Une conférence très attendue !

La 4ème Conférence Nationale Humanitaire (CNH) aura lieu le 22 mars à Paris au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères sous la présidence de Jean-Yves Le Drian. Cette CNH ne sera ni un point de  départ, ni d’ailleurs un point d’arrivée, mais une nouvelle étape dans la relation que l’Etat entretient avec l’humanitaire et ses acteurs. Historiquement, les ONG humanitaires françaises sont nées et se sont développées dans les zones de crise indépendamment de l’Etat qui poursuivait de son côté ses missions régaliennes centrées sur la coopération et le développement. Son aide humanitaire a trop longtemps été réduite et au coup par coup.

Alors, est-ce que c’est en train de changer ? Afin de mettre en perspective cette 4ème CNH, il faut constater qu’elle  procède d’un parcours,  d’une longue  gestation depuis une dizaine d’année et que cette nouvelle conférence peut être le moment d’un bilan et d’un changement.

« Tout a commencé au printemps 2008 ».  

Rappelons brièvement  que tout a commencé au printemps 2008  par une lettre ouverte au ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Lettre publiée dans la revue « Humanitaire », elle invitait l’Etat et les ONG humanitaires à entrer dans l’ère de la concertation et du partenariat, chacun dans son rôle. Il s’en est suivi un Rapport que le ministre nous a demandé et que nous avons réalisé avec Benoit Miribel, en lien avec tous les acteurs humanitaires. Rapport que nous avons remis en mars 2010 au ministre, non sans avoir demandé dès l’origine une présentation publique de celui-ci.

Ce rapport proposait notamment l’organisation régulière d’une Conférence Nationale Humanitaire (CNH) qui s’est réunie une première fois  en novembre 2011. Il proposait également la mise en place d’un Groupe de Concertation Humanitaire (GCH) ONG-Etat et d’une stratégie Humanitaire de la République Française (SHRF). Trois Gouvernements et quatre ministres plus tard, cela est maintenant acté durablement et nous voilà peut-être à la veille d’une autre étape.

Est-il nécessaire de dire l’obstination et l’activisme qui ont été nécessaires pour avancer et parvenir jusque-là !  Soyons aussi lucides et honnêtes. L’implication des directeurs successifs du Centre de Crise et de Soutien du Quai d’Orsay a été essentielle pour progresser. L’accord d’Alain Juppé, confirmé ensuite par Laurent Fabius, a traduit un véritable changement de logiciel au sein de l’Etat vis-à-vis de l’humanitaire et de ses acteurs non gouvernementaux. Jean-Yves Le Drian reconnaissait il y a quelques jours que l’humanitaire était un « acteur central » des crises.

Le dernier déclic.

De graves crises ont effectivement sérieusement fait réfléchir, que ce soit  au Mali et en RCA quand les décideurs politique français se sont retrouvés démunis dans les domaines humanitaire et de la reconstruction à des moments critiques. Le dernier déclic a été celui du 1er Sommet Humanitaire Mondial en mai 2016 à Istanbul et du processus du Grand Bargain où la France a pris conscience de la nécessité d’être à la hauteur de ses responsabilités vis-à-vis des autres pays membres de l’OCDE.

Aujourd’hui, les ONG humanitaires reçoivent pour l’action qu’elle réalise des dons de particuliers et  le soutien de nombreux Etats et institutions. Il est légitime et indispensable que la France soit un partenaire à la hauteur de ses responsabilités, dans le respect de ce que sont les principes d’indépendance au service de l’impartialité des secours pour les acteurs humanitaires.

Alors que nous réserve cette 4ème CNH ? Une nouvelle stratégie 2018-2022, des engagements en matière de droit international humanitaire, des moyens financiers accrus, des partenariats articulés, des intentions de concrétiser le lien entre urgence humanitaire et développement, une articulation  avec les acteurs locaux légitimes, fiables et compétents ? Nous verrons le 22 mars !

En effet, Il est plus que temps de changer d’échelle humanitaire face à la crise syrienne qui n’en finit pas et se régionalise dangereusement, face à un Sahel explosif, face aux drames du Yémen, des Rohingyas du Myanmar, des populations du nord Nigéria et de l’Afghanistan qui n’en finit pas de la guerre !  L’humanitaire ne peut pas tout régler, mais ce que l’on doit attendre de lui c’est que les secours soient à la hauteur des souffrances et que l’on accompagne efficacement les populations à sortir des crises et à reprendre en main leur destin.

Alain Boinet.