Tribune libre de Marie-France Chatin.

Pour beaucoup de pays dans le monde, l’Ukraine est un sujet très éloigné, géographiquement et émotionnellement. Jusqu’en Europe parfois où il m’est arrivé d’entendre que finalement, la question russo-ukrainienne est une question interne, voire une guerre civile dans laquelle nous n’avons pas à nous immiscer.
La campagne pour les élections au Parlement Européen a assez peu évoqué la Guerre d’Ukraine à la plus grande surprise de beaucoup d’analystes. Ce ne fut pas un sujet de campagne alors que l’Union Européenne (UE) a été littéralement sous le choc en février 2022.
On se rappelle les gros titres d’alors : « La guerre est de retour en Europe » « l’Europe en guerre «. Donc un choc, mais pour nous qui n’avons pas vécu sous la férule soviétique comme les pays Baltes, la Pologne ou d’autres, l’évènement résonne différemment étant moins chargé d’émotion.
Pourtant et c’est pour cela qu’on peut s’étonner de l’absence de cette guerre dans les sujets de campagne et les débats, car ce qui est en jeu, c’est l’avenir de l’Union Européenne.
L’avenir de l’Europe se joue en Ukraine. Notre classe politique évite d’en faire une question essentielle, car des sujets il y en a déjà beaucoup au niveau national, sur lesquels les opinions publiques sont davantage focalisées.
Et les risques, ils sont nombreux, la fatigue de la guerre, une certaine impuissance du collectif européen qui laisse à penser que peut-être nous n’avons pas totalement fait le choix de mettre l’Ukraine dans la position de gagner.

Or une défaite ukrainienne serait dévastatrice pour le continent, notamment en ce qu’elle générerait de désunion et ouvrirait la porte sur un monde incontrôlable, ce qu’il est déjà d’une certaine manière. En ce qu’elle offrirait aussi un boulevard à la Chine sur Taiwan.
Les pays européens sont tous d’accord à l’exception de la Hongrie pour un soutien à l’Ukraine. Soutien militaire, financier, politique. L’idée étant d’aider l’Ukraine à ne pas perdre.
Parallèlement, il y a la stratégie vis-à-vis de la Russie. Et là on note un certain désaccord sur la stratégie européenne vis-à-vis de la Russie. Il y a deux clans. Le clan radical qui veut une guerre que l’on gagnera (position des Pays Baltes, de la Pologne et un peu de la France).
L’autre stratégie fait appel à la diplomatie. Faire en sorte que l’Ukraine gagne tout en entamant des négociations et voir ce que la Russie fera dans trois ans, quatre ans de la situation nouvellement créée. Certains estiment que ce n’est pas parce que Poutine a décidé de nous faire la guerre qu’il faut faire la guerre. Il y a d’autres options possibles.
Pour l’heure la guerre se poursuit avec des Occidentaux qui continuent d’aider massivement l’Ukraine et des Chinois, Iraniens, Nord-Coréens qui continuent d’aider en sous-main le complexe militaro industriel russe.
Tout le monde a beaucoup de mal à se projeter. L’opinion publique en France peine à prendre conscience des enjeux de la guerre d’Ukraine. L’inquiétude est loin d’être au niveau du risque.
Marie France CHATIN.
Journaliste.
Marie France CHATIN
Productrice de l’émission GEOPOLITIQUE sur RFI.
NB : Nous publions très rarement de tribune libre. Celle-ci apporte plus de liberté de propos à son auteure. Nous rééditerons ce genre de publication à l’occasion.

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