Tour d’horizon humanitaire dans la géopolitique à 360 degrés

WHO, GAZA, Une femme aide une fillette très amaigrie par la faim à enfiler ses vêtements.

Pour cette rentrée, je vous propose un tour d’horizon à 360 degrés de la situation humanitaire et géopolitique.

Pour cela, nous avons fait appel à des acteurs de premier plan dont chacune des contributions est une étape introduisant la suivante.

Dans un contexte si troublé, nous avons invité Bernard Kouchner à évaluer le chemin parcouru et à envisager l’avenir. Co fondateur de Médecins Sans Frontières et de Médecins du Monde, ancien ministre de la Santé puis des Affaires étrangères, son témoignage est précieux.

La lucidité d’abord, quand il constate la mise en cause des droits humains, de la démocratie et de l’Europe, l’affaiblissement institutionnel de l’humanitaire et la renaissance des Empires autoritaires agressifs.

Mobilisation ensuite avec son soutien à l’Ukraine, affirmation de la nécessité de s’armer face au risque de guerre en Europe et son appel « Arrêtons la guerre de Gaza » où la famine est utilisée comme arme de guerre.

Sa conviction enfin, « continuons de croire à l’humanitaire » et face à l’argent qui manque, innovons, inventons et poursuivons l’aide humanitaire et au développement. La flamme est toujours là malgré les revers !

Réinventer l’humanitaire.

Il a lui-même intitulé son entretien « les années glorieuses » ! Transition toute trouvée avec l’article suivant d’Olivier Routeau, directeur des opérations de Première Urgence Internationale, qui qualifie les trente dernières années comme « l’âge d’or de l’humanitaire » !

Avec beaucoup de perspicacité, il identifie trois motifs principaux à ce reflux de l’aide humanitaire des Etats. D’abord la fin d’une période continue de prospérité (trente Glorieuses), ensuite le retour de la guerre de haute intensité en Europe qui mobilise l’attention et les ressources et enfin, l’humanitaire lointain faisant place à un humanitaire de proximité.

« Le logiciel a changé » nous dit Olivier Routeau. C’ est aussi sur le plan des idées que se joue l’avenir de l’humanitaire. Ses propositions : sanctuariser les fondamentaux, sauvegarder les capacités, élargir la capacité d’action en faisant le pari de la réinvention portée par l’engagement et le témoignage.

Sauver des vies.

Formation damage control, ©La Chaine de l’Espoir

Réinventer l’humanitaire chaque jour sur le terrain, c’est le reportage d’Anouchka Finker, directrice générale de La Chaine de l’Espoir, sur sa mission en Ukraine. Arrivée à Kyiv sous une pluie de drones et de missiles russes, nous sommes avec elle aux côtés de Polina, de Mykhailo, chirurgiens avec des équipes qui se dépensent sans compter pour sauver des vies.

De cette mission qui vient d’avoir lieu, trois priorités vitales s’imposent. Former des chirurgiens au « damage Control » c’est-à-dire à la stabilisation des blessés au front et leur transfert organisé à l’arrière, éviter infection et amputation en soignant mieux et plus vite et, enfin, remettre en service le matériel hospitalier disponible grâce à la formation des techniciens.

C’est la mission de La Chaîne de l’Espoir qui a déjà formé 270 chirurgiens ukrainiens avec le Professeur François Pons, bénévole, ancien militaire et directeur de l’Ecole du Val-de-Grâce. On peut être bénévole et hautement qualifié et efficace.

Après Bernard Kouchner et Olivier Routeau, Anouchka Finker nous montre à nouveau que l’action humanitaire en partenariat sur le terrain reste le cœur du métier pour sauver des vies et promouvoir l’espoir.

Anticiper les crises.

A ce stade de notre tour d’horizon à 360 degrés, l’humanitaire se doit aussi de mieux anticiper, de plus se projeter dans un monde en confrontation croissante. C’est l’exercice auquel s’est livré Pierre Brunet en lisant pour nous « Le monde à venir vu par la CIA ». Ce rapprochement inattendu peut surprendre ! Mais la prospective humanitaire peut s’alimenter aux multiples sources de la réflexion géopolitique.

Après avoir rappelé que ce rapport se plaçait du point de vue des intérêts américains et que les manques constatés, comme le changement climatique, en disait long sur la nouvelle administration Trump, l’auteur a sélectionné pour nous une série de menaces à considérer du point de vue humanitaire : croissance des organisations criminelles, trafic d’êtres humains, risque terroriste toujours présent (ISIS Khorasan, bande sahélo-saharienne), menace sur les routes d’approvisionnement et les chaînes logistiques, risques sur les infrastructures critiques, vulnérabilités des systèmes d’information. Le rapport insiste aussi sur le risque Syrien de confrontation interne.

S’agissant de la guerre en Ukraine, l’analyse anticipe que « Plus la guerre durera en Ukraine, plus l’Ukraine perdra… ». Analyse à rapprocher des déclarations du général Thierry Burkhard, ancien chef d’état-major des armées français quand il dit craindre « que la Russie soit capable de tenir 5 minutes de plus que nous » ! Dont acte !

Comme le dit Pierre Brunet pour conclure « les humanitaires n’échappent à aucun péril, et devront agir, ou se réinventer, pour conserver leur utilité ». C’est dit.

L’humanitaire dans la géopolitique avec Gérard Chaliand.

Syrie du nord-est, Amuda à 2 km de la frontière Turque, de droite à gauche : Patrice Franceschi, Khaled Issa, Bernard Kouchner, Gérard Chaliand, Alain Boinet et leur protection rapprochée.

Notre tour d’horizon à 360 degrés se poursuit dans cet éditorial avec Gérard Chaliand qui vient de nous quitter le 20 août au terme d’une vie intense. En hommage d’amitié et de reconnaissance pour son immense apport à la géopolitique et à la compréhension des peuples et des guerres, nous republions ici un entretien paru dans Défis Humanitaires et qui reste d’une grande actualité pour comprendre notre histoire contemporaine et les dynamiques à l’œuvre dans le monde.

Qu’il s’agisse du rôle du nationalisme dans la décolonisation, des conséquences dramatiques de l’absence de culture historique chez les dirigeants, de la démographie comme facteur de puissance mais qui emporte également tous les efforts économiques en Afrique, du programme des Etats-Unis de repousser l’ex-URSS aux frontières de l’ancienne Russie, de la conviction de Donald Trump que l’essence des relations internationales réside d’abord dans les rapports de force et non dans la coopération ou le multilatéralisme.

Quant à l’action humanitaire, Gérard Chaliand pensait à raison qu’elle aurait fort à faire tant le nombre de crises était en croissance et tant le désordre, loin de diminuer, était au contraire en train de se développer.

Il est étrange que les Etats coupent précisément dans leur budget humanitaire et de développement maintenant au moment où l’aide internationale n’aura jamais été si nécessaire. L’histoire retiendra que cela aura été une grave erreur même si d’autres priorités doivent mobiliser des efforts considérables pour défendre la liberté, la souveraineté, l’indépendance. Mais ceci est complémentaire et pas contradictoire.

Avoir les idées claires.

C’est le général Thierry Burkhard (Libération jeudi 28 août 2025) qui constate que « …de l’Ukraine à Gaza en passant par le Soudan, l’emploi de la force devient l’outil de règlement des différents » et que la France comme tous les pays d’Europe doivent prendre des risques face aux dangers qui menacent.

source OTAN ©LCI

Pour faire face à l’adversité qui grandit et menace, encore faut-il en être conscient et être prêt à y faire face. Or, il apparaît que le contexte géopolitique dangereux que nous vivons est très peu, voire pas pris en compte du tout dans les priorités des responsables politiques, comme si nous vivions sur une ile perdue à l’écart du reste du monde.

De plus, une étude récente de l’IFOP avec Jérôme Fourquet sur « les Français et le civisme » montre que 84% de nos concitoyens constate un repli individualiste et une indifférence croissante envers la chose publique et simultanément qu’une grande majorité de nos

concitoyens affiche un attachement fort aux symboles nationaux et à leur transmission. Le « vivre ensemble » et les « valeurs de la République » s’incarnent dans un pays avec son peuple, son histoire et son avenir.

Mobilisons-nous avec Défis Humanitaires.

Enfin, pour boucler ce tour d’horizon de la rentrée, nous vous invitons à lire les témoignages d’acteurs majeurs qui avec Cyprien Fabre salue la passion et la ténacité de Défis Humanitaires, Alexia Tafanelli décrit la revue comme un espace vivant, un catalyseur d’idées, un moteur de solidarité. Comme le dit Benoit Miribel « L’action humanitaire reste un défi. Il nous fallait une revue telle que Défis Humanitaires » qui est lue par tous à Triangle Génération Humanitaire selon Stanislas Bonnet, son directeur.

La chute des financements humanitaires et leurs funestes conséquences, le climat de tension extrême qui règne dans les relations internationales, le drame humain de Gaza, la guerre à nos portes en Ukraine valident plus que jamais la mission de notre revue Défis Humanitaires qui doit s’adapter à ce changement d’époque et se réinventer.

Pour relever ce défi, nous avons besoin de vos conseils, de vos suggestions, de vos propositions et plus que jamais de votre soutien personnel. Ecrivez-nous à contact@defishumanitaires.com et soutenez nous dès aujourd’hui (faireundon). Un grand merci. Nous vous en reparlerons dans l’édition du mois d’octobre.

Je vous souhaite une bonne lecture des articles de cette édition que je viens de vous présenter en vous remerciant de les partager autour de vous.

Alain Boinet.

Première Urgence interntionale

La Chaîne de l’espoir

 

Je vous invite à lire ces articles publiés dans l’édition :

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