Santé, une nouvelle initiative pour la mobilisation des acteurs en faveur des hôpitaux

Un jeune enfant opéré du coeur au Centre Cuomo – La Chaîne de l’Espoir

La pandémie de COVID 19 a replacé l’offre de soins parmi les priorités de la communauté internationale et a mis en lumière le rôle crucial des hôpitaux dans la prise en charge des patients.

Si cette crise a notablement moins affecté les pays d’Afrique, de Méditerranée et d’Asie du Sud-Est (voir le bilan de l’OMS le 5 mai 2023 : COVID-19 : le chef de l’OMS déclare la fin de l’urgence sanitaire mondiale | ONU Info (un.org) ), elle a néanmoins mis en évidence la criticité du fonctionnement des hôpitaux, dans tous les pays du globe, et notamment dans ceux  économiquement fragiles.

A Dakar, le Centre Cuomo, centre de chirurgie cardio-pédiatrique créé par la Chaîne de l’Espoir (CDE) en 2017 au sein du CHU Fann, a été particulièrement concerné. Sa réanimation a été réquisitionnée pendant la crise, du fait de la qualité de ses infrastructures, la modernité de ses équipements et la présence de réanimateurs très compétents. Contrepartie de cette réquisition, l’activité de cardiologie a été quasiment mise à l’arrêt pendant dix-huit mois, alors qu’il s’agit du seul établissement de cardio-pédiatrie du Sénégal.

A Kaboul, l’Hôpital français de la mère et l’enfant, IMFE, géré par l’Aga Khan Development Network (AKDN) et la CDE, a également mis une partie de ses activités traditionnelles en sommeil, pour accueillir dans son service de réanimation les patients atteints de COVID, grâce à la qualité de ses équipements et de ses médecins. De multiples autres chirurgies ont été repoussées, mettant la vie de nombreux patients afghans en danger.

Consultation FMIC Afghanistan - 2022 © Oriane Zerah - La Chaîne de l'Espoir
Consultation FMIC Afghanistan – 2022 © Oriane Zerah – La Chaîne de l’Espoir

Des situations particulièrement critiques dans les pays économiquement fragiles

Si les hôpitaux en France connaissent aussi une pénurie de soignants et des budgets insuffisants, dans les pays économiquement faibles, les problèmes sont alarmants. Souvent, les Etats, vulnérabilisés par les crises politiques, les contextes sécuritaires incertains et le manque de moyens financiers et humains, peinent à faire fonctionner un service public incapable de répondre aux besoins de santé d’une population croissante. Les acteurs privés, quant à eux, servent une faible partie de la population, quand beaucoup d’ONG se concentrent sur les questions de santé primaire et les maladies transmissibles. Les crises humanitaires se poursuivent inlassablement (Ukraine, Israël-Palestine, Soudan, …), reléguant les questions de santé de long-terme à l’écart des projecteurs.

Durant les dernières décennies, les financements alloués au secteur de la santé par la communauté internationale  ont ciblé prioritairement les maladies transmissibles et les grandes pandémies. Par exemple, le Fonds mondial de lutte contre le VIH, la tuberculose et le paludisme, créé en 2002, investit plus de 5 milliards de Dollars par an (https://www.theglobalfund.org/fr/about-the-global-fund/ ). Le fonds GAVI, alliance du vaccin, a reçu 37,9 Milliards de Dollars depuis sa création en 2000 (https://focus2030.org/Qui-finance-l-acces-a-la-sante-dans-le-monde.).

Parallèlement en 2015, le journal le Lancet faisait paraître une étude (https://els-jbs-prod-cdn.jbs.elsevierhealth.com/pb/assets/raw/lancet/stories/commissions/Global_Surgery_execsum_French-1437661469833.pdf ) alertant sur le fait que « 5 milliards de personnes n’ont pas accès à des soins chirurgicaux et anesthésiques sûrs et abordables quand nécessaire. Cet accès est le plus limité dans les pays à revenu faible et les pays à revenu intermédiaire inférieur où 9 personnes sur 10 n’ont pas accès à des soins chirurgicaux de base ».

Comme le met en évidence le Think tank Santé mondiale 2030 dans son « Bilan de la santé des deux dernières décennies dans le monde » (https://santemondiale2030.fr/nouvelle-publication-deux-decennies-de-mutations-de-la-sante-dans-le-monde-document-diagnostic/), les pays à revenu limité subissent un « double fardeau » (maladies infectieuses et maladies non-transmissibles) allié à une démographie toujours pénalisante, un manque cruel de personnels soignants, un accès inégal aux médicaments et un fort manque d’investissement dans la santé.

De surcroît, les effets du changement climatique sur la santé (pollution de l’air, résistance aux antimicrobiens, sécheresse) accroissent la nécessité de s’attaquer aux déterminants environnementaux de la santé. L’empreinte climatique du secteur de la santé ne cesse d’augmenter, représentant 4 à 6 % des émissions mondiales de carbone. Alors que la plupart de ces émissions proviennent de pays à revenu élevé, les pays dits « du Sud » en subissent principalement les conséquences. Cette crise climatique modifie donc le cadre d’intervention des acteurs et nous engage, nous, ONG médicales, à soutenir la transformation des systèmes de santé vers des trajectoires résilientes, durables, et pauvres en carbone.

Mission foraine hôpital de Klouèkanmé, Bénin, 2021 © Pascal Deloche_Godong

Comment les acteurs de santé doivent-ils penser les hôpitaux de demain ?

C’est autour de cette question que se sont retrouvés fin 2023 l’Agence Française de Développement (AFD), le Geneva Sustainability Center (GSC), et l’AKDN, rapidement rejoints par deux ONG européennes, Climate Action Accelerator et la Chaîne de l’Espoir, respectivement actives dans l’adaptation des pratiques des organisations au changement climatique, et dans la formation des équipes hospitalières dans les pays « du Sud ». Ces différentes organisations souhaitent désormais interpeller une large communauté d’acteurs de la santé, en particulier les ONG médicales, les organisations internationales, les bailleurs de fonds, pour réfléchir ensemble à ces questions cruciales pour la santé de millions d’êtres humains.

Dans le cadre d’un groupe de travail ad hoc constitué début 2024, nous travaillons à la manière de relever les nouveaux défis que nous identifions, et notamment : l’accélération de la transition épidémiologique et le traitement des maladies non transmissibles, qui nécessiteront des investissements en infrastructures et en capital humain ; une nouvelle approche des soins,  centrée sur le patient, passant par un dialogue continu entre les différents niveaux de la pyramide sanitaire ; le manque de ressources humaines en santé, leur nécessaire formation en plus grand nombre et la rétention des personnels formés dans leurs établissements ; l’amélioration de la gouvernance des hôpitaux et le renforcement des compétences à tous niveaux ;  la contrainte de ressources financières limitées qui suppose de poser un nouveau modèle d’allocation des fonds.

Conférence de Genève – 6 juin 2024 – Geneva Sustainability Center

Agir tous ensemble au travers d’une nouvelle initiative

Notre initiative, The future of hospitals and their health systems in low-resource settings (A collaborative initiative for people, places, and planet) a ainsi été lancée  à Genève le 6 juin dernier, réunissant 280 personnes en format hybride autour des questions de ressources humaines, de résilience climatique et de financement des hôpitaux. Notre journée a été introduite par les interventions remarquées du Dr Gijs Walraven et du Pr Karl Blanchet. Notre initiative a pour objet la création d’une plateforme réunissant professionnels et acteurs de l’écosystème hospitalier afin de construire un espace d’échanges, produire des connaissances sur les futurs modèles hospitaliers, et soutenir un programme de transformation au niveau politique, en ligne avec les recommandations de l’OMS.

Notre prochaine rencontre se tiendra en ligne et sur place à Rio le 11 septembre, lors du congrès mondial des hôpitaux organisé par l’IFF (https://worldhospitalcongress.org/ ), et portera sur la qualité des soins. Rejoignez-nous !

Nathalie De Sousa Santos

ndesousa@chainedelespoir.org

Comité de pilotage du projet:

AFD : Camille Perreand, Yara El Eleywa Le Corff, Christophe Saint Martin

Geneva Sustainability Center: Sonia Roschnik, Sylvia Basterrechea, Renzo Costa

AKDN: Zeenat Sulaiman

Climate Action Accelerator: Alexandre Robert

Chaîne de l’Espoir: Nathalie De Sousa Santos

 

Nathalie De Sousa Santos travaille depuis 1993 dans le secteur de la solidarité internationale, après quelques années dans l’audit financier.

D’abord volontaire avec MSF au Rwanda et en Tanzanie pendant le génocide rwandais, cette expérience marquante l’amène à s’engager au sein des ONG.

Elle intègre alors l’ONG Partage avec les Enfants du Monde, où elle monte la Direction des programmes et s’implique dans la création de partenariats sur des problématiques d’éducation. Depuis 2012, elle travaille à la Chaîne de l’Espoir dont elle est la Directrice Générale Adjointe, en charge des opérations. Son intérêt porte en particulier sur les questions de coopération hospitalière. A ce titre, elle est administratrice de l’Hôpital Mère Enfant Dominique Ouattara de Bingerville en Côte d’Ivoire et de l’Hôpital Français de la mère et de l’Enfant à Kaboul. Elle a aussi été à plusieurs reprises administratrice du F3E depuis 20 ans.

PS/ Merci de votre soutien (faireundon) à Défis Humanitaires.

Je vous invite à lire ces article publiés dans l’édition :

Ukraine : reportage, témoignages et dangers.

Soudan : le bord du précipice ?

Le barrage de la discorde du Nil : Entre la renaissance et la ruine

 

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