« UNE MÉMOIRE D’INDIENS » DE PIERRE MICHELETTI

Paru aux Éditions Parole. Préface de Jean Furtos.

 

 

Avec son livre “Une mémoire d’Indiens”, Pierre Micheletti nous ouvre une fenêtre sur sa vision d’un monde qu’il a parcouru et qu’il a vu évolué pendant sa vie de french doctor au service de l’humanitaire. Dans un style très différent du récit partagé par Philippe Chabasse dans son ouvrage « Humanitaire, une vie d’actions », l’actuel vice-président d’Action Contre la Faim et ancien président de Médecins du Monde se concentre, avec une profusion de détails, sur ses perceptions des environnements découverts et des personnes croisées, pour déconstruire sa vision du monde et nous faire partager les expériences qui ont contribué à la forger.

 

Une enfance en ZUP après l’indépendance de l’Algérie

Après avoir quitté l’Algérie en 1962 et la mutation de son militaire de père en Polynésie, Pierre Micheletti se retrouve avec sa mère et son frère dans la zone à urbaniser en priorité (ZUP) de Blois, chez sa grand-mère Nini. Son enfance se déroule au cœur d’une époque très particulière, entre les possibilités d’avenirs et de prospérités offertes par les Trente Glorieuses et les tensions d’une France bousculée par la fin de la guerre d’Algérie et l’indépendance avec un millions de français d’Algérie, les pieds-noirs, rapatriés dans l’Hexagone. L’auteur y expérimente ses premières rencontres marquantes, qui vont grandement influencer sa conscience des dynamiques sociales et son ouverture sur le monde.

 

Les rencontres au cœur d’une autobiographie « hypermnésique »

Dans sa préface, Jean Furtos n’aurait pas pu trouver un terme plus adapté que « narrateur hypermnésique » pour qualifier le récit de Pierre Micheletti. La pluralité des personnalités rencontrées, de sa famille à ses patients, de villageois guatémaltèques à des prisonniers politiques emprisonnés à Cuba, nous est présentée à grand renfort d’anecdotes : le médecin adopte un ton modeste où l’Autre occupe une position centrale dans le récit et dans sa vie. Sa grand-mère Nini et son père y sont omniprésents : c’est d’ailleurs en hommage à ce dernier que le livre s’intitule « une mémoire d’Indiens ».

Dans des portraits des grandes figures de son temps, côtoyées au cours de sa vie, l’auteur nous fait également découvrir sa perception de Danielle Mitterrand, de Fidel Castro ou encore sa relation compliquée avec Bernard Kouchner au sein de Médecins du Monde.

 

Un panorama de cultures

En suivant son parcours de globe-trotteur, le lecteur est embarqué dans ses voyages à ses côtés. On voit, à travers ses yeux et ceux des locaux qu’il fréquente, des nouveaux mondes comme si on y était.

Sans jamais imposer sa représentation personnelle, Pierre Micheletti va chercher à dépeindre les milieux où il a vécu de la manière la plus réaliste possible, sans idéalisation ni cynisme. Ses propres idées se confrontent et se heurtent au fil du récit aux réalités de mondes parcourus de tensions sociales et politiques, parfois violents, mais où il tire toujours de ces situations des histoires de belles découvertes et des leçons qu’il intègre à son analyse fine des dynamiques culturelles et politiques mondiales.

 

Très inspirant et sensible, « une mémoire d’Indiens » est le récit de la découverte de l’Autre et du monde à travers les yeux d’un penseur humanitaire à la conscience politique forgée par des expériences fortes, qu’il nous fait le cadeau de partager.

 

Camille Julienne.

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