Pour beaucoup de pays dans le monde, l’Ukraine est un sujet très éloigné, géographiquement et émotionnellement. Jusqu’en Europe parfois où il m’est arrivé d’entendre que finalement, la question russo-ukrainienne est une question interne, voire une guerre civile dans laquelle nous n’avons pas à nous immiscer.
La campagne pour les élections au Parlement Européen a assez peu évoqué la Guerre d’Ukraine à la plus grande surprise de beaucoup d’analystes. Ce ne fut pas un sujet de campagne alors que l’Union Européenne (UE) a été littéralement sous le choc en février 2022.
On se rappelle les gros titres d’alors : « La guerre est de retour en Europe » « l’Europe en guerre «. Donc un choc, mais pour nous qui n’avons pas vécu sous la férule soviétique comme les pays Baltes, la Pologne ou d’autres, l’évènement résonne différemment étant moins chargé d’émotion.
Pourtant et c’est pour cela qu’on peut s’étonner de l’absence de cette guerre dans les sujets de campagne et les débats, car ce qui est en jeu, c’est l’avenir de l’Union Européenne.
L’avenir de l’Europe se joue en Ukraine. Notre classe politique évite d’en faire une question essentielle, car des sujets il y en a déjà beaucoup au niveau national, sur lesquels les opinions publiques sont davantage focalisées.
Et les risques, ils sont nombreux, la fatigue de la guerre, une certaine impuissance du collectif européen qui laisse à penser que peut-être nous n’avons pas totalement fait le choix de mettre l’Ukraine dans la position de gagner.
Des soldats français effectuent une mission de tir réel en utilisant l’obusier automoteur de 155 mm Camion Equipé d’un Système d’Artillerie (CAESAR) dans le cadre de l’exercice Dynamic Front 18 sur la zone d’entraînement de Grafenwoehr du 7th Army Training Command, en Allemagne, le 05 mars 2018. (Photo de l’armée américaine par Markus Rauchenberger)
Or une défaite ukrainienne serait dévastatrice pour le continent, notamment en ce qu’elle générerait de désunion et ouvrirait la porte sur un monde incontrôlable, ce qu’il est déjà d’une certaine manière. En ce qu’elle offrirait aussi un boulevard à la Chine sur Taiwan.
Les pays européens sont tous d’accord à l’exception de la Hongrie pour un soutien à l’Ukraine. Soutien militaire, financier, politique. L’idée étant d’aider l’Ukraine à ne pas perdre.
Parallèlement, il y a la stratégie vis-à-vis de la Russie. Et là on note un certain désaccord sur la stratégie européenne vis-à-vis de la Russie. Il y a deux clans. Le clan radical qui veut une guerre que l’on gagnera (position des Pays Baltes, de la Pologne et un peu de la France).
L’autre stratégie fait appel à la diplomatie. Faire en sorte que l’Ukraine gagne tout en entamant des négociations et voir ce que la Russie fera dans trois ans, quatre ans de la situation nouvellement créée. Certains estiment que ce n’est pas parce que Poutine a décidé de nous faire la guerre qu’il faut faire la guerre. Il y a d’autres options possibles.
Pour l’heure la guerre se poursuit avec des Occidentaux qui continuent d’aider massivement l’Ukraine et des Chinois, Iraniens, Nord-Coréens qui continuent d’aider en sous-main le complexe militaro industriel russe.
Tout le monde a beaucoup de mal à se projeter. L’opinion publique en France peine à prendre conscience des enjeux de la guerre d’Ukraine. L’inquiétude est loin d’être au niveau du risque.
Marie France CHATIN.
Journaliste.
Marie France CHATIN
Productrice de l’émission GEOPOLITIQUE sur RFI.
NB : Nous publions très rarement de tribune libre. Celle-ci apporte plus de liberté de propos à son auteure. Nous rééditerons ce genre de publication à l’occasion.
Kevin Goldberg au Forum Humanitaire Européen en mars 2022 @European Union (Yasmina et Djamel Besseghir, 2022)
Accompagné de plusieurs collègues de Solidarités International, j’ai eu le plaisir de participer au Forum Humanitaire Européen qui s’est tenu dans un format hybride à Bruxelles et en ligne, du 21 au 23 mars dernier. Décalé de deux mois du fait de la cinquième vague de COVID19, ce premier forum européen dédié au secteur et à ses enjeux s’est finalement tenu dans un contexte de crise humanitaire aigüe, la guerre en Ukraine et ses millions de déplacés apportant une tonalité toute particulière aux échanges qui ont rassemblé plusieurs centaines de participants.
Porté par la Présidence française du Conseil de l’Union Européenne (PFUE) et la Direction générale pour la protection civile et les opérations d’aide humanitaire européennes de la Commission européenne (DG ECHO), le forum se voulait être à la fois une mise en débat des principaux enjeux d’évolution de l’aide humanitaire européenne tels qu’ils ont été récemment exprimés par la Commission dans sa dernière communication (lien), et le pendant européen des Conférences Nationales Humanitaires (CNH) organisées par le ministère des affaires étrangères français et les ONG implantées en France depuis 2011. De fait, plusieurs des thèmes centraux lors de la dernière CNH de décembre 2020 ont été abordés : la protection des travailleurs humanitaires, l’impact des régimes de sanctions et des mesures antiterroristes sur notre capacité à mettre en œuvre nos actions de terrain, la question du nexus humanitaire-développement-paix et du développement de financements structurants, etc.
Forum Humanitaire Européen en mars 2022 @European Union (Yasmina et Djamel Besseghir, 2022)
Un exercice convenu mais toujours utile
Après deux ans de réunions à distance, il était évident que les participants qui se sont retrouvés à Bruxelles goûtaient le plaisir retrouvé des échanges informels, dîners officiels et discussions de couloir, le tout dans le cadre exceptionnel du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Le format des sessions du forum, très cadré, laissait malheureusement assez peu de place au véritable débat entre intervenants et à des interpellations spontanées de la part du public. Mais ce moment de retrouvailles était surtout l’occasion de rappeler les principales préoccupations que nous partageons au sein du secteur : le gouffre qui ne cesse de se creuser entre le montant global de l’aide humanitaire mis à disposition par un nombre trop faible de bailleurs et les besoins des 300 millions de personnes ayant besoin d’assistance, la question brûlante des violations du Droit International Humanitaire et du rétrécissement de l’espace qui nous est laissé pour venir en aide aux populations, la difficulté à maintenir un dialogue avec les groupes armés non-étatiques dans le cadre de plus en plus contraint des lois antiterroristes nationales et internationales, etc.
Parmi les nombreux thèmes abordés, quelques points à souligner. Tout un chacun a pu constater l’importance donnée aux enjeux de localisation de l’aide, lesquels feront bientôt l’objet d’une nouvelle consultation de la Commission Européenne. Espérons que l’angle pris par la DG ECHO pour introduire ce sujet, c’est-à-dire la promotion de partenariats d’égal à égal mutuellement bénéfiques entre intervenants locaux et ONG internationales, trouvera sa juste place dans les conclusions de ces travaux. Les efforts portés vers une plus grande efficience et la transition numérique dans le domaine de la logistique humanitaire ont aussi été mis en avant, ce qui est aussi un axe de travail important chez Solidarités International. Sur l’enjeu climatique, le Forum a permis la publication d’une « Déclaration des bailleurs de l’aide humanitaire sur le climat et l’environnement », endossée par les 27 Etats membres de l’Union européenne et la Commission. Nous nous en sommes publiquement félicités (lien), tout en invitant les bailleurs de fonds à traduire en actes forts leur soutien de principe aux actions de prévention, préparation, anticipation et réponse aux catastrophes.
La crise en Ukraine dans tous les esprits
S’il était au départ prévu que le forum n’aborde que des enjeux transversaux sans focus géographique spécifique, une session a finalement été dédiée à la crise ukrainienne. Cette session a réuni de nombreux acteurs, tels Amin Awad, Coordinateur de l’ONU en Ukraine, Hans Das, qui dirige la gestion des situations d’urgence au sein de la DG ECHO ou encore Maksym Dotsenko, Directeur Général de la Croix-rouge ukrainienne. J’y ai pour ma part apporté mon témoignage des actions que mène Solidarités International en Ukraine depuis fin février en partenariat avec de nombreux acteurs locaux. En parallèle, tout au long du forum a été répétée l’absolue nécessité d’éviter que la réponse humanitaire à la crise ukrainienne ne se fasse au dépend des autres crises, dans un contexte de hausse vertigineuse des besoins et au moment où le conflit provoque d’ores et déjà d’importantes augmentations du prix des denrées alimentaires aux quatre coins du monde.
Kevin Goldberg à la table ronde dédiée à l’Ukraine apportant le témoignage de SOLIDARITÉS INTERNATIONAL sur la situation sur place et abordant la question de la coopération entre les différents acteurs de l’aide
C’est enfin encore le contexte ukrainien qui est sans nul doute à l’origine de l’importance politique accordée à ce premier forum européen. Que l’on en juge : 15 ministres des affaires étrangères issus de différents Etats membres ont pris part aux échanges, les Nations Unies étaient représentées par les responsables de plusieurs des principales agences onusiennes, le Commissaire Janez Lenarčič s’est exprimé à maintes reprises, et les deux hôtes principaux Ursula Von Der Leyen et Emmanuel Macron ont tous deux apportés leurs témoignages respectifs via une vidéo. Avec une telle assistance, on pourra simplement regretter que le forum ne fût pas l’occasion d’engagements politiques plus concrets, au-delà de l’affirmation d’une « team Europe » se revendiquant comme véritable « puissance humanitaire » mondiale du fait de son rôle de premier plan en tant que bailleur de fonds, ce qui relève certainement de l’oxymore et masque mal la disparité persistante dans le niveau de contribution des différents Etats membres au financement de l’aide.
On peut toutefois féliciter les organisateurs pour la réussite de cette première édition, et se réjouir de l’annonce d’ores et déjà faite par la Commission d’un renouvellement de cette initiative, avec une deuxième édition qui devrait se tenir sous présidence suédoise du conseil de l’Union européenne, en mars 2023.
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Qui est Kevin Goldberg ?
Kevin Goldberg débute sa carrière en travaillant auprès de parlementaires et d’élus locaux, à Bruxelles puis à Paris. En 2013 il intègre le cabinet du Président du Directoire du GROUPE SOS, première entreprise sociale européenne, en tant que responsable du développement et des partenariats. En 2017, il prend part à la création d’un secteur Action Internationale rassemblant les ONG affiliées au GROUPE SOS, et en assure ensuite la direction générale. En parallèle, il a en charge la direction de PULSE, association spécialisée dans l’accompagnement à la création d’entreprises sociales en France et à l’international. En janvier 2021, Kevin Goldberg rejoint l’ONG humanitaire SOLIDARITÉS INTERNATIONAL en tant que Directeur général. Kevin est diplômé de Sciences Po Grenoble, du Collège d’Europe et de l’Université Paris Dauphine.
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