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𝐏𝐞𝐧𝐬𝐞𝐫 𝐞𝐭 𝐚𝐠𝐢𝐫 𝐥’𝐡𝐮𝐦𝐚𝐧𝐢𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞.

 

4 février 2024. Gaza. TPO. Des enfants palestiniens portent des récipients vides alors qu’ils font la queue pour obtenir de l’eau fournie par un groupe de jeunes palestiniens, dans le camp de réfugiés de Rafah, au sud de la bande de Gaza. Ismael Abu Dayyah pour l’UNOCHA

Si l’humanitaire réside dans un élan vital à aller secourir des personnes en danger à cause d’une guerre, catastrophe ou épidémie, sa mise en œuvre s’avère de plus en plus difficile.

Il y a d’abord la complexité des réalités à prendre en compte pour adapter la réponse humanitaire aux divers contextes et identité propres à chaque pays et population.

Il y a ensuite la nature, la diversité et l’ampleur des dégâts et destructions, les souffrances multiples causés aux populations et la nécessité d’y répondre dans l’urgence et dans la durée.

Il y a enfin les acteurs, moyens, techniques, outils, procédures, normes, capacités des organisations humanitaires à répondre aux besoins, à se coordonner, sans oublier l’engagement humanitaire.

Cette édition en est l’illustration à travers nos articles dont je vous recommande la lecture pour comprendre ce que l’on pourrait aussi qualifier de quadrature du cercle. Des sujets qui sont autant de réalités de la complexité du puzzle.

Une distribution de kits d’hygiène et de nourriture dans la commune de Radushne, dans le district de Kryvyi Rih, afin de venir en aide aux populations locales et aux personnes déplacées dans le besoin. Radushne, en Ukraine, le 5 avril 2023. © Chloé Sharrock

L’humanitaire en Ukraine.

L’Ukraine n’est pas une crise humanitaire, mais une guerre de haute intensité entre la Russie et l’Ukraine qui nécessite des secours massifs pour ses victimes. La solution, c’est-à-dire le retour un jour à la paix, n’est pas humanitaire mais politique. Mais l’humanitaire est une obligation morale et une nécessité humaine absolue qui durera au-delà de cette guerre.

Depuis son déclenchement, le 24 février 2022, la guerre vient de passer le cap des deux ans et se banalise au point que l’on pourrait finir par oublier ses conséquences humaines dévastatrices : à ce jour, 8,5 millions de personnes vulnérables, 4 millions de déplacés internes, 5,9 millions de réfugiés sur une population de 41 millions d’Ukrainiens dans un pays de 603.550 km2. C’est dire l’ampleur de la tâche.

De surcroit, la guerre est en voie d’escalade militaire et politique avec l’offensive Russe à laquelle l’Ukraine et ses alliés s’opposent sans que l’on sache jusqu’où la guerre pourrait aller. Comment ne pas aussi penser à Gaza, au Soudan, à la RDC et ailleurs.

Dans ce contexte, établir un bilan de l’aide humanitaire qui soit utile pour la suite est un exercice rare et utile que nous vous proposons avec l’article de François Grunewald, président d’honneur du Groupe URD.

Un Forum Mondial de l’Eau pour l’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement.

Une mère et sa fille boivent de l’eau provenant d’une source d’eau dans le camp de personnes déplacées de Robert dans le canton de Bhamo, dans l’État de Kachin, le 15 mars 2023. Photo par Aung Htay Hlaing.

L’accès universel à l’eau potable et à l’assainissement correspond à l’Objectif 6 des 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) votés en 2015 par 195 Etats à l’ONU et qui devrait être réalisés en 2030. Manifestement, cela ne sera pas le cas pour l’eau au rythme ou cela avance depuis le départ !

Tous les 3 ans, depuis 1997, le Forum Mondial de l’Eau (FME) est organisé par le Conseil Mondial de l’Eau, présidé par Loïc Fauchon, dans un pays hôte. Du 18 au 24 mai, le FME a accueilli 64.000 participants venant de 160 pays autour de 5 axes thématiques (eau et paix, climat et catastrophe, l’assainissement et l’eau pour tous, les finances et la gouvernance, la jeunesse).

Le FME a l’avantage d’être une initiative impliquant l’ensemble des acteurs de l’eau qui ont la maitrise des sujets et des débats. L’inconvénient, de plus en plus évident, c’est le manque d’impact politique de ses travaux et recommandations sur les processus en cours à l’ONU, en particulier le « One Water Summit » en septembre 2024 à l’ONU, puis les Conférences des Nations-Unies sur l’eau en 2026 puis en 2028 alors qu’il y a urgence à accélérer pour chercher à atteindre l’Objectif 6 des ODD. Rien non plus sur le projet de nommer un envoyé spécial de l’eau à l’ONU !

Avec une nombreuse délégation, le Partenariat Français pour l’Eau (PFE), a présenté ses propositions et organisé de nombreuses sessions et événements. Dans cette édition, je vous invite à découvrir l’interview de sa directrice générale, Marie-Laure Vercambre, ainsi que les documents en annexe.

Une aide humanitaire sous financée qui abandonne des populations en danger !

Makariv, Kyiv, septembre 2022. ©OCHA/Matteo Mi

Ne faut-il pas tirer la sonnette d’alarme du financement de l’aide humanitaire cette année, lorsque l’on sait que l’Appel de fonds d’OCHA concerne cette année 180,5 millions de personnes pour un budget de 46,4 milliards de dollars. Or, en ce début juin, seulement 15% de ce budget a été mobilisé ! Il y aura certainement un rattrapage au second semestre, mais le risque demeure de ne réunir que 30 à 35% des fonds nécessaires !

Déjà en 2023, le financement n’a été que de 24,4 milliards de dollars, soit 43% des besoins évalués à 56,7 milliards de dollars en fin d’année. Ce qui a fait dire à Martin Griffiths, Secrétaire général adjoint des Nations-Unies en charge de l’humanitaire (OCHA) : « Il s’agit du pire déficit de financement depuis des années ».

En 2024, OCHA a mis en place un nouveau « cadre d’analyse conjointe et intersectionnelle » qui diminue le nombre de destinataires de l’aide humanitaire internationale. Les raisons sont multiples. D’une part, l’humanitaire est de plus en plus sollicité pour tout faire. Et, d’autre part, ne vaut-il pas mieux rapprocher les besoins des moyens pour avoir une programmation réaliste.

Dans cette édition, nous laissons le dernier mot à Aurélien Buffler d’OCHA (Bureau Commun pour l’Action Humanitaire) dans l’interview exclusif qu’il a donné à Défis Humanitaires.

Les humanitaires doivent se demander ce que deviennent les personnes et populations qui ne sont pas secourues faute des moyens nécessaires et sonner l’alarme.

A la veille du 75ème anniversaire des Conventions de Genève de 1949, que nous célébrerons au mois d’août, nous abordons aussi les récentes résolutions des Nations-Unies sur la protection des civils dans les conflits armés ainsi que la protection des personnels humanitaires.

Solidarité avec les étudiants Arméniens.

Alain Boinet avec des élèves du Centre francophone d’Erevan.

Lors d’un récent séjour en Arménie où je suis allé à la rencontre des réfugiés chassés du Haut-Karabagh ou Artsakh, j’ai rencontré de jeunes Arméniens qui apprennent le français. Pour eux, dans un environnement hostile, apprendre le français c’est ouvrir une fenêtre sur le monde tout en nous faisant découvrir leur pays.

Ils ont soif de lire et ce qui leur manque le plus ce sont les livres de littérature francophone contemporaine ! Que l’on pense à Daniel Pennac, Marie Desplechin, Anna Gavalda, Amin Maalouf, Sylvain Tesson ou aux auteurs de bandes dessinées, Enki Billal ou Riad Sattouf et beaucoup d’autres.

Je vous invite à offrir ces livres aux étudiants Arméniens. Découvrez ce projet dans notre article « Solidarité avec les étudiants Arméniens » et merci pour le soutien de votre don (faireundon).

Conclusion.

Défis Humanitaires est très heureux de vous adresser cette nouvelle édition qui vise à penser et agir l’humanitaire, au-delà des normes et des modes.

L’aide humanitaire doit surtout s’adapter aux besoins exprimés, respecter les identités des populations, ne pas plaquer sur celles-ci des schémas inadaptés et contre-productifs. L’humanitaire a plus que jamais besoin d’engagement, de savoir être et savoir-faire et de proximité avec les populations en danger.

Alain Boinet.

 

Alain Boinet est le président de l’association Défis Humanitaires qui publie la Revue en ligne www.defishumanitaires.com. Il est le fondateur de l’association humanitaire Solidarités International dont il a été directeur général durant 35 ans. Par ailleurs, il est membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Centre de Crise et de Soutien du ministère de l’Europe et des affaires étrangères, membre du Conseil d’administration de Solidarités International, du Partenariat Français pour l’eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think Tank (re)sources. Il continue de se rendre sur le terrain (Syrie du nord-est, Haut-Karabagh/Artsakh et Arménie) et de témoigner dans les médias.

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