
02/09/2026
Des liens qui unissent
Alain Boinet nous parle de l'actualité à Narva en Estonie, en prévision de la Conférence Nationale Humanitaire (CNH).
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Auteur :
Alain Boinet
01/07/2026
© UNICEF/Ibarra Sánchez – Un garçon de 5 ans marche dans des bâtiments détruits à Majdal Zoun, dans le sud du Liban.
Cela fait 18 mois que le « tsunami financier humanitaire » s’est abattu sur nous entrainant un bouleversement profond des secours et des organisations. Chacun s’adapte et tous cherche un nouveau modèle. Dans ses articles, entretiens, reportages, Défis Humanitaires entend contribuer activement à l’information, la compréhension, au débat et à la recherche d’alternative pour que vive l’humanitaire.
Que nous disent les chiffres clés ?
ALNAP est un réseau d’ONG humanitaires internationales et nationales qui vient de publier un très intéressant Rapport 2026 (1) sur l’aide humanitaire mondiale. Je ne retiendrai que quelques chiffres et indications qui donne une idée précise de la situation.
L’aide humanitaire internationale a diminué d’un tiers depuis 2023 et le risque existe que fragmentation et divergence entre acteurs compromettent l’aide elle-même.
Parmi les chiffres clés, retenons que :
La question est maintenant de savoir quel sera le degré de diminution des financements en 2026 et 2027 ! Poursuite de la baisse ou stabilisation ?

La Commission européenne s’engage.
Tous les acteurs bougent et se repositionnent. C’est particulièrement le cas de L’union européenne qui est un partenaire majeur qui prend plus d’importance dans ce contexte.
Dans un document (2) publié le 27 mai 2026, elle a adressé une communication au Parlement européen et au Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement des pays membres. Texte intitulé « Défendre les valeurs, impulser la réforme, produire des résultats : l’action humanitaire de l’Union européenne dans un ordre mondial en mutation ».
On appréciera la formule « ordre mondial en mutation » entre la guerre en Ukraine et celle en Iran et au Moyen-Orient.
Dans ce document foisonnant de constats, d’engagements et d’actions clés, j’ai sélectionné quelques points qui donnent le ton et la tendance. Celui-ci est structuré autour de trois piliers : protéger, performer, partenariat.


Aller au-delà des pistes identifiées jusqu’aux causes de la crise !
La diversité des acteurs appelle naturellement une diversité de pistes et de solutions adaptables à chacun. C’est un préalable à l’échelle de l’écosystème.
Nous avons déjà ici comme ailleurs évoqué ces pistes et ces solutions, qu’il s’agisse de diminution des coûts, de mutualisation, d’innovation, de coordination, voire de fusion entre ONG, du secteur privé, des donateurs individuels. Nous n’y reviendrons pas ici aujourd’hui car cela est connu et engagé dans diverses proportions au sein des organisations humanitaires. Nous suivrons ces initiatives pour nos lecteurs comme nous le faisons dans cette édition avec deux articles sur la mutualisation avec hulo.
Mais il est d’une grande importance de comprendre le changement d’époque que nous vivons pour appréhender toute rupture stratégique pour l’humanitaire. Nous avons vécu depuis les années 1980 quatre grandes périodes dans les relations internationales et l’action humanitaire.
La guerre froide dans les années 1980 et la naissance de l’humanitaire moderne. 1 – La période 1989-2001 avec la chute du Mur de Berlin et de l’URSS suivie de l’éclatement qui en a résulté en Yougoslavie et ailleurs. 2 – Le basculement dans la guerre contre le terrorisme déclenché par l’attentat d’Al-Qaïda contre le World Trade Center le 11 septembre 2001 et les guerres désastreuses en Irak et en Afghanistan. Et puis la rupture avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 22 févier 2022 et la 1ère élection de Donald Trump. Cette rupture opérée par Donald Trump s’est trouvée amplifiée en janvier 2025 après sa seconde élection. Au-delà des foucades de ce président, c’est d’un changement stratégique profond et durable dont il s’agit.

Le constat essentiel à retenir est que l’aide humanitaire qui n’a cessée de progresser et de s’organiser depuis 1980 et durant 45 ans, vient de connaître en 2025 un coup d’arrêt massif et un reflux comme si sa nécessité était devenue marginale sinon inutile dans le monde d’aujourd’hui. La diminution accélérée de l’aide publique à l’aide humanitaire et au développement (APD) n’est pas une erreur ou un accident. Elle résulte de décision politique motivée par les changements de priorité et d’agenda. En avons-nous compris toutes les raisons et en avons-nous tiré toutes les leçons ?
La situation en France est grave quand Coordination Sud nous alerte que le gouvernement a bloqué les crédits attribués de 75 organisations d’aide pour un montant de 61,6 millions d’euros ! Ou en sommes-nous ? Comment croire en la parole de l’Etat. Je crains que notre pays soit gravement malade de sa dette et que les caisses soient vides !
Le document de la Commission européenne indique que nous dénombrons aujourd’hui 130 conflits dans le monde, soit plus du double du nombre enregistré il y a 15 ans et ils représentent environ 70% des besoins humanitaires mondiaux.
La logique infernale dans laquelle nous entrons, c’est que face à une augmentation des conflits et des besoins humanitaires des populations en danger, il est répondu par une diminution drastique des moyens ! Comment penser que cela n’entrainera pas une extension des conflits, un plus grand nombre de victimes et des effets collatéraux pour tous si on ne soigne pas le mal à la racine, tant sur le plan géopolitique pour chercher à circonscrire les crises que sur le plan humanitaire pour limiter la casse humaine et apporter l’espoir de s’en sortir. Poursuivre dans cette voie serait non seulement une faute morale mais une erreur politique et géopolitique.
Si les efforts de défense sont indispensables pour protéger notre liberté, notre indépendance et notre souveraineté dans un monde dangereux, comment comprendre la baisse drastique de l’aide humanitaire et au développement qui ne représente qu’une infime partie des budgets militaires. Cela donne l’impression que l’on ne sait pas équilibrer des priorités complémentaires.
D’ailleurs, les opinions publiques ne s’y trompent pas. Rappelons que l’étude de l’IFOP (3) dans les 7 pays membres du G 7 a fait apparaître que 64% de leurs habitants estiment que ce qui se passe dans les pays en développement ou dans les urgences humanitaires pourra avoir un impact important sur leur vie. C’est pour cela que la coopération internationale atteint 75% (66% en France). Et l’opinion publique demande à être mieux informé ! Avis aux acteurs humanitaires !

Et pour conclure.
La commissaire Hadja Lahbib en charge de l’aide humanitaire pour la Commission européenne a récemment publié une tribune bien venue intitulée « La diplomatie humanitaire ne peut plus être reléguée en marge de la politique internationale ». La réalité c’est que ce sont les populations en danger qui sont reléguées dans l’oubli !
Nous, humanitaires devons non seulement poursuivre notre action comme nous le montre dans cette édition Triangle Génération Humanitaire (TGH) à Birao en Centrafrique. Nous devons de surcroit adapter notre communication et démontrer pourquoi et comment cette aide est indispensable, efficace et bien gérée et qu’elle a des conséquences positives pour nous tous. Je parle ici de politique humanitaire et pas d’idéologie.
J’irai plus loin en m’adressant aux souverainistes de gauche comme de droite. La défense légitime de son pays, et cela est vrai partout pour tout pays, est compatible avec les secours en coopération avec des populations d’autres pays dans le malheur. C’est même la responsabilité et l’honneur de ces pays !
Alain Boinet.
Notes de bas de page :
Découvrez les autres articles de cette édition :

Alain Boinet
Fondateur
Fondateur de l’association Solidarités International et du site Défis Humanitaires, Alain Boinet a réalisé depuis 1980 de nombreuses missions dans des pays en crise. Il est par ailleurs membre d’honneur du Conseil d’administration de Solidarités International, membre du Groupe de Concertation Humanitaire auprès du Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères et de son Centre de Crise et de Soutien. Il est administrateur du Partenariat Français pour l’Eau (PFE), de la Fondation Véolia, du Think tank (re)sources.

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