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Auteur :
Antoine Vaccaro
01/10/2025
Une dynamique silencieuse mais massive

Saint Martin partageant son manteau : un symbole de don et de solidarité. Aujourd’hui, cette image invite à réfléchir à la manière dont la transmission du patrimoine peut servir l’intérêt collectif.
Depuis vingt ans, la France connaît une transformation silencieuse mais majeure : celle de la transmission patrimoniale.
Entre 2000 et 2020, on peut estimer que 2 600 à 3 000 milliards d’euros ont été transmis par héritages et donations.
En 2022, selon les données de France Générosités[1], les legs et donations caritatives s’élevaient à 1,271 milliard d’euros, soit un peu moins de 0,7 % des transmissions globales cette année-là.
Hypothèse : si ce ratio de 0,7 % est resté relativement stable au cours des deux décennies précédentes, alors les legs et donations aux associations, fondations et Églises auraient représenté sur la période environ 20 milliards d’euros. Une somme importante en valeur absolue, mais marginale au regard du volume global transmis.
Les travaux récents de Jérôme Fourquet et Marie Gariazzo Sylvain Manternach, publiés par la Fondation Jean-Jaurès[2], annoncent une « grande transmission » inédite : près de 9 000 milliards d’euros de patrimoine devraient changer de mains d’ici 2040, principalement des baby-boomers vers leurs héritiers. Une masse patrimoniale qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire contemporaine de notre pays.
Si la part de 0,7 % restait inchangée, cela représenterait environ 63 milliards d’euros pour les associations et fondations sur vingt ans. Autrement dit, un triplement par rapport aux vingt années passées. C’est considérable, mais c’est encore très peu rapporté au total transmis.
Nous avons tenté l’exercice de projection, un pari sans doute risqué, mais nécessaire pour visualiser l’enjeu. Le graphique ci-dessous présente une répartition plausible de cette transmission vers les organisations d’intérêt général, en tenant compte de la dynamique démographique : 30 % des patrimoines transmis entre 2022 et 2031, puis 70 % entre 2032 et 2041. Cette hypothèse non linéaire reflète l’accélération inévitable des décès de la génération baby-boom et la concentration du patrimoine sur les deux prochaines décennies.
Ce scénario conduit à une montée en puissance progressive des flux, passant de 1,271 milliard d’euros pour les organisations d’intérêt général en 2022 à plus de 2 milliards par an en début des années 2030, puis au-delà de 4 milliards à l’horizon 2040.

Cette projection dessine un paysage contrasté. D’un côté, une ressource prévisible et en forte croissance. De l’autre, une part relative toujours marginale. L’enjeu pour les acteurs de l’intérêt général est donc double : capter leur part de cette transmission et, plus encore, convaincre que le legs n’est pas un geste secondaire, mais un véritable choix de société.
Car au-delà des chiffres, la question est existentielle : quelle part de notre patrimoine collectif voulons-nous consacrer à l’avenir commun ? Les défis humanitaires, sanitaires, sociaux et environnementaux exigent des moyens accrus. Les legs peuvent devenir l’un des leviers majeurs de ce financement si un effort de pédagogie, de confiance et de reconnaissance est accompli.
Pour y parvenir, plusieurs conditions sont nécessaires :
La « grande transmission » n’est pas qu’un phénomène démographique. C’est un rendez-vous culturel et politique, au sens noble du terme : celui de l’allocation de nos richesses collectives entre intérêts privés et bien commun.
En 2040, il sera trop tard pour constater que l’opportunité a été manquée. C’est aujourd’hui qu’il faut agir pour que la part de l’intérêt général dans les successions ne soit pas condamnée à rester marginale. Faire du legs un réflexe, c’est préparer un avenir où nos solidarités seront à la hauteur des défis.
[1] https://www.francegenerosites.org/chiffres-cles/
[2] https://www.jean-jaures.org/publication/la-roue-de-la-fortune-constitution-et-transmission-des-patrimoines-dans-la-france-contemporaine/
Nous vous invitons à découvrir les autres articles de cette édition n°105 :

Antoine Vaccaro
Titulaire d’un doctorat en science des organisations. Après un parcours professionnel dans de grandes organisations non gouvernementales et groupe de communication : Fondation de France, Médecins du Monde, TBWA ; il préside le CerPhi et Force for Good. Administrateur au sein d’associations et de fondations.Co-Fondateur de plusieurs organismes professionnels : Association Française des Fundraisers, Comité de la Charte de déontologie des organismes faisant appel à la générosité publique, Euconsult, La chaire de Philanthropie de l’Essec. Investisseur chez Heoh, Qu’est ce qui tourne ? My Quick Win. Il a publié divers ouvrages et articles sur la philanthropie et le fund-raising.

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