier vol Air France le seul produit susceptible d’agir, fait préparer celui-ci sans autorisation dans un labo… Et parvient, à la surprise de tous, à sauver la suicidaire… qui le remerciera 22 ans plus tard… Tout est là : ne pas se perdre en réticences ou conjectures éthiques, en souci de prendre le moins de risques possible, mais, comme l’écrit l’auteur : « agir à tout prix… Cela dans l’esprit de notre morale MSF issue de mai 68 ». Et d’ajouter « Cette morale est peut-être périlleuse, mais c’est encore la mienne »…

Une morale forgée dans ces fracas du monde qui font le titre de cet ouvrage revigorant. Mais pas seulement. Dans l’engagement politique aussi, au sens où la politique est le désir de changer le monde et la vie… Et l’exercice de la médecine son acte par excellence… En évoquant l’épisode fondateur du Biafra « Sans lequel il n’est pas dit que MSF serait né », Patrick Aeberhard parle de l’importance de disposer, avec cette ONG « de l’outil dont nous rêvions pour agir sur le monde en médecins citoyens de l’universel »… Le Biafra, conflit fondateur qui fut « le premier laboratoire de ce qui deviendrait plus tard le droit humanitaire, ingérence comprise ». S’y trouveront, aux-côtés d’Aeberhard, des figures comme Max Récamier « garant moral et professionnel de la médecine humanitaire » ou Bernard Kouchner « flamboyant jeune médecin prometteur ayant la politique et la morale chevillées au corps »… Que voulaient-ils, ces pionniers biberonnés aux AG de mai 68 ? « Nous voulions accomplir quelque chose de juste »…   

Patrick Aeberhard au Kurdistan d’Irak en 1991

Morale humaniste et politique, donc, dont l’auteur nous fait comprendre à quel point celle-ci est née du compagnonnage des intellectuels majeurs de l’époque d’avec une médecine sans-frontiériste qui ne voulait plus être contrainte par la neutralité du CICR. Ce sont des penseurs comme le philosophe Vladimir Jankélévitch, ou Michel Foucault, André Glucksmann, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Pierre Vidal-Naquet, qui éclairent le cheminement des jeunes praticiens engagés. Plus tard s’y ajouteront Yves Montand, Simone Signoret, Jorge Semprun, ou Mario Bettati, à l’occasion de conférences légendaires, dans l’amphithéâtre de l’hôpital Tarnier à Paris. Lors de ces échanges, Michel Foucault maniera pour la première fois la notion de « devoir d’ingérence », que le juriste international Mario Bettati mettra en musique, et qui est encore aujourd’hui l’un des socles de l’action humanitaire, principe ayant donné naissance, via la résolution 43 / 131 adoptées par les Nations unies, à la « responsabilité de protéger », véritable exploit permis, selon la formule d’Aeberhard, par l’alliance « du baroud et du barreau », des humanitaires et des juristes…

Le « baroud » qu’évoque l’auteur, ce sont les crises humanitaires et les conflits qu’il a traversés, s’efforçant à chaque fois, avec ses camarades, à la fois d’intervenir auprès des victimes, et « de faire avancer le droit international en matière d’accès aux soins ».  Comme le Liban, où « ont véritablement commencé les missions de guerre de MSF »… Mais les « guerres » peuvent aussi surgir à Paris, au sein même de l’ONG…  Aeberhard nous fait vivre la déchirure, qui commence dans les engueulades rue Daviel dans le 13ème, siège alors de MSF, et qui culmine lors de l’AG de MSF de juin 79. AG où les « historiques » rejettent les dérives « pseudo-professionnalistes » des « bureaucrates » qui veulent par exemple rétribuer les missions « transformant ainsi des militants en salariés »… Lire ces lignes aujourd’hui, à l’heure de l’humanitaire normé, professionnalisé, « managé », fait un peu drôle… et réjouit en même temps ! De cette scission va naître Médecins Du monde, à l’initiative de Bernard Kouchner et Aeberhard. La mission fondatrice de cette nouvelle ONG sera « L’ile de lumière », navire-hôpital recueillant les boat-people vietnamiens fuyant le régime communiste, au large de l’ile de Poulo Bidong, évènement politico-humanitaire rendu possible, encore, par l’engagement aux côtés de MDM d’intellectuels tels Jean-Paul Sartre, Raymond Aron, André Glucksmann, et toujours Mario Bettati… D’autres aventures suivront, l’Afghanistan envahi par l’armée soviétique, pendant dix ans, le Salvador et le Nicaragua, plus tard la Bosnie, et le Rwanda qui marquera profondément Aeberhard, au point qu’il pensera y avoir effectué « la mission de trop » devant l’empilement des cadavres… Autre temps fort : la naissance de la Mission France de MDM, auprès des toxicomanes atteints du SIDA, des exclus, des sans-abris, mission qui, toujours dans cet esprit « politique » débouchera plus tard sur le RMI-RSA, la CMU… Comme dit l’auteur « pour un humanitaire, la reprise d’une de ses idées par l’état est la meilleurs des récompenses »…

On a parfois l’impression, en lisant ces mémoires, que la vie du docteur Aeberhard devait traverser tous ces « fracas du monde », c’était écrit… Comme dans ce passage où il raconte comment, lui le médecin qui a connu toutes les guerres lointaines, se retrouve, le soir du 13 novembre 2015, à passer près de l’une des terrasses de café mitraillées… Et à donner les premiers soins aux victimes… En compagnie d’un ami anesthésiste également dans le coin, avec lequel il a travaillé « du Liban à l’Afghanistan »…

La force de ce livre qui se lit comme un récit d’aventure, avec l’humanité et la profondeur en plus, est qu’il redonne la foi dans l’humanitaire, en reliant les engagements d’aujourd’hui, moins « transgressifs », aux racines fondatrices de l’humanitaire à la française, engagé, inventif, pas frileux d’influencer à l’occasion la « grande politique »… Ca fait du bien, ça rappelle où est le Nord, et l’essentiel… Un poème de René Char, donné à Aeberhard par André Glucksmann pour soigner ses blues de retour de mission, résume peut-être cet essentiel ; « Il faut s’établir à l’extérieur de soi, au bord des larmes, dans l’orbite des famines si nous voulons que quelque chose hors du commun se produise, qui n’était que pour nous »…

Pierre Brunet

Ecrivain et humanitaire

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A lire sur : Dans les fracas du monde, de Patrick Aeberhard (calmann-levy.fr)

 

Patrick Aeberhard

Cardiologue au centre cardiologique du Nord à Saint Denis, chef du service de réadaptation cardiaque depuis juin 2002, Patrick Aeberhard part pour le Biafra comme médecin du CICR en 1968.  Il participe à la fondation de Médecins sans frontières puis de Médecins du monde. Président de Médecins du monde (de 1987 à 1989) et membre de sa direction de 1981 à 1995, Patrick Aeberhard a mené de nombreuses missions humanitaires depuis 1968 au Biafra et en particulier au Liban, en Afghanistan, au Salvador, en Éthiopie, au Brésil, en Afrique du Sud, au Rwanda, en ex–Yougoslavie, en Irak, en Haïti.

Puis conseiller au cabinet de Bernard Kouchner, ministre de la Santé (1992-1993, 1997 -1999, 2001-2002), il est chargé de la toxicomanie, de l’exclusion puis de l’activité physique et sportive et de la prévention des conduites dopantes.

En 2005, il devient professeur des universités associé Paris 8, département de droit UFR2 droit de la santé. Il dèveloppe la notion de santé et droit de la personne et crée le diplôme universitaire « Santé, Urgence, Développement ».

Il est membre :

  • de la commission nationale consultative des droits de l’homme de 1989 à 1996 ;
  • de la commission consultative des politiques sur les toxicomanies au ministère de la Santé de 1994 à 1997 ;
  • de la Société Française de cardiologie groupe de travail sur l’évaluation fonctionnelle et la réadaptation des cardiaques ;
  • de plusieurs organisations humanitaires : Médecins du Monde, Children Action, Institut de l’humanitaire, Chaîne de l’espoir ;
  • du Comité de soutien de l’Association Primo Levi (soins et soutien aux personnes victimes de la torture et de la violence politique) ;
  • Vice Président de l’association FXB (François Xavier Bagnoux).

 

Pierre Brunet, écrivain et humanitaire 

Né en 1961 à Paris d’un père français et d’une mère espagnole, Pierre Brunet a trouvé sa première vocation comme journaliste free-lance. En 1994, il croise sur sa route l’humanitaire, et s’engage comme volontaire au Rwanda, dévasté par un génocide. Il repart début 1995 en mission humanitaire en Bosnie-Herzégovine, alors déchirée par la guerre civile. Il y assumera les responsabilités de coordinateur de programme à Sarajevo, puis de chef de mission.

A son retour en France fin 1996, il intègre le siège de l’ONG française SOLIDARITES INTERNATIONAL, pour laquelle il était parti en mission. Il y sera responsable de la communication et du fundraising, tout en retournant sur le terrain, comme en Afghanistan en 2003, et en commençant à écrire… En 2011, tout en restant impliqué dans l’humanitaire, il s’engage totalement dans l’écriture, et consacre une part essentielle de son temps à sa vocation d’écrivain.

Pierre Brunet est Vice-Président de l’association SOLIDARITES INTERNATIONAL. Il s’est rendu sur le terrain dans le Nord-Est de la Syrie, dans la « jungle » de Calais en novembre 2015, ou encore en Grèce et Macédoine auprès des migrants en avril 2016.

Les romans de Pierre Brunet sont publiés chez Calmann-Lévy :

  • Janvier 2006 : parution de son premier roman « Barnum » chez Calmann-Lévy, récit né de son expérience humanitaire.
  • Septembre 2008 : parution de son second roman « JAB », l’histoire d’une petite orpheline espagnole grandie au Maroc qui deviendra, adulte, une boxeuse professionnelle.
  • Mars 2014 : sortie de son troisième roman « Fenicia », inspiré de la vie de sa mère, petite orpheline espagnole pendant la guerre civile, réfugiée en France, plus tard militante anarchiste, séductrice, qui mourut dans un institut psychiatrique à 31 ans.
  • Fin août 2017 : sortie de son quatrième roman « Le triangle d’incertitude », dans lequel l’auteur « revient » encore, comme dans « Barnum » au Rwanda de 1994, pour évoquer le traumatisme d’un officier français à l’occasion de l’opération Turquoise.

Parallèlement à son travail d’écrivain, Pierre Brunet travaille comme co-scénariste de synopsis de séries télévisées ou de longs-métrages, en partenariat avec diverses sociétés de production. Il collabore également avec divers magazines en publiant des tribunes ou des articles, notamment sur des sujets d’actualité internationale.