Tribune libre : « J’ai eu les bras bloqués… »

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Rampes de distribution d’eau de l’ONG Solidarités International au Tchad © Solidarités International

Nous publions ce témoignage que nous avons reçu à la suite de la tribune de Pierre Brunet « L’humanitaire est-il encore en mission ? ». Nous vous invitons à participer au débat en envoyant votre point de vue à info.defishumanitaires.com. 

C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu et relu cette tribune de Pierre Brunet, même si je n’ai que peu de mois d’expérience dans l’humanitaire.

J’ai eu pendant 10 ans l’envie de m’investir dans une mission humanitaire, comme pour concrétiser mon engament solidaire au sein d’associations alter mondialistes, dépasser le carcan de l’individualisme et ainsi servir l’« Autre », celui qui a besoin, au maximum de mes possibilités.

Je suis issu d’une formation et d’expériences industrielles : production, logistique, management, efficacité, rentabilité, et… chef de projet !

Quand j’ai entamé mes 1ères formations pour une mission humanitaire, j’ai trouvé les mots qui me manquaient, l’environnement que je cherchais: les objectifs étaient décrits en valeur, en sens, et non en chiffres. C’était une formation dite « générique »…

J’étais destiné à tenir le poste de chef de projet logistique. Lors de la formation dite technique, c’était tout autre : 90 % réservé aux méthodes de reporting et redevabilité bailleurs ! Je devais consacrer au minimum 20 % de mon temps au reporting, tracer le nombre de bénéficiaires, pas leur qualité…. j’ai retrouvé les termes et objectifs que je quittais de mon monde industriel.

Et sur le terrain, ce fut du même acabit : 90 % sur Excel ou mail pour justifier telle ou telle dépense.

Voilà rapidement pourquoi cette tribune a trouvé écho en moi, en ma volonté, mes « audaces » (pour reprendre les termes judicieux de Pierre Brunet). Cette tribune illustre aussi très bien les témoignages de mes proches amis, investis au sein de Solidarités International, CICR, HI, MSF….

Que l’on me comprenne bien : j’ai apprécié m’investir en RDC, ce fût une expérience très enrichissante, à facettes multiples, et je n’en suis pas revenu aigri. Au contraire. Je cherche à repartir, au Yémen par exemple, où la population est plus que très fragilisée et en besoin de soins.

De plus, en tant que logisticien, il me semble nécessaire et incontournable de tracer ses actions et ses dépenses, pour une coordination efficace voire efficiente. Mais j’ai eu les bras bloqués par les enjeux politiques et financiers, et cela ne devrait pas se rencontrer à une telle échelle il me semble.

Oui, je souhaite de me réinvestir dans une mission humanitaire, pas dans un projet logistique !

Cela étant dit, comment et sur quoi agir pour… agir ?

Comment est née cette évolution, évolution qui s’accélère ?

Du développement du réseau et des acteurs, donnant naissance à la compétition et la concurrence ?

Du mode de management des bailleurs, se laissant submerger par les règles du néolibéralisme pour imposer de nouvelles contraintes à l’action ?

Du comportement de quelques-uns, tant au niveau financier qu’humain, qui aurait commencé à jeter quelques discrédits sur l’engagement humanitaire ?

Peut-on tenter de réguler l’action humanitaire, afin de limiter l’effet concurrence et renforcer l’effet solidarité entre les compétences spécifiques ?

Ou faut-il feindre de connaître les lois et règles, et reprendre la marche en brisant nous-mêmes ces barrières pour atteindre l’humain du dernier kilomètre ?!!…

 

Bertrand, lecteur de Défis Humanitaires.