L’ONU/OCHA en question sur l’écosystème humanitaire – Interview avec Antoine Gérard

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Alain Boinet – 18 mois après le premier Sommet Humanitaire Mondial où en sommes-nous du Grand Bargain et de ses 10 priorités ?

Avons-nous avancé concrètement dans l’amélioration de l’efficacité humanitaire ?

Antoine Gérard – Effectivement, je voudrais juste préciser que l’initiative autour du Grand Bargain provient du rapport du High-Level Panel sur le financement humanitaire, le panel qui avait été nommé par le Secrétaire Général en 2015 et qui avait été cogéré par Kristalina Georgieva à l’époque vice-présidente de la commission européenne et ancienne commissaire en charge de l’aide humanitaire (ECH0). Et le grand Bargain était l’un des trois piliers de travail et de recommandations de ce rapport. Ce rapport a été présenté en janvier 2016, donc à peu près quatre, cinq mois avant le Sommet Humanitaire Mondial. Et l’on a trouvé utile, lors du Sommet de faire une session spéciale pour présenter ce Grand Bargain puisqu’il y avait déjà eu une présentation, à la fois à New York et à Dubaï lors du lancement en janvier. Et on souhaitait, entre janvier et mai, commencer à mettre en œuvre ce mécanisme de Grand Bargain. Donc, la date n’est pas nécessairement seulement celle du Sommet : celui-ci a redonné un booster au Grand Bargain, mais c’est une initiative qui avait été suggérée et lancée par le rapport du panel au Secrétaire Général.

Depuis janvier 2016, un certain nombre de choses ont été mises en place. Entre autres, entre janvier et mai 2016, des réunions préparatoires où on a décidé de faire en sorte que les grands opérateurs opérationnels, que ce soit des ONG, le mouvement de la Croix Rouge ou les Nations Unies et les grands donateurs humanitaires se retrouvent autour de la même table pour décider de comment organiser ce Grand Bargain. Et je pense qu’entre ce moment, février 2016 et le Sommet il y avait déjà une préparation qui nous a permis, lors de la présentation au Sommet de lancer ce document signé des 15 grands bailleurs de fonds et des 15 grands opérateurs de l’aide humanitaire.

Ensuite comme tu l’as rappelé, il y a 10 work-streams il y a 10 sujets. Certains concernent plus l’efficacité financière, ce qu’on appelle « Financial efficiency » et traitent de comment améliorer l’utilisation des fonds avec des recommandations très précises aux bailleurs de fonds : essayer de faire moins de fonds fléchés, essayer d’améliorer toutes les procédures de managements et de gestion des coûts, limiter les frais supplémentaires. Et cela s’adresse non seulement aux organisations opérationnelles, les Nations Unies, les ONG, mais aussi aux bailleurs de fonds.

Il y a également le sujet de la transparence dans l’allocation des fonds, que ce soit dans les annonces ou dans l’utilisation. Donc effectivement, certains work-streams sont très liés à l’aspect financier et d’autres sont très liés à l’aspect Réponse Opérationnelle qui vient en complément d’une réflexion plus générale et dont on pourra parler, ce que MSF réfère au « Emergency Gap », le fait qu’on a un problème de capacités dans la réponse aux urgences. Ces work-streams sont liés à comment améliorer les évaluations des besoins, comment faire en sorte qu’il y ait une meilleure participation des bénéficiaires ou également de voir des plans à plus long terme : le multi-year planning, et lié à cela, le multi-year funding. 

Donc sur ces différents work-streams certains sont plus complexes que d’autres, certains sont liés et donc dépendants du travail d’autres work-streams pour améliorer ce qu’ils doivent faire. Par ailleurs il y a des work-streams qui ne sont pas nécessairement liés seulement à des dynamiques au sein du Grands Bargain mais qui sont au-delà et qui doivent donc aussi travailler avec d’autres synergies. Par exemple celui sur la localisation, ce que l’on appelle les « national responders », toute cette problématique de comment mettre en place des réponses qui prennent en compte les capacités nationales et locales. Ça, c’est une problématique qui est au-delà du Grand Bargain.

Mais il est certain que l’on essaie de faire en sorte qu’il y ait des choses claires qui sortent de ces différents work-streams. Certains ont réussi en, tu parlais de 18 mois, ou en une année de travail, à faire en sorte qu’il y ait des choses concrètes qui soient expérimentées, comme par exemple le travail qui est fait sur le Reporting.  Il a été dit, il a été analysé, que beaucoup d’acteurs humanitaires perdent énormément de temps à faire des rapports sous différents formats en fonction de la provenance de leur fonds. Et on a fait un travail dans ce work-stream, qui est cogéré par les allemands et ICVA, sur comment arriver à une simplification des rapports. Et après ce travail collégial, on a défini un template, un formulaire qui s’appelle le « 8+3 ». C’est-à-dire 8 domaines de reporting que l’on voudrait voir communs sur tous les rapports et 3 optionnels. Actuellement on est en train de faire un essai de ce processus dans 3 pays : le Myanmar, l’Irak et la Somalie. Donc il est vrai que certains work-streams ont déjà des choses très concrètes à montrer. D’autres sont encore dans l’analyse de l’articulation des engagements qui ont été exprimés dans le Grand Bargain. Et puis il faut que l’on voie la cohérence de tout ça.

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