Humanitaire : les chiffres de l’insécurité

Le Rapport annuel de l’Aid Worker Security Database a été publié dans les jours suivants l’assassinat de  7 membres de l’ONG ACTED, ainsi que du président du parc de Kouré, le 9 août 2020. Cet assassinat au Niger a, plus tard, été revendiqué par l’État Islamique au Grand Sahara (EIGS), branche régionale de Daech. Il a fortement affecté la communauté humanitaire internationale et particulièrement les ONG françaises.

Dans ce contexte, le Président de la République française, Emmanuel Macron, a rappelé lors de son discours devant l’Assemblée Générale des Nations-Unies, le 22 septembre, que depuis la création par les Nations-Unies d’une Journée Mondiale Humanitaire en 2003, 5000 humanitaires avaient été victimes d’attaques et que 1800 avaient été assassinés. Il a ajouté : « C’est pourquoi avec les ONG françaises, avec nos partenaires internationaux, nous construisons une initiative pour assurer l’effectivité du droit international, la protection du personnel humanitaire et la lutte contre l’impunité ».

Ces questions de protection, d’impunité et d’entraves à l’aide humanitaire provoquées par les lois antiterroristes seront à l’ordre du jour de la prochaine Conférence Nationale Humanitaire (CNH) qui aura lieu à la mi-décembre à Paris et que Défis Humanitaires couvrira pour vous. Pour resituer les chiffres de l’insécurité, nous vous invitons à lire l’article « Quelle protection pour les humanitaires ? ».


Source : Données du Aid Worker Security Report 2020 (AWSR).

Défis Humanitaires a réalisé les graphiques et tableaux présentés ci-dessous à partir de l’AWSR 2020.

Autres sources sur la sécurité :

Périmètre de l’étude AWSR :

  • Les données vont de 1997 à 2019 ;
  • L’année 2020 porte jusqu’au 6 septembre 2020.

Nombre d’humanitaires en activité

  • Le nombre d’humanitaires sur le terrain a connu une forte croissance ces dernières années. En 2019, on recensait environ 569 600 humanitaires, ce qui représente une hausse de plus de 320% depuis 1997. (Source : ONU info – https://news.un.org/fr/story/2019/08/1049851).

Nombre de victimes

  • En valeur relative, le taux d’agression à l’encontre des humanitaires reste d’une relative stabilité, i.e. qu’il y a environ 40 à 60 victimes par an pour 100 000 humanitaires. Pour rappel, dans Secourir Sans Périr (Secourir sans périr, Paris, CNRS Editions, mars 2016, 251 p., p. 115), M. NEUMAN et F. WEISSMAN affirment que « le nombre de victimes (…) reste d’une remarquable stabilité en valeur relative : le taux de travailleurs tués, blessés ou kidnappés oscille entre 40 et 60 pour 100 000 par an entre 1997 et 2012».

  • Sur la période 1997 – 2019, on observe une hausse générale des incidents de sécurité à l’encontre des humanitaires. L’année 2019 est celle où le nombre d’incidents recensés contre les humanitaires a été le plus élevé (depuis 1997). Au total, 483 humanitaires ont été tués, kidnappés ou blessés lors de 277 attaques distinctes.

    Il convient de souligner qu’en 2019, le personnel médical a été particulièrement ciblé par les agresseurs (42% des humanitaires décédés).

Nombre d’humanitaires nationaux

  • Ce sont les humanitaires nationaux qui sont les plus exposés (attention : prendre en compte le fait qu’ils sont plus nombreux sur le terrain que les expatriés dans un rapport moyen d’environ 1 à 10).

Nombre d’humanitaires expatriés

Nombre d’humanitaires victimes d’incidents par pays

Retrouvez l’intégralité du tableau ici : Tableau 5

  • Sur la période 1997 – 2019, les 10 pays les plus « dangereux » sont : l’Afghanistan, le Soudan du Sud, la Somalie, le Soudan, la Syrie, la RDC, le Pakistan, la RCA et l’Irak. Ces 10 pays représentent 74% du nombre total de victimes sur la période étudiée.

Retrouvez l’intégralité du tableau, ici : Tableau 6

  • Sur les 5 dernières années, 2015 – 2020, les 10 pays où il y a eu le plus de d’humanitaires agressés sont : le Soudan du Sud, la Syrie, l’Afghanistan, la RDC, la Somalie, la RDC, le Mali, le Nigeria et le Yémen (83% de l’ensemble des victimes).

Localisation des incidents

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • La majeure partie des agressions à l’encontre des humanitaires ont lieu sur la route, lors de déplacements (sur la période 1997 – 2019).

Les chiffres 2020 au 6 septembre

Au 6 septembre 2020, l’AWSD a recensé pour l’année 2020 : 204 victimes, dont 75 humanitaires décédés, 69 humanitaires blessés et 60 humanitaires kidnappés.

Plus précisément, 190 victimes étaient des travailleurs nationaux (67 morts, 68 blessés et 55 kidnappés).

Concernant les 14 humanitaires internationaux agressés, il y a eu 8 morts (Acted), 1 blessé et 5 enlèvements.