Des liens qui unissent

© Alain Boinet (août 2026) – Narva, à la frontière entre l’Estonie et la Russie où ces deux forteresses se font face

Quels liens peut-il y avoir entre la ville estonienne de Narva à la frontière Russe avec la prochaine Conférence Nationale Humanitaire (CNH) à Paris le 6 octobre prochain, et enfin avec notre revue Défis Humanitaires. Il n’y a pas d’évidence immédiate et pourtant !

Des médias, des experts, des pays font état de sérieuses menaces russes, notamment contre les Pays-Baltes, la Finlande, ce qui pourrait expliquer le déplacement le 26 août du directeur de la CIA, John Ratcliffe, à Moscou en passant par Riga capitale de l’Estonie.

Cela est à intégrer dans le cadre de la guerre en Ukraine et d’une confrontation plus large de la Russie et de ses alliés contre l’Union Européenne et l’OTAN. Vladimir Poutine, lève une nouvelle armée contre l’Ukraine, intensifie chaque jour ses frappes de missiles et de drones et pourrait être tenté par des manœuvres de diversion, d’extension ou de test pour diviser et affaiblir.

Ce processus d’escalade en cours a-t-il conduit le Président de la République, Emmanuel Macron, à annoncer la livraison du système franco-italien anti-missiles Aster et, simultanément, les Britanniques à permettre la fabrication en Ukraine du missile de croisière franco-britannique Storm Shadow ou Scalp avec l’aide de la France ?

 N’en doutons pas, nous sommes dans une période d’escalade dangereuse et incertaine quand elle comprend des armes nucléaires tactiques russes.

Quand l’on connait les conséquences dramatiques de la guerre en Ukraine, on ne peut qu’appréhender tout risque d’intensification voire de propagation géographique de la guerre en Europe.

 

De Narva au corridor de Sulwaki.

J’ai voyagé en famille cet été dans les Pays-Baltes et je suis allé jusqu’à Narva où se trouve, face à face, de part et d’autre du fleuve Narva, la forteresse Hermann estonienne et de l’autre, à quelques centaines de mètres, la forteresse russe d’Ivangorod.

Juste à côté se trouve le pont dit de l’amitié, un des rares points de passage ouvert avec la Russie, Saint Pétersbourg est à 150 km, sur lequel les Estoniens ont placé plusieurs rangées de dents de dragon anti-char. Visionnez ici cette courte vidéo réalisée à Narva :

Dans un livre d’anticipation paru en 2025, « La guerre d’après » chez Grasset (1), le politologue et expert militaire allemand, Carlo Masala, imagine en 2028 la prise de Narva par deux brigades russes et, simultanément, la prise de l’ile de Hiiumaa permettant le blocus de la mer Baltique. Ce n’est qu’un scénario, mais c’est un scénario possible !

Narva compte 57.000 habitants dont 88% sont russophones et dont beaucoup possède un passeport russe. Pour mémoire, les minorités russophones représentent environ 31% de la population en Estonie, 35% en Lettonie et moins de 7% en Lituanie comme on le découvre à la lecture de l’excellent livre de Céline Bayou (2) « Les pays Baltes face à la menace russe en 100 questions parue chez Tallandier. Ces minorités russophones sont concentrées sur les frontières avec la Russie et la Biélolorussie et dans les capitales Talllinn, Riga et Vilnus.

Comparaison n’est pas raison, mais le parallèle avec les populations russophones d’Ukraine, que ce soit en Crimée et dans les oblasts de Donetsk, de Louhansk où sont les lignes de front vient immédiatement à l’esprit.

© Ministère des armées – Bataillon français (500 soldats) membre d’un « battle group » multinational de l’OTAN sous commandement britannique (900 soldats) en Estonie

Quand on voyage dans les Pays-Baltes, ce qui frappe, c’est partout la présence de drapeaux ukrainiens côte à côte avec les drapeaux de ces pays sur les bâtiments officiels.

De même, l’histoire est très présente, notamment dans ces musées « de l’occupation et de la liberté » qui sont très visités. Il est frappant de constater combien le pacte Molotov- Ribbentrop et ses protocoles secrets signé le 23 août 1939 à Moscou entre l’Allemagne nazie et l’Union Soviétique est toujours présent dans les esprits (notamment le partage de la Pologne et une présence militaire soviétique imposée dans les Pays-Baltes). Pour les Pays-Baltes indépendants et reconnus par la SDN de 1918 à 1940, l’occupation allemande à partir de l’été 1941 a été suivie de l’occupation soviétique de 1944 à 1991, année de leur nouvelle indépendance il y a 35 ans.

Entre temps, durant 47 ans, ces populations ont connu la répression, la déportation au Goulag, les exécutions sommaires et le servage idéologique dont toutes les familles ont été victimes. De même qu’elles se souviennent de la guérilla menée (1944-1953) par la résistance des « Frères de la forêt » qui furent 170.000 à combattre l’occupation soviétique qui ne fut jamais acceptée dans le monde par la plupart des pays.

Durant ce périple, après Narva et l’Estonie, puis la Lettonie, nous voilà en Lituanie où se trouve le fameux corridor de Sulwaki, d’une longueur d’environ 80 km, et qui fait frontière entre ce pays et la Pologne. Ce corridor a la particularité de se trouver situé aux deux extrémités (voir la carte ci-dessous) entre l’enclave russe surarmée de Kaliningrad sur la mer Baltique et la Biélorussie alliée de Moscou.

© LCI – Carte montrant l’importance du corridor de Sulwaki et de Narva dans les tensions au sein de la région

C’est un point faible majeur pour les occidentaux tant sa prise de contrôle par les Russes couperait les Pays Baltes du reste de l’Europe ! Chaque jour la guerre informationnelle, la désinformation, les cyberattaques, des attentats ont lieu quotidiennement au point que l’on peut considérer qu’une guerre a déjà débuté ! L’aide humanitaire y sera-t-elle un jour nécessaire ?

Dans ce contexte, on comprend mieux la position de Kaja Kallas, ancienne première ministre l’Estonie, et aujourd’hui Haute représentante de l’Union Européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité.

Aussi, je vous invite à lire dans cette édition l’excellent article de notre ami Cyprien Fabre « Avant le basculement, construire la résilience » qui montre bien comment les fissures finissent par miner tout édifice, au risque de l’écroulement, si l’on n’y prend pas garde.

Ne soyez pas étonné d’apprendre qu’un renforcement des moyens militaires est en cours côté OTAN face à la menace russe, même si le tourisme se porte bien dans les beaux Pays-Baltes et la Finlande !

 

Et l’humanitaire dans tout cela ?

Si le risque de propagation de la guerre est réel, son escalade l’est d’abord aujourd’hui même en Ukraine et l’aide humanitaire y est toujours une urgence. D’autres crises ne manquent pas, que ce soit au Soudan, en République Démocratique du Congo, à Gaza comme au Liban, mais ce sont les secours qui viennent à manquer par la baisse rapide des financements humanitaires de trop d’Etats.

Il y a des moments favorables pour se remobiliser et c’est précisément le cas de la prochaine Conférence Nationale Humanitaire (CNH) qui aura lieu à Paris le 6 octobre prochain au ministère de l’Europe et des affaires étrangères. Cette Conférence est organisée par le Centre de Crise et de Soutien (CDCS) du ministère en lien avec les acteurs humanitaires dans le cadre du Groupe de Concertation Humanitaire (GCH). Ne loupons pas cette occasion qui rassemblera de nombreux acteurs et dirigeants (Union Européenne, ECHO, Nations Unies, CICR, ONG,…) !

Les Trois thèmes principaux retenus pour cette CNH sont :

  • Le droit International Humanitaire (DIH) et l’accès des secours.
  • La réforme humanitaire des Nations-Unies et les acteurs concernés.
  • Les financements et les partenariats.

Ces trois thèmes majeurs doivent permettre d’établir un état des lieux lucide mais surtout d’engager les initiatives pour sauvegarder les secours aux populations en danger.

Il n’y a pas d’aide humanitaire ni de stratégie sans les financements qui les concrétise en action. Les financements baissent de manière drastique. Les chiffres sont là pour en attester quand les appels des Nations-Unies et les contributions ne cessent de diminuer.

Pour mémoire, l’ONU a lancé avec OCHA un appel pour 2026 de 23 milliards de dollars pour secourir 87 millions de personnes, tout en indiquant qu’il faudrait en fait réunir 33 milliards de dollars pour secourir 135 millions de personnes dans 50 pays.

Selon les informations disponibles au 31 août les contributions s’élèveraient à ce jour à 14,21 milliards de dollars, soit 40,6 % de couverture pour un appel réajusté à 35,02 milliards. En 2025 ont été réuni 23,23 milliards de dollars.  Qu’en sera-t-il cette année ?

© OCHA –  Graphique représentant la totalité des fonds enregistrés par le Financial Tracking Service (FTS) de 2016 à 2026 (dans le cadre des plans coordonnés et hors)

Concernant la France, le budget humanitaire des trois canaux (CDCS, NUOI, AAP) est au total de 285 millions d’euros. Il était de 800 millions d’euros en 2023 et l’engagement avait été pris de le porter à un milliard d’euros en 2025. La chute est rude. avait été pris de le porter à un milliard d’euros en 2025. La chute est rude. Qu’en sera-t-il dans le projet de loi de finance 2027 ainsi que pour le développement ?

© CHD – « Les crédits des ONG en France », tableau publié avec l’accord de la Coordination Humanitaire et Développement (CHD) membre de Coordination Sud

Si ces chiffres constituent un diagnostic nécessaire, il importe surtout de prendre des initiatives, de communiquer, d’innover, de mutualiser, de se coordonner et de rechercher des solutions et des alliés. D’autant que des institutions comme la Commission européenne et nombre d’Etats confirment leur engagement humanitaire et sont parties prenantes d’une nouvelle alternative humanitaire. Le Cadre de Financement Pluriannuel de l’Union Européenne pour la période 2028-2034 sera déterminant !

La CNH du 6 octobre ne peut pas, ne doit pas ressembler aux précédentes qui depuis 2011 ont accompagné une progression régulière de l’aide humanitaire de la France. Elle doit acter ce moment de rupture et s’inscrire résolument dans une nouvelle perspective.

Parmi les pistes identifiées par les acteurs humanitaires, il y a notamment celles-ci :

  • Sanctuariser les financements institutionnels actuels.
  • Gagner en efficacité, en synergie, en coordination et en impact de l’aide des acteurs de terrain pour les populations en danger.
  • Simplifier et modifier les procédures institutionnelles trop lourdes et couteuses.
  • Renforcer la communication et les liens avec l’opinion publique, les parlementaires, la jeunesse, les médias, les Think Tank, les entreprises.
  • Construire de nouveaux partenariats alternatifs.

Pour de nouveaux financements, vous lirez avec intérêt dans cette édition un article et projet très documenté porté par notre ami Antoine Vaccaro qui propose la création en France d’un Loto humanitaire, comme il en existe dans la plupart des pays voisins. Il pourrait rapporter jusqu’à 800 millions d’euros chaque année !  Voilà une piste sérieuse à considérer. Qu’en ferons-nous concrètement ?

Nous attendons beaucoup de cette Conférence Nationale Humanitaire dont nous vous rendrons compte en direct sur notre chaîne YouTube et dans nos prochaines éditions.

 

Relever ensemble les Défis Humanitaires.

Pour faire face à une rupture géopolitique de grande ampleur et à un risque d’affaiblissement existentiel pour l’humanitaire, Défis Humanitaires a décidé de reconsidérer sa mission et de le faire avec vous.

Pour cela, soyons très concret.

  • Nous avons un besoin essentiel d’information fiable, utile, constructive, impactante.
  • Face à la mésinformation et à la désinformation qui prospèrent, l’enjeu de l’intérêt général est une priorité.
  • Une étude récente démontre que si 75% de l’opinion publique est favorable à l’aide humanitaire, ils sont 82% à demander à être mieux informé !

Pour y répondre, nous vous proposons :

  • De refondre la revue.
  • D’élargir et d’approfondir sa ligne éditoriale.
  • D’augmenter son audience, son impact, son influence.

Pour y parvenir concrètement et rapidement, votre soutien est indispensable et précieux. Si notre revue est indépendante et gratuite, elle a un coût et le bénévolat n’y suffit pas ! Ce coût est la condition sine qua non de cette nouvelle mission humanitaire !

J’ai besoin de votre soutien et votre don (lienversHelloAsso) va permettre de réaliser cette nouvelle revue avec vous. Nous réalisons Défis Humanitaires pour vous lecteurs.

Avec votre don, nous voulons aussi élargir les partenariats : partenariat éditorial, diffusion de la revue, appui stratégique, subvention de Fondation, entreprise, collectivité, institution et le don de nos lecteurs qui est un précieux soutien au projet de Défis Humanitaires. Lecteur avec votre don devenez acteur dès aujourd’hui (lienversHelloAsso) ! Un grand Merci pour votre don (3).

La boucle est bouclée, il y a bien un fil d’ariane, des « liens qui unissent » entre les risques encourus par les Pays-Baltes, la Finlande comme en Ukraine aujourd’hui avec l’escalade de la guerre, la réponse humanitaire qui est au cœur de la prochaine Conférence Nationale Humanitaire et la Revue Défis Humanitaire qui concrétise ici son rôle d’alerte, d’information, de proposition, de mobilisation ? C’est sa raison d’être, Merci d’en être avec votre don.

 

Alain Boinet.

 

(1) La guerre d’après – La Russie face à l’Occident » Carlo Masala Editions Grasset.

(2) Les Pays Baltes. Face à la menace russe. En 100 questions. Céline Bayou Editions Tallandier.

(3) Votre don est déductible de vos impôts dans la limite de 66% de son montant. Un reçu fiscal vous sera adressé en janvier 2027. Merci.


Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.


Découvrez les autres articles de cette édition :

Pratiques salariales, attractivité et équité RH dans les organisations françaises de solidarité internationale

Présentation par Matthieu de Bénazé, directeur de la Coordination Humanitaire et Développement (CHD)

Introduction – Pourquoi une nouvelle enquête aujourd’hui ?

Le secteur français de la solidarité internationale traverse une période charnière. Confronté à une crise sévère des financements publics, il doit faire face à de nouveaux défis, continuer à garantir l’efficacité de l’aide sur le terrain… en préservant son capital humain. Dans ce contexte incertain, marqué par une forme de « brouillard stratégique », disposer de repères objectivés sur les pratiques salariales et extra‑salariales est utile aux directions générales, aux directions des ressources humaines et, plus largement, au secteur.

C’est dans cet esprit que la Coordination Humanitaire et Développement (CHD) a souhaité conduire, pour la troisième fois depuis 2009, une enquête approfondie sur les pratiques de rémunération et d’avantages sociaux au sein des organisations de solidarité internationale (OSI) françaises. Réalisée en 2025 avec l’appui du cabinet Deloitte, cette étude s’inscrit dans la continuité des travaux précédents, tout en tenant compte des évolutions structurelles du secteur et des transformations rapides du travail.

Cet article vise à résumer les principaux enseignements de l’enquête 2025, à les mettre en perspective avec l’étude publiée en 2023 sur les pratiques salariales des OSI françaises. Il s’adresse prioritairement aux professionnels du secteur, avec l’ambition de nourrir une réflexion collective et opérationnelle.

La CHD : un collectif au service de l’efficacité de l’aide

La Coordination Humanitaire et Développement (CHD), fondée en 1983, rassemble aujourd’hui 59 organisations membres, toutes engagées dans la mise en œuvre de programmes ou de partenariats humanitaires et de développement. Ces organisations interviennent dans des champs variés et complémentaires : santé, protection de l’enfance, formation et insertion professionnelle, sécurité alimentaire, accès à l’eau, à l’assainissement ou à l’énergie, entre autres.

Ce qui unit les membres de la CHD est une conviction partagée : l’efficacité de l’aide sur le terrain repose sur la qualité des organisations qui la portent, sur leurs modes de coopération et sur leur capacité à mutualiser analyses et pratiques. Pour cela, la CHD anime des groupes de travail thématiques (enfance, santé, formation et insertion professionnelle) ainsi que des espaces consacrés aux fonctions support. Parmi ces derniers, le Cercle RH occupe une place centrale, aux côtés de l’initiative visant à réduire les coûts inéligibles.

La CHD joue également un rôle actif de plaidoyer afin de favoriser un environnement de travail et de financement plus favorable aux ONG : sécurisation des financements publics, simplification des contraintes administratives, reconnaissance des spécificités du secteur.

Représentants des 60 associations membres de la CHD. ©CHD

Genèse et continuité des enquêtes RH de la CHD

La première étude, conduite en 2009/2010 par la Coordination d’Agen, avait offert à chacune des 37 organisations participantes un comparatif individualisé de ses pratiques RH par rapport au panel.

La deuxième étude, réalisée en 2022 par la CHD, avait marqué une étape importante : au‑delà de la production d’un benchmark, elle a publié un rapport global, donnant à voir en synthèse les pratiques extra salariales du secteur, tout en formulant des recommandations qualitatives à l’échelle collective.

L’étude 2022 n’est pas restée lettre morte. La CHD s’en est saisie pour créer le Cercle RH, qui rassemble aujourd’hui 68 organisations de solidarité internationale, et 105 professionnels des ressources humaines de ces organisations membres. Cet espace d’échange et de co‑construction a permis d’aborder des sujets structurants tels que les différentes modalités de mutualisation de certaines fonctions, la santé au travail, ou encore l’accompagnement des parcours professionnels.

Fort de cette dynamique, le Cercle RH a décidé, en mai 2025, de réitérer l’enquête sur les pratiques salariales et extra‑salariales, en confiant à nouveau sa réalisation à Deloitte, afin de faciliter la collecte des données et de permettre une comparaison efficace avec les données 2022.

Gouvernance de l’enquête et périmètre étudié

La conduite de l’enquête 2025 a reposé sur une gouvernance partenariale associant un comité de pilotage représentatif de la diversité du secteur. Celui‑ci a été mobilisé de manière régulière et active tout au long du processus. La CHD tient à remercier tout particulièrement les membres de ce comité :

  • ATD Quart Monde International – Jean‑Pierre Gras
  • Cart’ONG – Barbara Fievez
  • CHD – Matthieu de Bénazé
  • Coordination SUD – Pierre‑Nicolas Antoniw
  • La Chaîne de l’Espoir – Laure Lengaigne
  • La Guilde – Agnès Babinet
  • Oxfam France – Yulizh Lecareux
  • Plan International France – Claire Mizera
  • Solthis – Jean‑Paul Tohmé

Panel

Au total, 47 organisations de solidarité internationale ont participé à l’enquête 2025. Ce chiffre est légèrement inférieur à celui de l’édition précédente, ce qui s’explique par un contexte estival particulièrement mouvementé pour plusieurs associations. Il convient toutefois de souligner l’arrivée de 18 nouvelles organisations participantes – dont le Secours Catholique, Médecins Sans Frontières, le Gret ou la Fondation Pierre Fabre – signe de l’intérêt croissant pour ce type de démarche collective.

La population considérée dans cette étude regroupe les salariés en CDI et CDD, basés en France ou expatriés (hors Volontaires de Service Civique, Volontaires de Solidarité Internationale, bénévoles, alternants et stagiaires), représentant au total 4 586 salariés.

Sur le plan financier, la CHD a pris en charge l’essentiel du coût de l’enquête pour ses organisations ayant le statut « membre actif ». L’étude était ouverte à tout autre organisation, moyennant une contribution selon barème. Enfin la CHD tient à remercier son partenaire Ambrelia RH, dont le soutien a été essentiel pour permettre la réalisation de l’étude.

  1. Tendances qualitatives : des priorités centrées sur la fidélisation

Enjeux RH : rétention, équité et attractivité

Parmi 10 priorités proposées, les ONG placent l’équité interne, la rétention des talents et l’attractivité au cœur de leurs préoccupations. Par rapport à 2022, la rétention devient désormais la priorité absolue (70 % des répondants), devant l’équité interne (68 %) et l’attractivité (77 %). La compétitivité externe progresse légèrement (45 % des ONG la citent, contre 36 % en 2022), signe d’une prise de conscience face aux tensions sur le marché.

Organisation du travail : homogénéité et télétravail généralisé

Le temps de travail reste centré sur 35 heures hebdomadaires, avec une présence notable des forfaits jours pour les cadres. Les salariés bénéficient en moyenne de 25 jours de congés payés et 17 jours de RTT, complétés par des congés exceptionnels (mariage, décès, enfant malade). Le télétravail est désormais quasi universel au siège (98 % des ONG le pratiquent), à raison de 2 jours par semaine en moyenne, souvent assorti d’une indemnité annuelle (250 € en moyenne).

Mobilité interne : des dispositifs forcément limités

En 2025, près de 3 ONG sur 4 (74%) ont connu au moins un cas de mobilité interne (fonctionnelle ou géographique) au cours des trois dernières années, contre 62% en 2022. Cette progression traduit une volonté croissante de favoriser l’évolution interne, même si la taille souvent réduite des structures continue de limiter les opportunités de mobilité.

Les packages d’expatriation demeurent le principal frein au recrutement international : 46 % des ONG déclarent des difficultés, liées à l’attractivité limitée des rémunérations, au manque d’accompagnement familial et à la rareté des profils. Les primes logement varient de 500 à 1 500 € par mois, et la prise en charge des frais de scolarité oscille entre 50 % et 100 %.

Avantages sociaux : un package plutôt attractif

La majorité des ONG propose une complémentaire santé couvrant le salarié et sa famille, avec un taux de prise en charge employeur médian de 70 % (contre 60 % en 2022). Pour la prévoyance, ce taux atteint 75 % pour les non-cadres et 78 % pour les cadres. Les tickets restaurant concernent 72 % des ONG, avec une valeur médiane de 9,48 €. Les chèques-cadeaux et chèques-vacances progressent, mais restent modestes (110 € et 185 € en médiane). Ces avantages sociaux sont plutôt meilleurs que ceux du secteur marchand.

  1. Constats quantitatifs : équité interne et compétitivité externe en question

L’étude 2025, au-delà du benchmark détaillé fourni à chaque organisations participantes, a aussi permis de mettre en regard les données du panel avec celles de 2022, ainsi que celles du secteur marchand (panel restreint de 73 entreprises de moins de 2 000 collaborateurs, tous secteurs confondus).

Sans surprise, les rémunérations du secteur ONG sont bien en deçà de celles du secteur marchand.

En moyenne, par rapport à ce « marché général » :

  • Les non-cadres du panel ONG ont un positionnement en rémunération totale à -29,9% du marché général
  • les cadres du panel ONG ont un positionnement en rémunération totale à -35,2% du marché général (ce positionnement est à -33,1% sur la population Siège et à -41,5% sur la population expatriée

Depuis 2022, ces écarts se sont accrus en particulier pour les non-cadres jusqu’à +11%, par rapport à 2022 ; l’écart en rémunération totale des cadres, est quasi constant mais reste immense à 35% avec le secteur marchand.

Équité interne : dispersion persistante et écarts Femmes Hommes variables

En 2025, 71 % des non-cadres et 70 % des cadres se situent dans la zone d’équité interne (+/- 20 % autour de la médiane), confirmant une dispersion notable des rémunérations. Les écarts femmes-hommes sont apparus comme favorables aux femmes (+5,3 % en moyenne) sur les niveaux non-cadres. Toutefois, la sous-représentation féminine persiste aux postes de direction.

Compétitivité externe : un décrochage marqué par rapport au marché

Les rémunérations des ONG restent nettement inférieures au marché général, hors couloir de compétitivité (-10 % / +10 %). Les écarts atteignent :

  • Non-cadres : -22,9 % en salaire fixe, -29,9 % en rémunération totale.
  • Cadres : -28,5 % en salaire fixe, -35,2 % en rémunération totale.

Cette perte de compétitivité s’explique par l’absence de dispositifs variables et d’épargne salariale, largement présents dans le secteur marchand.

Benchmark au poste : quatre fonctions clés en retrait

Les postes analysés (comptable, responsable administratif et financier, responsable RH, responsable communication) affichent des écarts significatifs avec le secteur marchand :

  • Comptable : -14 % en salaire fixe, -18 % en rémunération totale.
  • Responsable administratif et financier: -34 % à -35 %.
  • Responsable RH: -44 % à -47 %.
  • Responsable communication : -30 % à -35 %.
  1. Recommandations : renforcer l’équité et la compétitivité

L’étude propose quatre axes stratégiques pour faire évoluer les pratiques :

  1. Consolider l’équité interne : analyser les écarts intra-niveaux et FH, formaliser des règles de gestion.
  2. Renforcer les mécanismes d’évolution salariale : clarifier les critères (expertise, périmètre, performance) et fluidifier les trajectoires.
  3. Améliorer la compétitivité externe : mettre en place des plans de rattrapage ciblés sur les fonctions clés et les populations en tension.
  4. Structurer les outils de pilotage : instaurer une révision annuelle des grilles, créer un référentiel des emplois et des compétences pour cartographier les passerelles et anticiper les mobilités.

Conclusion : un secteur en quête d’équilibre

Cette étude confirme les défis structurels des ONG françaises : concilier attractivité et contraintes budgétaires, fidéliser les talents dans un contexte de fortes incertitudes, et renforcer la compétitivité face au marché général. Si des progrès sont observés (formalisation des grilles, télétravail généralisé, meilleure prise en charge santé), des marges de manœuvre subsistent, notamment sur la mobilité, les packages expatriés et bien entendu la progression salariale.

Poursuivre la dynamique collective

La restitution de cette enquête, organisée dans les locaux de La Chaîne de l’Espoir, avec l’appui de Deloitte et le soutien d’Ambrelia, a marqué une étape, mais non un aboutissement. Les enseignements de l’étude 2025 appellent des prolongements concrets, tant au niveau de chaque organisation qu’à l’échelle collective.

La CHD invite l’ensemble des organisations intéressées à rejoindre le Cercle RH afin de poursuivre ces travaux, partager les pratiques et construire, ensemble, des réponses adaptées aux défis actuels et à venir. Dans une période d’incertitude, la coopération et l’intelligence collective demeurent des atouts essentiels pour préserver l’efficacité et la crédibilité de l’aide internationale française mise en œuvre par nos ONG.

Matthieu de Bénazé.


Matthieu de Bénazé :

Pendant ses études d’ingénieurs, Matthieu de Bénazé s’engage pour une mission au Bénin en 2004, et cofonde une association bénévole pour soutenir la création d’une maternité rurale. Accompagné par l’Agence des microprojets, il est ensuite devenu Responsable des programmes internationaux de la Guilde, initiant et gérant des projets au Proche-orient et en Afrique de l’ouest pendant 4 ans (soutien à la jeunesse, aux producteurs, recyclage, appui aux ONG, genre) et assurant en parallèle le secrétariat de la coordination d’Agen devenue coordination humanitaire et développement en 2012, sous la Présidence de Patrick Edel.

Après une expérience dans le secteur économique en France et poursuivant son implication bénévole en tant qu’Administrateur et trésorier d’associations de solidarité internationale, Matthieu a rejoint SOS Villages d’enfants France en 2014 en tant que Responsable des programmes internationaux.

Sous l’impulsion de Gilles Paillard, Directeur Général de SOS villages d’enfants France, Matthieu a coordonné la création puis l’animation du Groupe Enfance de la CHD ; en parallèle Matthieu a accompagné des associations SOS Villages d’enfants notamment au Burkina-Faso, au mali, à Madagascar, en Arménie, au Togo, en Côte d’Ivoire, en Haïti pour améliorer la qualité des programmes, initier des projets de développement financés par des bailleurs institutionnels. Il représente aussi SOS Villages d’enfants au Conseils d’Administration de Coordination SUD et de la CHD entre 2018 et 2022.

En juillet 2022, Matthieu de Bénazé a été nommé Directeur Général d’Acting for life. Sous la présidence de Jean-Cyril Spinetta, et au service du conseil d’administration d’Acting for life, composé notamment de Florence Parly, Xavier Boutin, Guy Delbrel, Philippe Calavia, Jean-Marie Bockel, Haïm Korsia, Matthieu a contribué à la diversification des ressources financières de l’association, aussi bien privées que publiques, à la consolidation de son service administratif et financier, et sur le plan opérationnel à sa digitalisation ainsi qu’à son déménagement à Roissy Charles de Gaulle.

Matthieu de Bénazé a été trésorier de la CHD de 2019 à janvier 2025.

En février 2025, Matthieu de Bénazé a été nommé Directeur de la Coordination Humanitaire et Développement, qu’il représente notamment au conseil d’administration de coordination SUD.

Découvrez les autres articles de cette édition :