Dernières Nouvelles Humanitaires.

Embouteillages sur la route de l’exode de plus de 100 000 Arméniens du Haut-Karabagh
  • Arménie, Haut Karabagh Artsakh. Il y a un an, le 19 septembre 2023, l’Azerbaïdjan lançait une offensive militaire de grande ampleur contre la population arménienne vivant sur sa terre ancestrale du Haut Karabagh ou Artsakh après lui avoir imposé un blocus durant 9 mois au mépris du Droit Humanitaire International et de la Cour Internationale de Justice.

En l’espace de quelques jours, craignant pour leur vie, plus de 100.000 arméniens de l’Artsakh se sont réfugiés dans l’Arménie voisine. Pour ce pays qui compte 3 millions d’habitants, cela correspondrait à l’arrivée de près de 2,3 millions de réfugiés en France.

Si l’aide humanitaire a été remarquable au début, il importe maintenant d’apporter à ces réfugiés dans la durée l’aide nécessaire en matière de logement, d’emplois et d’éducation pour la jeunesse. Un défi considérable pour l’Arménie qui appelle à une solidarité de la part des ONG, fondations, collectivités locales, institutions internationales et pays amis.

Le 9 septembre 2024 à La Haye, le Procureur de la Cour Pénale Internationale a été saisi d’une communication (plainte) pour déplacement forcé de population. Pour les avocats « La déportation des arméniens du Haut-Karabagh porte tous les stigmates d’un crime contre l’humanité ». A suivre.

Pour sa part, l’association Défis Humanitaires et sa revue ont lancé une initiative auprès des maisons d’édition pour apporter des livres de littérature francophone contemporaine qui manquent dans les bibliothèques des établissements où le français est enseigné. Nous en reparlerons dans la prochaine édition du mois de novembre.

  • Pierre Lafrance est décédé.

Le 31 août 2024, Pierre Lafrance nous a quitté à l’âge de 92 ans. Je l’ai connu, tour à tour comme ambassadeur de France puis comme président de MADERA (Mission d’Aide au développement des économies rurales en Afghanistan) et ami d’associations humanitaires comme AFRANE (Amitiés Franco-Afghane). Il était aussi un participant régulier des réunions du COFA (Comité des ONG françaises en Afghanistan).

Lors de l’hommage que lui a rendu Régis Koestchet (ancien ambassadeur de France et ancien président d’AFRANE), lors de ses obsèques à l’église Saint Joseph des Epinettes. Celui-ci a témoigné : « Cher Pierre, Vous nous avez invité à voir le monde comme une « terre de promesses », celle de la parole donnée, de l’émerveillement, du respect ». « Votre sagesse était là – vous aimiez rappeler celle des communautés paysannes des vallées afghanes, habiles à débattre, à retourner chaque pierre. Vous preniez la mesure de la complexité des situations dont vous connaissiez les composantes religieuses, ethniques ou idéologiques ». (lien vers le texte complet).

De même, Eric Lavertu, président de l’association AFRANE et ancien diplomate, a écrit la note publiée dans Le Monde en commençant ainsi : « Pierre Lafrance était un grand diplomate et un discret érudit, mais aussi un profond humaniste et un ardent militant des droits humains ». Vous pouvez lire la totalité du texte à l’aide de ce lien.

  • Commission Européenne. ECHO.
Début septembre, Maria Groenewald, directrice de VOICE, Francesca Giubilo, responsable du plaidoyer de VOICE, et Caroline Correia, assistante du plaidoyer de VOICE, ont rencontré Barry Andrews (Renew Europe), le nouveau président de la commission DEVE du Parlement européen.

Maria Groenewald, directrice de VOICE (Voluntary Organisation In Cooperation in Europe) a pris la parôle devant la Commission du développement du Parlement Européen, exhortant à une action rapide et décisive face aux besoins humanitaires croissants avec plus de 300 millions d’êtres humains en danger.

Comme le souligne l’évaluation humanitaire mondiale 2024 de l’ONU, 49 milliards de dollars sont indispensables pour secourir 187 millions de personnes, mais seulement 30% des fonds nécessaires ont été mobilisés à ce jour !

Les autres points clefs présentés par Maria Groenewald ont porté sur la nécessité de :

– Un financement prévisible, pluriannuel, souple, fondé sur les besoins et non influencé par des intérêts politiques ou économiques.

– Veiller à ce que le financement humanitaire reste séparé du financement du développement dans le prochain cadre financier pluriannuel (CFP).

L’engagement de l’Europe en faveur d’une action humanitaire fondée sur des principes, défini dans le traité de Lisbonne et réaffirmé par le consensus européen sur l’aide humanitaire, doit continuer d’être la pierre angulaire de son leadership mondial. Merci Maria Groenewald, merci VOICE.

Je vous invite à lire ces articles publiés dans l’édition :

Lettre humanitaire à Jean Noël Barrot, ministre de l’Europe et des Affaires étrangères de la France.

Humanitaire en Ukraine. Entretien avec Nicolas Ben-Oliel, chef de mission de Première Urgence International en Ukraine.

Crises alimentaires, comment agir ? 

« Il faut entretenir la flamme de l’engagement » , Entretien avec Eric GAZEAU, Directeur général et fondateur de l’association Résonances Humanitaires

Les défis démographiques : Perspectives de la population mondiale 2024 des Nations-Unies UNDSA

Ne tirez pas sur l’ambulance humanitaire !

De fortes pluies inondent le centre de transit du HCR à Renk, dans l’État du Haut-Nil, au Soudan du Sud. Le centre accueille des milliers de personnes qui ont fui le conflit au Soudan, la majorité d’entre elles étant des Sud-Soudanais de retour. ©HCR/Samuel Otieno

Il y a aujourd’hui 120 millions de réfugiés et déplacés forcés dans le monde, soit une personne sur 69 représentants 1,5% de la population mondiale, selon le HCR !

En 2002, ils étaient 32,9 millions.

En 2012, ils étaient 45,2 millions.

En 2017, ils étaient 68,5 millions.

En 2021, ils étaient 89,3 millions d’exilés forcés par la guerre et catastrophes.

A ce rythme, combien seront-ils demain ?

Si l’on considère certaines des grandes tendances à l’œuvre sur notre terre, pauvreté extrême, catastrophes, conflictualité et si l’on veut juste être réaliste, il y a urgence à se préparer à secourir un nombre grandissant de victimes de la guerre, des catastrophes et épidémies.

La raison d’être humanitaire est de sauver des vies. Les guerres actuelles, comme en Ukraine, à Gaza ou au Soudan se caractérise par leur intensité, leur multiplication, leur durée et elle touche principalement les populations civiles qui alimentent le flot des déplacés forcés et de réfugiés toujours plus nombreux.

Ce thermomètre de la fièvre mondiale est un indicateur clef des souffrances humaines tout autant que des déstabilisations qu’elle entraine par effet dominos, pour finalement échouer sur les plages de la manche ou de la méditerranée.

Si c’est une question humanitaire urgente, c’est aussi une question politique qui ne peut se satisfaire de l’échec !

L’attaque Russe en Ukraine le 24 février 2022 entraine la remise en cause des frontières par un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations-Unies. C’est un exemple qui en inspirera d’autres. C’est d’ailleurs ce qu’a fait l’Azerbaïdjan en chassant par la force des armes 100.000 arméniens de leur terre ancestrale du Haut-Karabakh en septembre 2023.

C’est le risque encouru aujourd’hui en Géorgie, après avoir déjà perdu l’Ossétie du Sud et l’Abkhasie. L’attaque meurtrière du Hamas le 7 octobre contre la population israélienne a eu pour conséquence de déclencher une guerre dont on mesure avec effroi les conséquences terrifiantes pour la population civile palestinienne à Gaza.

La mondialisation a laissé la place à un monde multipolaire désaccordé sur ses valeurs et ses intérêts et sur une compétition féroce.

Or, au moment même ou l’aide humanitaire est sollicité de toute part par un nombre grandissant de crises et de victimes, on lui demande de plus en plus de tout faire alors que les moyens financiers manquent cruellement et que l’accès aux populations en danger devient plus difficile et dangereux.

Anastasia Prudnikova, infirmière chez MSF, surveille un blessé de guerre à bord d’un train médicalisé durant le trajet entre Pokrovsk, à l’est, et Lviv, à l’ouest. Ukraine, mai 2022. © ANDRII OVOD

La preuve ? Cette année, les Nations-Unies avec OCHA et ses partenaires ont identifiés 300 millions d’êtres humains en danger à secourir. Résultat, on en a seulement sélectionné 180 millions dignes de recevoir une aide.  Et encore n’est -on même pas sûr d’y parvenir puisqu’il manque, au moment ou j’écris ces lignes, au moins 80% des financements indispensables, soit au total 46,4 milliards de dollars cette année.  Et que vont devenir les 120 millions d’êtres humains recalés ? Qui s’en préoccupe ?

N’est-ce pas tout simplement honteux dans un monde qui compte environ 95.000 milliards de capitalisation boursière !

Alors, disons les choses nettement. Si l’aide humanitaire est une assurance pour chaque vie en danger, elle est aussi une assurance vitale pour tout le monde. Moins d’action humanitaire, c’est plus de déplacés forcés, de désespoir, de radicalisation, de mouvements migratoires plus massifs et incontrôlés et de foyers qui s’enveniment au risque d’exploser à leur tour.

A un moment ou les anciens empires aspirent à le redevenir, où les nations veulent se protéger, la lucidité et l’expérience nous apprennent qu’il existe en ce début de 21ème siècle des risques mondiaux comme le dérèglement climatique, la crise de l’eau (pollution, surexploitation, inondation, sécheresse), l’explosion démographique de l’Afrique, le retour de la guerre qui, même si l’on privilégie la règle du « chacun pour soi » pour se protéger, obligent à y faire face pour trouver des solutions pour tous que personne ne trouvera seul.

Des réfugiés somaliens et des habitants de la région dansent lors des célébrations de la Journée mondiale des réfugiés à Mirqaan, en Éthiopie, en juin 2023. © HCR/Diana Diaz

Cela ne remet pas en cause la légitimité démocratique que se donnent les peuples et les Nations, mais cela doit les conduire à contribuer à l’assurance vie humanitaire pour tous comme pour chacun. Et, pour pousser la logique jusqu’au bout, cela n’est-il pas juste pour tous les régimes possibles responsables de leur population !

L’éthique de conviction rejoint ici l’éthique de responsabilité. Alors ne tirer pas sur l’ambulance humanitaire.

Je vous remercie pour votre soutien à la revue Défis Humanitaires (faireundon).

Alain Boinet.

PS1/ Si vous avez un exemple d’action humanitaire positive, vous pouvez nous adresser votre témoignage que nous publierons ou utiliserons dans un prochain article. Merci. A envoyer à : contact@defishumanitaires.com

PS2/ Défis Humanitaires remercie les auteurs des articles et entretiens publiés dans cette édition dans le cadre de notre politique éditoriale sans que notre revue endosse tous les points de vue exprimés.