Défis Humanitaires, 5 ans déjà et toujours d’actualité !

Nous fêtons aujourd’hui avec nos lecteurs le 5ème anniversaire de la revue en ligne Défis Humanitaires. Cinq ans durant lesquels nous avons publié 85 éditions, près de 300 articles grâce à 141 auteurs (liste ici) qui nous ont apporté leur expérience, leur analyse, leur réflexion. Nous les remercions ici chaleureusement pour leur confiance et pour leur engagement à nos côtés.

Défis Humanitaires s’adresse d’abord aux humanitaires, à leurs amis et partenaires et à leur environnement. Entre 2018 et 2023, le nombre de lecteurs est passé de 11.116 à 46.081, soit une multiplication par 4. En 2023 le nombre d’articles a progressé de 4 à 7 chaque mois. Le nombre de vues sur les réseaux sociaux connait une croissance forte tel cet article qui vient de mobiliser 250 soutiens et de générer 12.000 vues sur Linkedin.

Les lectrices et lecteurs de Défis Humanitaires se trouvent en France principalement mais également au Burkina Faso comme aux Etats-Unis, au Mali comme en Grande Bretagne, au Congo Kinshasa ou au Sénégal comme en Belgique, au Canada et en Australie. J’avoue que nous en sommes fiers et que nous remercions nos lecteurs toujours plus nombreux qui apportent ainsi leur soutien à Défis Humanitaires.

Défis Humanitaires est né du constat que si l’aide humanitaire avait beaucoup progressé en volume et en efficacité jusqu’à présent, l’humanitaire devait simultanément progresser en connaissance, analyse, réflexion, débat et mise en perspective.

A l’origine, nous nous sommes fixé 3 objectifs principaux :

  • Promouvoir l’humanitaire mal connu à l’extérieur de son milieu, sinon superficiellement.
  • Réfléchir sur les liens entre géopolitique et humanitaire pour mieux secourir les victimes des crises.
  • Alerter et mobiliser face à de grands défis qui menacent et qui exigent des solutions, qu’il s’agisse de la ressource en eau, du climat, de la démographie en Afrique.

Aujourd’hui, ces priorités sont-elles toujours d’actualité ?

Bâtiment en feu à Kiev suite à une attaque de missile. © UNICEF/Aleksey Filippov

Etat des lieux 2018-2023.

Avant d’y répondre, il est utile de nous retourner sur ces 5 années en prenant quelques exemples. Après une guerre de 20 ans, les Talibans ont pris Kaboul et le contrôle du pays le 15 août 2021. Le 24 février 2022, la Russie a envahi l’Ukraine et mis les pays d’Europe, l’OTAN, l’ONU au défi d’une guerre partie pour durer et qui pourrait s’élargir. Dans le Caucase du Sud, le président de l’Azerbaïdjan, Ilham Aliyev, a chassé 100.000 Arméniens de leur terre ancestrale de l’Artsakh en septembre 2023 et il menace maintenant l’Arménie elle-même. La Chine se prépare tôt ou tard à s’emparer de Taïwan au prix d’un conflit majeur et d’une liberté perdue. Les études sur le changement climatique indiquent une accélération de ses néfastes effets et une lenteur à l’endiguer et à s’adapter. Les glaciers comme la banquise sont là pour en témoigner

L’eau vient ici à manquer, là à inonder, partout à être pollué sans que les mesures prises soient à la hauteur des enjeux humains. La faim repart à la hausse. Les guerres, le climat, la pauvreté et le désespoir multiplient les flux migratoires au risque de déstabiliser les populations et les pays d’accueil au lieu d’engager des initiatives d’envergure permettant aux déracinés de vivre chez eux.

Bombardement dans la bande de Gaza. © UNRWA/Ashraf Amra

La guerre du 7 octobre avec ses massacres en Israël, avec ses destructions et innombrables pertes en vies humaines à Gaza, constitue l’épicentre d’un drame sans fin qui risque d’embraser un Moyen-Orient fragile. Des pays ne sortent plus d’une instabilité devenue chronique comme en Haïti, à l’est de la République Démocratique du Congo, en Somalie ou au nord du Nigéria alors que plusieurs pays du Sahel les rejoignent dans cette spirale.

La lucidité vaut mieux que le pessimisme noir ou qu’un optimisme béat. Un diagnostic juste est le préalable à toute solution, à condition de le vouloir et d’agir !

A l’inverse, heureusement, des progrès significatifs ont été réalisés, depuis 2000 notamment avec les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) puis avec les 17 Objectifs de Développement durables (ODD) 2015-2030. D’autres exemples en témoignent comme les progrès de la médecine et de l’espérance de vie, la recherche scientifique, les énergies renouvelables, l’innovation et bien d’autres encore. Notons également qu’en 2024 plusieurs pays n’ont plus lancé d’appel humanitaire, le Burundi, le Kenya, le Malawi et le Pakistan et que selon OCHA, il y aurait même une amélioration de la situation humanitaires, en Somalie et au Yémen notamment.

Mais il semble bien que dans ce match entre menaces et solutions, entre besoins et moyens, nous ne soyons pas vraiment à la hauteur des changements de rythme et d’échelle pour juguler les risques alors qu’il s’agit d’une assurance vie pour tous.

Des femmes vont chercher de l’eau au Darfour. © Solidarités international

Et maintenant ?

Après avoir observé les 5 dernières années, regardons vers l’avenir. Que va-t-il se passer et que ferons-nous face aux défis qui prospèrent. En effet, le passage douloureux d’un monde multilatéral à un univers multipolaire, l’affaiblissement de l’ONU, la guerre qui revient en force comme mode de règlement des différends, le dérèglement climatique qui semble inexorable, la démographie qui implose en Afrique sur fond de crise du modèle démocratique, du régime autocratique qui prospère. Ces immenses défis nous appellent à beaucoup de lucidité, de courage, d’audace.

Si l’humanitaire ne peut pas être la réponse à tous les défis, face aux guerres, catastrophes, grandes épidémies, la mission de l’humanitaire est immense et doit toujours sauver des vies, soulager les souffrances, reconstruire, réaliser le lien avec le développement sur la base des principes de neutralité, d’impartialité et d’indépendance. Principes qui sont la condition sine qua non pour accéder, autant que possible, aux populations en danger malgré la violence qui prospère partout.

Mais avons-nous les moyens de répondre à tous les besoins identifiés ? Que nous disent les chiffres sur les budgets de l’action humanitaire ?

Selon le récent rapport de l’OCDE, la bonne nouvelle est que l’Aide Publique au Développement (APD) globale a augmenté de 22% passant de 235 milliards USD en 2021 à 287 milliards USD en 2022. Les résultats pour 2023 seront disponibles début 2024. Mais, il y a des nouvelles moins bonnes, voire préoccupantes. L’APD globale en faveur des contextes fragiles a diminué en volume et singulièrement sa part humanitaire. Si l’APD humanitaire globale de tous les donateurs est restée relativement stables, il n’empêche que l’effort humanitaire du CAD a fortement diminué en pourcentage. En 2021, l’APD humanitaire représentait 14,9% de l’APD totale contre 12,4% en 2022. Dans le même temps, l’APD humanitaire des pays non-membres du CAD (Arabie saoudite, Emirats arabes unis) a également diminué.

Cette érosion de l’humanitaire dans l’APD n’est pas sans conséquence quand l’on sait que OCHA qui avait évalué les besoins humanitaires à 41 milliards USD début 2022 et à 51,7 milliards fin 2022, n’a mobilisé que 24milliards USD soit 47% du montant des besoins identifiés.

Mais, disons-le, le pire s’est produit en 2023 qui a pourtant connu une forte augmentation des prix des produits de base et des coûts opérationnels des secours avec d’importants conflits, notamment au Mozambique, en Ethiopie, au Myanmar et par des sécheresses en Ethiopie et en Afghanistan. Comme l’a déclaré Martin Griffiths « Il s’agit du pire déficit de financement depuis des années ». Face à des besoins évalués à 56,7 milliards USD, 19,9 milliards de dons ont été enregistrés au 4 décembre 2023, soit un écart de 36,8 milliards USD couvrant seulement 35% des besoins permettant de secourir 128 millions de personnes au lieu de 245 ! Cela a conduit à une réduction de l’aide alimentaire, pour les abris, l’eau et l’assainissement, la santé, la protection ! C’est un triste précédent et un dangereux record.

Qu’en sera-t-il cette année ? Le nombre de personnes dans un besoin urgent est évalué à 299,4 millions de personnes, soit 39,6 millions de personnes en moins par rapport à 2022 suite à une nouvelle méthodologie de l’analyse des besoins qu’il faudra questionner. En conséquence, OCHA annonce « …la nécessité de prioriser les besoins humanitaires les plus urgents, imposant ainsi des choix difficiles dans l’allocation des ressources ».

C’est pourquoi Défis Humanitaires suivra particulièrement cette question des financements comme nous le faisons dans cette édition du 5ème anniversaire avec des articles sur l’APD et l’Appel humanitaire de l’ONU/OCHA auxquels vous pouvez accéder à la fin de cet éditorial.

Notre appel aux lectrices et lecteurs.

Cette année et les suivantes, l’édition mensuelle sera au rendez-vous. Nous avons aussi le projet de publier notre seconde Etude sur les ONG humanitaires (2006 et 2022), éditer un livre avec une sélection de nos articles, organiser une série de webinaires et de podcasts, soutenir un projet éducatif. Mais il n’y a pas de secret, si nous comptons d’abord sur nos propres ressources pour cela, nous avons le plus grand besoin de partenaires pour réussir à concrétiser ces projets et pour élargir l’action humanitaire au-delà de ses limites habituelles comme en témoigne notre Comité d’Experts.

Les priorités initiales de Défis Humanitaires il y a 5 ans sont bien toujours d’actualité.

Nous lançons un appel à chacune et chacun d’entre vous pour que vous y participiez grâce à un don (faireundon) qui fera la différence. Notre appel s’adresse aussi aux Fondations, collectivités territoriales, institutions, mécènes qui sont les bienvenus pour construire un projet humanitaire indépendant, entreprenant, innovant au service des personnes et populations en danger. Je vous remercie de participer à ce projet (faireundon) qui a besoin de vous.

 

Alain Boinet

Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.

 

Retrouvez l’édition 85 de Défis Humanitaires :

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