«Iran. Nous demandons aux dirigeants politiques de l’Union européenne d’œuvrer à la libération d’Olivier Vandecasteele.», publiée dans Libération le 19 janvier.


Olivier Vandecasteele, travailleur humanitaire chevronné et respecté, est aujourd’hui pris dans les mailles enchevêtrées d’un filet complexe.
Cette toile d’araignée le retient dans un lieu désormais inconnu. Il a été condamné pour un total cumulé de 40 ans de prison pour « espionnage contre la République islamique d’Iran au profit d’un service de renseignement étranger« , « coopération avec un gouvernement hostile, les États-Unis, contre la République islamique d’Iran« . Il a été également été condamné à 74 coups de fouet.

Les tractations pour obtenir sa libération contre celle de M. Assadollah Assadi ont été brusquement interrompues. La Cour Constitutionnelle ayant demandé une suspension du traité d’échange de prisonniers avec l’Iran en attendant de rendre un avis définitif. L’ancien diplomate est accusé d’avoir œuvré à préparer un attentat contre un groupe d’opposition politique Iranien, en France.

Cette décision de la Cour est intervenue alors que depuis quelques mois se répand une violente dégradation de la situation politique et sociale en Iran.

Des considérations juridiques de politique intérieure en Belgique, et l’isolement du régime iranien, rendent ainsi plus ardue encore toute tractation entre les deux Etats.

L’emprisonnement d’Olivier Vandecasteele s’en prend à l’image symbolique qu’il incarne en tant que professionnel de l’humanitaire.

Mais sa situation constitue d’abord et surtout un déni de justice que viennent de rappeler des experts du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU.

Les conditions de son incarcération, les périodes de disparition forcée dans des lieux de détention inconnus, l’absence de procès équitable devant un tribunal indépendant, les périodes de mauvais traitement « violent le Droit international » estiment les juristes.

Dans un tel contexte, et eu égard au profil d’Olivier Vandecasteele, l’Union Européenne – 2ème financeur mondial de l’aide humanitaire internationale – a un rôle déterminant à jouer pour sortir de l’impasse de négociations bloquées. Elle se doit de s’engager et d’apporter son soutien actif à l’Etat belge pour permettre de sortir d’un statut quo qui devient gravement préjudiciable à l’état de santé de ce professionnel. En Afghanistan comme en Iran ces dernières années, il a démontré ses qualités humaines et sa capacité à évoluer dans des environnements politiques et culturels parfois très sensibles. L’une des premières avancées auxquelles l’UE pourra contribuer sera d’obtenir la possibilité d’un contact avec une équipe médicale indépendante. Un bilan médical approfondi, dans un contexte de dégradation manifeste de son état de santé, et de sortie de grève de la faim, revêt une importance cruciale pour la sécurité d’Olivier Vandecasteele.

Des réalités fondent une telle légitimité à agir au profit d’un acteur humanitaire retenu contre sa volonté :
– Au paroxysme de l’épidémie de Covid 19, en 2020, et malgré les risques potentiels de sanctions de la part des Etats-Unis d’Amérique, l’UE a fait parvenir 20 millions d’euros d’aide d’urgence à la population iranienne.
– En 2022, 11 millions d’euros ont été attribué à des programmes humanitaires au profit des plus démunis.

L’Union européenne n’est pas indifférente à la situation de la population en Iran.
Elle ne saurait l’être à l’égard de celles et ceux qui sont les acteurs de sa solidarité internationale et qui la mettent en œuvre !

Il ne s’agit pas d’exercer un quelconque et discutable chantage à l’aide humanitaire de la part de l’UE. Mais de revendiquer que les projets de solidarité qu’elle permet de déployer traduisent sa capacité à maintenir une forme de dialogue avec l’Iran. Ce dialogue offre la possibilité d’infléchir les postures des autorités iraniennes qui mettent en péril la santé physique et mentale d’Olivier Vandecasteele.

C’est le sens de la mobilisation sans équivoque des 37 organisations internationales qui, – situation rare – n’ont pas hésité à s’exprimer collectivement pour dire leur volonté de voir la diplomatie européenne agir concrètement et efficacement.

Si Olivier n’est pas libéré d’ici-là, le prochain Forum Humanitaire Européen (FHE) – qui se tiendra à Bruxelles en mars 2023 – offrira l’occasion aux organisations humanitaires, avec l’accord de sa famille, d’interpeler à nouveau l’Union européenne sur le sort d’Olivier Vandecasteele.

Toutes les voix issues de la société civile européenne peuvent contribuer à rendre puissante cette interpellation !

Tribune parue dans le journal Libération, le 19 janvier. 

Liste des signataires :

  1. Accion Contra el Hambre, Espagne, José Luis Maldonado, Président
  2. ActionAid International, Ana Alcalde, Directrice des programmes et plaidoyer internationaux
  3. Action Contre la Faim – France, Pierre Micheletti, Président
  4. ADRA Germany, Christian Molke, Directeur Exécutif
  5. Aktion gegen den Hunger, Allemagne, Cornelia Richter, Présidente
  6. Arbeiter-Samariter-Bund Allemagne e.V., Edith Wallmeier, Membre du Comité exécutif
  7. Avocats Sans Frontières, Chantal van Cutsem, Directrice générale
  8. Bioforce, Bernard Sinou, Président
  9. CARE Nederland – Reintje van Haeringen, Directeur général
  10. Caritas Czech Republic, Jakub Licka, Secrétaire général
  11. Christian Aid Ireland, Rev Dr Liz Hughes, Présidente
  12. Congodorpen, Jos Van Steenwinkel, Président
  13. COOPI – Cooperazione Internazionale, Claudio Ceravolo, Président
  14. Coordination Sud, Olivier Bruyeron, Président
  15. EU-CORD, Ruth Faber, Directrice exécutive
  16. Finn Church Aid, Mr Tomi Järvinen, Directeur exécutif
  17. Handicap International / Humanity & Inclusion, Manuel Patrouillard, Directeur général
  18. Initiatives et changement, Marina Benedik, Directrice générale
  19. International Rescue Committee, Harlem Désir, Vice-Président pour l’Europe
  20. La Chaîne de l’Espoir, Anouchka Finker, Directrice générale
  21. LM International, Isabella Olsson, Directrice plaidoyer
  22. Médecins du Monde – Allemagne, François De Keersmaeker, Directeur Executif
  23. Médecins du Monde – Belgique, Claire Bourgeois, Présidente
  24. Médecins du Monde – France, Florence Rigal, Présidente
  25. Médecins du Monde – Grèce, Chara Tziouvara, Présidente
  26. Médecins du Monde – Suisse, Dominik Schmid, Président
  27. Oxfam België/Belgique, Eva Smets, Directrice exécutive
  28. People in Need (PIN), Simon Panek, Directeur exécutif
  29. Première Urgence Internationale, Vincent Basquin, Président
  30. Solidarités internationale, Antoine Peigney, Président
  31. SOS Méditerranée, François Thomas, Président
  32. Terre des Hommes, Fédération internationale, Valérie Ceccherini, Secrétaire générale
  33. Triangle Génération Humanitaire, Véronique Valty, Présidente
  34. VOICE, Dominic Crowley, President
  35. Welthungerhilfe, Mathias Mogge, Directeur exécutif
  36. ZOA, Pays-Bas, Edwin Visser, Membre du Comité Exécutif