Alain Boinet – Vous organisez début avril une importante conférence One Health à Lyon, peux-tu nous présenter cet événement, sa raison d’être et ses objectifs.
Benoit Miribel :
Nous sommes partenaire du Secrétariat Général qui organise le Sommet One Health Présidentiel du 7 avril à Lyon. Nous sommes en charge en particulier d’organiser la session Société Civile du 7 avril matin en amont du segment présidentiel qui se tiendra l’après-midi.
Le Secrétariat Général du Sommet One Health est rattaché à l’Elysée à la suite de l’engagement pris par le Président de la République en mai 2025 et s’inscrit dans la continuité des One Planet Summit annuel depuis 2017.
Sur les bases construites par le Forum OSH depuis la pandémie, nous ouvrons à tous les professionnels de la société civile, la possibilité de participer à la construction des recommandations et solutions en lien avec les priorités retenues pour ce Sommet One Health : Maladies Infectieuses, Vecteurs et Résistances Antimicrobiennes (AMR) / Maladies non Transmissibles / Système Alimentaire Durable et Pollutions. Le tout avec des approches transverses sur les Data, la Gouvernance, le Financement etc…
A partir des recommandations du dernier forum « OSH for All Lyon 2025 » que nous avons organisé début novembre dernier à Lyon, nous préparerons actuellement un document collectif de positionnement de la Société Civile sur les enjeux One Health. Il permettra de faire converger une pluralité d’organisations locales et internationales sur les priorités et les recommandations pour organiser les transitions nécessaires.
Alain Boinet – Comment l’action humanitaire s’intègre-t-elle dans le One Health et durant cette conférence.
Benoit Miribel :
La Forum OSH comprend actuellement 10 groupes de travail internationaux dont l’un est consacré à l’approche One Health dans les contextes humanitaires. Ce groupe de travail est copiloté par Davide Ziveri de l’ONG Humanité & Inclusion Belgique avec par Rafael Luis Ruiz de Castaneda et Isabelle Bollon de l’Université de Genève. Ils ont publié l’an dernier un Position Statement avec un Call for Action que l’on peut trouver sur notre site et celui de leur organisation.
Si les organisations humanitaires se sont mises progressivement à intégrer l’enjeu Climat au fil des années, il nous semble important aujourd’hui de pouvoir l’élargir à une approche plus holistique qui puisse prendre en compte l’ensemble du vivant dans les contextes humanitaires comme ailleurs.
Rappelons que le Forum OSH part de la Science pour voir les adaptations nécessaires dans nos Sociétés dans un esprit de Solidarités pour pouvoir accompagner les transitions indispensables face à nos enjeux environnementaux, sanitaires et sociaux.
Alain Boinet – Aurais-tu des exemples de recherche en cours sur le One Health au carrefour de la santé humaine, animale et environnementale ?
Benoit Miribel :
Oui, les exemples ne manquent pas puisque je rappelle que la dynamique du Forum OSH qui s’est lancé depuis Lyon en 2020 depuis la pandémie, c’est de partir de la Science, de ce que nous disent les chercheurs avec cette réalité d’une convergence entre santé humaine, animale et environnementale.

Des progrès sont faits dans le diagnostic, le traitement des données, les marqueurs comme ceux qui permettent de suivre les pollutions chimiques de l’eau etc.. Le microbiome qui passe de la terre à nos intestins via l’alimentation et de mieux en mieux suivi et les chercheurs ont besoin d’avancer sur le croisement du génomique et l’exposomique lié à l’évolution de notre environnement. En tant que membre de la commission environnement du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE) j’ai été co-rapporteur d’un Avis sur les Pollutions Diffuses qui met en avant 16 préconisations, à partir des données scientifiques et de nos pratiques actuelles. Cet Avis peut être téléchargé sur le site du CESE et montre aussi le besoin d’une meilleure coordination entre les différences agences concernées.
Alain Boinet – De même, pour concrétiser ce concept, peux-tu nous donner un exemple de programme en cours de mise en œuvre.
Benoit Miribel :
Parmi les observations du Groupe de Travail 9 du Forum OSH qui porte sur les enjeux One Health dans les contextes humanitaires, la cartographie établie montre que les pratiques One Health sont plus nombreuses dans des projets en cours affichés comme tel. Cela montre une appropriation croissante des pratiques One Health avec un besoin de clarification, de formation et d’harmonisation des bonnes pratiques et standards.
Les exemples de projets en cours ne manquent pas et je peux citer celui qui vise à réduire les risques sanitaires, environnementaux et sociaux liés à l’orpaillage à Kédougou (Sénégal). Il est en phase de co-construction entre partenaires internationaux (Handicap International, GERES, GRPD, Bioforce) et acteurs locaux (KEOH, Université de Ziguinchor, Comité One Health de la Primature, autorités régionales et sectorielles, Parc national de Niokolo-Koba, etc.). Ce projet est en construction avec un processus participatif et cherche encore les financements nécessaires pour sa mise en œuvre. La question du financement pour les approches One Health est prise en compte à l’AFD avec également un soutien affirmé depuis 2023 au développement du Forum OSH, mais il faut que d’autres bailleurs internationaux puissent aussi évoluer pour permettre sur le terrain, la mise en œuvre de programmes véritablement transdisciplinaires.
Sur ce point, l’AFD est en charge d’organiser une session sur les financements One Health à Lyon le 7 avril matin en synergie avec la session Société Civile organisée par le Forum OSH.
Au passage, nous voyons que le Sénégal s’est doté d’un secrétariat One Health au cabinet du 1er ministre qui fait le lien entre les différentes actions à mener. Le ministre de la Santé actuel au Sénégal a fait une grande partie de sa carrière sur les enjeux environnementaux.
On peut citer également l’action de l’association PASO (Colombie) dans les zones d’immigration vénézuélienne avec l’initiative “Mobilizing local networks for climate-driven sustainable development” qui utilise une approche One Health pour renforcer la résilience communautaire par la reforestation, la gestion de l’eau, la production économique durable et la transformation des conflits.
Sur le plan de la recherche, il y a actuellement l’étude “People, Livestock and Climate Crisis” menée par Yushan Li (Université de Genève) dans les camps de réfugiés de Kakuma (Kenya) et de Sayam Forage (Niger). Cette recherche met en lumière les interconnexions entre santé humaine, animale et environnementale, et souligne la nécessité d’interventions humanitaires intégrées.
Face à la réduction des financements internationaux, nous savons que nous devons renforcer nos alliances et mutualiser nos moyens. C’est la Science qui nous démontre que le vivant est interconnecté et nécessite une approche globale. Nous avons besoin d’une verticalité en termes d’expertises mais toujours dans le cadre d’une approche horizontale qui me parait encore manquer d’une façon générale en raison de nos modes d’organisations, souvent en silos.

Les contextes humanitaires et les situations de crises n’échappent pas à cette réalité d’autant que le changement climatique provoque aussi des catastrophes naturelles croissantes. Si le Forum OSH est parti de Lyon en 2020, rappelons qu’il est depuis son origine totalement inscrit dans une dimension internationale, transdisciplinaire, sans frontières avec aujourd’hui l’ensemble des régions du monde connectées sur ces enjeux. Bien plus que nous ici en Europe, les pays qui font face depuis longtemps à de multiples difficultés sur le plan sanitaire, environnemental et social, sont forcés d’avoir une approche plus transdisciplinaire. Si les pays les plus riches ont pu donner des orientations financières depuis des décennies, souvent en fonction de leurs priorités sanitaires, nous voyons de plus en plus le besoin de que cela puisse se faire d’une façon plus concertée. Inutile de rappeler aux lecteurs de Défis Humanitaires, le nombre de personnes qui décèdent par manque d’eau potable, d’assainissement, sous-nutrition ou par une mauvaise alimentation qui fait que 2/3 des obèses se retrouvent aujourd’hui dans des pays en voie de développement avec les maladies qui en découlent. A cela s’ajoute les migrants climatiques, les pollutions diverses avec ses effets sur notre santé et l’environnement.
Alain Boinet – Quelles sont les prochaines étapes et comment souhaites-tu conclure cet entretien.
Benoit Miribel :
Lorsque nous avons appris début 2025 l’intention du Président de la République d’organiser un Sommet One Health Présidentiel, nous lui avons adressé une lettre le 30 avril 2025 pour l’inviter à considérer l’intérêt de le tenir à Lyon dans une synergie public-privé indispensable à une véritable mise en œuvre de projets de type One Sustainable Health (OSH).
Le 3 novembre à l’occasion de la journée mondiale One Health, nous avons pu projeter le message reçu du président E.Macron annonçant officiellement l’organisation du Sommet One Health à Lyon le 7 avril. C’est une reconnaissance pour les professionnels publics et privés engagés depuis la pandémie dans ce Forum OSH que porte la Fondation Une Santé Durable pour Tous, abritée à l’Institut Pasteur.
Après cette phase essentielle de plaidoyer et de recommandations opérationnelles qui nous a mobilisée jusqu’ici, les engagements qui seront annoncés lors du Sommet le 7 avril par les différents Etats invités, seront un soutien important pour la phase de co-construction de projets. A notre échelle, nous l’avons amorcé avec l’ouverture de la Fabrique OSH qui tiendra une journée spéciale le 8 avril au Centre Internationale de Recherche sur le Cancer (CIRC), partenaire du Forum OSH.
Le développement de la Fabrique OSH devrait contribuer à connecter différents professionnels dans une approche sans frontières et transdisciplinaire en faveur du vivant pour construire ensemble des projets en faveur d’une santé durable pour tous !
Documents annexes :
Lettre au Président Emmanuel Macron – 30 avril 2025
Lettre de réponse de Rodrigue FURCY/Chef de Cabinet du Président de la République
Healthy Planet for Healthy Life – OSH Forum – Déc 2025
Fiche de Synthèse – Pollutions Diffuses et Biodiversité – CESE 28 janvier 2026
Benoit Miribel :
Benoit Miribel préside la Fondation Une Santé Durable pour Tous, lancée le 1er septembre 2020 à Lyon et placée depuis le 4 juillet 2024 sous l’égide de l’Institut Pasteur (Paris).
Il est membre du Conseil Economique Social et Environnemental (CESE) depuis mai 2021 au sein duquel il représente le secteur des fonds et fondations par délégation du Centre français des Fonds et Fondations (CFF). Il est membre de la commission Europe et Affaires Internationales ; de la commission Environnement et de la commission Territoires, Agriculture et Alimentation.
Il a présidé le Centre français des Fonds et Fondations (CFF) (2015-2022) dont il est devenu Président d’Honneur.
Il a été auparavant, Directeur Général de la Fondation Mérieux (2007-2017) puis Directeur Santé Publique de l’Institut Mérieux (2018-2020).
Depuis juin 2013, il est Président d’Honneur d’Action contre la Faim (ACF), association qu’il a présidée (2010/2013) et dirigée (2003/2006) après avoir été responsable géographique pour l’Asie du Sud-Est/Afrique Australe et Balkans, puis directeur de la communication et du
développement.
Il a été Directeur Général de l’Institut Bioforce (1997/2002) et a débuté son activité professionnelle au département Développement de l’Aéroport de Lyon (1988/1992).
Il préside la Plateforme Logistique Humanitaire et Solidaire « BIOPORT » dont il est à l’origine ainsi que l’association EARTHWAKE, cofondée avec l’acteur Samuel le Bihan pour le recyclage du plastique.
Il est cofondateur de la revue bilingue Alternatives Humanitaires lancée en 2016, du Forum Espace Humanitaire (FEH) lancé en 2009 et du Groupe de Réflexion Urgence Post-Crise (GRUPC) lancé en 2008. Il est membre du think-tank Santé Mondiale 2030 ; du think-tank Re-Sources (eau-assainissement), de l’Initiative pour l’Avenir des Grands Fleuves (IAGF) ; de l’ONG Friendship (Bangladesh) ; de l’association Lire et Sourire.
Ancien membre du conseil d’administration de European Foundation Center (EFC devenu PHILEA) et de VOICE (réseau européen des ONG humanitaires professionnelles).
Il a présidé le Comité d’Evaluation du Fonds d’Urgence Humanitaire français (2019/2021). Il a été membre du Haut Conseil de la Coopération Internationale (HCCI) jusqu’en 2007 ou il présidait la commission Urgence et Post-Crise.
Il a également été membre de la Commission du Livre Blanc du ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères (2008) et de la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNCDH de 1998-2001 puis 2011-2013).
Il a été auditeur au sein de la promotion Romain Gary (2025) du Collège des Hautes Etudes
Académiques et Diplomatiques (CHEAD-MEAE).
Il est diplômé de l’IEP Lyon et d’un DEA – Relations Internationales (Panthéon Sorbonne).
Chevalier de la Légion d’Honneur (2008).
- https://defishumanitaires.com/2023/12/28/il-ne-faut-pas-que-le-one-health-reste-uniquement-intellectuel-et-rhetorique/
- https://defishumanitaires.com/2023/10/27/lutte-contre-la-resistance-aux-antimicrobiens/
- https://defishumanitaires.com/2021/11/02/comment-lapproche-one-health-peut-contribuer-a-changer-lhumanitaire/


