L’initiative du Groupe de travail Eau ou GT WASH.

Dans les situations d’urgence, les organisations humanitaires doivent d’abord répondre aux besoins essentiels des population en danger : boire, manger, être abrité et soigné.
L’accès à l’eau potable et à l’assainissement est l’un des 17 Objectifs de Développement Durable (2015-2030) des Nations-Unies avec son Objectif 6 dédié à l’eau et à ses 20 cibles relatives à la gestion de l’eau. Or, cet agenda est très en retard par rapport à l’objectif d’accès universel à l’eau potable en 2030, dans 5 ans !
En effet, aujourd’hui, 2 milliards d’êtres humains n’ont pas un accès à l’eau potable, 3,5 milliards de personnes n’ont pas accès à un assainissement digne de ce nom. Si des progrès ont été réalisés, nous constatons avec inquiétude un recul pour les populations des pays de l’Afrique sub-saharienne et dans la moitié urbaine du monde peu développé !
L’aide humanitaire doit répondre aux besoins essentiels en eau potable et assainissement dans les situations les plus dangereuses pour les populations face aux guerres, aux catastrophes et aux épidémies et dans les conditions d’accès des secours les plus difficiles.
Aujourd’hui, du Yémen à la RDC, de Gaza au Soudan, ce sont 771 millions de personnes qui n’ont pas accès à l’eau potable et 1,69 milliard qui n’ont pas accès à l’assainissement.
Afin de gagner en efficacité, les acteurs humanitaires de l’eau en France se sont regroupés au sein d’un Groupe de travail Eau, le GT Wash, en lien étroit avec les dispositifs internationaux, pour mieux répondre à l’urgence des besoins pour « sauver des vies ».
- Importance de l’eau et de l’assainissement dans l’action humanitaire.
L’accès à l’eau potable et à l’assainissement est une priorité essentielle de l’action humanitaire. Dans les contextes de crise – qu’ils soient liés à des conflits, des catastrophes naturelles, des épidémies entrainant des déplacements massifs de population – l’eau potable est indispensable chaque jour et permet d’éviter les maladies hydriques comme le choléra.
Pourtant, les ressources allouées restent largement insuffisantes. En 2024, les besoins humanitaires mondiaux ont été estimés par les Nations-Unies (OCHA) à 44,7 milliards de dollars, dont 3 milliards spécifiquement pour les besoins en eau, hygiène et assainissement

Or, seuls 30 % de ces besoins pour l’eau potable ont été couverts par les financements, et ce taux chute à 4 % en moyenne sur la dernière décennie. Ces chiffres illustrent une réalité alarmante : l’un des besoins les plus vitaux est aussi l’un des moins financés.
Pendant ce temps, les États-Unis assuraient à eux seuls 42 % du financement humanitaire global jusqu’au début 2025, soulignant la dépendance du secteur à un nombre restreint de bailleurs et l’urgence d’une diversification des sources de financement.
Sans systèmes d’assainissement adéquats, les risques de maladies hydriques comme le choléra ou la dysenterie explosent et provoquent une mortalité élevée, notamment chez les enfants de moins de 5 ans.
L’eau et l’assainissement ne sont pas seulement des besoins essentiels, mais bien des conditions préalables à toute réponse humanitaire efficace, permettant de « sauver des vies », stabiliser les conditions d’existence des populations en danger et relancer le développement dès que cela est possible.
Pour autant l’aide humanitaire en eau, assainissement et hygiène est sous financé.
- La réponse d’un Groupe de travail EAU (GT WASH), son intérêt et ses membres.
Dans ce contexte de crise et d’urgence, les acteurs humanitaires de l’eau en France se sont regroupés dans un Groupe de travail Eau/WAS. Celui-ci constitue une plateforme essentielle de dialogue, de coordination et d’innovation pour les acteurs humanitaires du secteur Eau, Assainissement et Hygiène.
Composé d’une cinquantaine de membres, principalement des ONG, mais aussi des entreprises, fondations, micro-entreprises de consultants et centres de formation, le GT réunit en moyenne une quinzaine de participants lors de ses réunions trimestrielles.
Le GT est présidé par David Poinard (Fondation Veolia) et coordonné par Solène Pradat-Paz, chargée de mission au Partenariat Français pour l’Eau (PFE). Il bénéficie de l’appui du secrétariat du PFE ainsi que de l’équipe de la Fondation Veolia. Ce fonctionnement collaboratif garantit une continuité et une organisation suivie des travaux, tout en assurant une représentation active dans les instances internationales : le PFE est membre à la fois du Global WASH Cluster (GWC), où il relaie les informations entre la coordination mondiale du cluster et le GT WASH, et de la WASH Road Map (WRM), où il porte l’initiative 8 dédiée au plaidoyer humanitaire.
Lors de la réunion du 13 juin 2025, plusieurs enjeux majeurs ont été abordés, notamment la restructuration du système onusien (« humanitarian reset »), le maintien des fonctions clés du cluster WASH, les partenariats avec le secteur privé ou encore la gouvernance à venir via les plateformes pays. À cette occasion, Baptiste Lecuyot (Solidarités International), membre du SAG du GWC, a présenté les priorités 2025 du cluster global Eau.
Le GT EAH/WASH s’inscrit également dans une démarche d’innovation continue, amorcée depuis 2023, lors des Ateliers de la WASH Humanitaire (https://defishumanitaires.com/2025/02/25/ateliers-wash-de-lhumanitaire-2025/), axés sur les thématiques déchets, énergie et eau. Suite à ces échanges, ACF (Action Contre la Faim) et le PFE vont lancer dès septembre 2025 une série de webinaires techniques, bilingues (français-anglais), organisés aux dates des réunions du Groupe de travail pour approfondir des sujets spécifiques avec des experts (dessalement, osmose inverse, pompage solaire, circularité, réduction des déchets, etc.). Cette démarche vise à renforcer les capacités techniques des acteurs humanitaires et à encourager les échanges intersectoriels.
Parmi les initiatives marquantes partagées, le programme Right2Grow, mené dans six pays (Ouganda, Éthiopie, Sud Soudan, Mali, Burkina Faso, Bangladesh) avec l’appui du ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas, a été présenté par ACF. Il met l’accent sur le renforcement de la société civile, la localisation de l’action, la budgétisation participative et la redevabilité des autorités en matière d’eau et de nutrition. L’approche est résolument adaptative, inclusive, et centrée sur les communautés. Un catalogue d’apprentissage de 300 pages, compilant cinq années d’expérience, a été publié et vise à favoriser la réplicabilité du programme dans d’autres contextes.

Enfin, le GT WASH valorise les initiatives de dissémination sectorielle, comme le Emergency Environmental Health Forum (EEHF), seule conférence entièrement dédiée au lien entre WASH et santé humanitaire, ou encore la création du WASH Hub (porté par la German Toilet Organization), une plateforme de ressources, formations et expertises WASH incluant une composante IA (WASH IA, développée par Baobabtech). Des événements internationaux sont également à l’agenda des membres du GT, comme le Colloque “Droit à l’eau potable” (8-9 juillet à Toulouse) ou la Semaine mondiale de l’eau à Stockholm (24-28 août), avec des sessions spécifiques dédiées à l’eau potable et à l’assainissement humanitaire.
Le GT WASH, en tant que plateforme de coordination et d’innovation, joue un rôle déterminant pour accompagner et renforcer cette dynamique collective. En effet, les échanges et actions s’inscrivent pleinement dans les objectifs et les priorités portés par la seconde version de la WASH Road Map (en cours de finalisation), qui structure le plaidoyer pour répondre aux enjeux humanitaires croissants en Eau, Assainissement et Hygiène.
3. Le plaidoyer de la seconde version Wash Road Map ( en prévision des prochaines échéances internationale sur l’eau, notamment en 2026 aux Nations-Unies ) .
Ainsi, des acteurs humanitaires se sont réunis pour concevoir et mettre en oeuvre l’Appel à l’Action 2025 de la WASHRoadMap. Cette initiative répond à l’augmentation croissante des besoins humanitaires en Eau, Assainissement et Hygiène (EAH), exacerbés par les conflits prolongés, le dérèglement climatique et la politisation croissante de l’aide. Coordonnée par l’initiative « Plaidoyer & Financement » de la WRM, cette dynamique collective est portée par ACF, le Partenariat Français pour l’Eau (PFE) et l’UNICEF (secrétariat assuré par ACF), avec le soutien de 20 membres engagés – parmi lesquels des ONG internationales, des agences onusiennes, des institutions académiques et des représentants de plusieurs pays – et un fonds d’amorçage soutenu par la Suisse (SDC). Le nombre de signataires de l’Appel ne cesse de croître, atteignant 230 organisations, avec à ce jour 4 États membres, dont la France.

Structurée autour de quatre grands axes – gestion des connaissances, développement des capacités, coordination et partenariats, mobilisation des ressources – la WASH road map vise à adapter la réponse EAH aux défis auxquels nous faisons face. Elle constitue le socle du Call to Action 2025, un appel renouvelé qui prend en compte l’évolution de l’écosystème humanitaire mondial, les baisses inquiétantes des financements, ainsi que les avancées nécessaires en matière de gouvernance mondiale de l’eau. L’Appel à l’action (CTA) 2025 maintient un cap clair, articulé autour de cinq messages prioritaires :
- Réaffirmer le respect des principes humanitaires par tous les acteurs ;
- Accroître le soutien au secteur EAH avec une attention particulière aux besoins humanitaires ;
- Cibler de manière systématique les efforts EAH vers les zones où les risques et besoins des populations sont les plus critiques ;
- Appeler à la mise en œuvre effective du droit international humanitaire (DIH), notamment la protection des infrastructures et du personnel EAH ;
- Renforcer et pérenniser la gouvernance mondiale de l’eau, afin de garantir la durabilité des réponses et l’atteinte de l’ODD 6 pour l’accès universel à l’eau potable en 2030.

À travers cet Appel à l’action ou Call to Action 2025, les signataires appellent les gouvernements à endosser et promouvoir cette démarche stratégique. Il s’agit notamment :
- de cibler les interventions vers les populations vivant dans les situations de fragilité, de conflit et de violence (FCV), souvent laissées pour compte dans les politiques publiques et les agendas internationaux ;
- d’augmenter les financements dédiés à l’EAH humanitaire pour garantir des réponses rapides, suffisantes et durables;
- de construire des services résilients, capables de résister aux crises multiples, en renforçant la collaboration entre humanitaires et acteurs du développement ;
- de protéger activement les infrastructures et les personnels EAH, conformément à la résolution 2573 (2021) du Conseil de sécurité de l’ONU ;
- et enfin, de soutenir l’action de l’Envoyée spécial des Nations Unies pour l’eau, afin d’ancrer durablement l’eau dans l’agenda politique mondial et de préparer efficacement la Conférence des Nations Unies sur l’eau de 2026 dans le cadre des Objectifs de Développement Durable (2015-2030) .

L’Appel à l’action/Call to action 2025 a pour ambition d’être lancé dès le 9 juillet à l’ONU à New York, lancé avec le Global WASH Cluster Strategic Advisory Group (SAG), ayant pour objectif d’accroître le nombre de signataires – notamment des pays du Sud, d’aligner les stratégies de plaidoyer des acteurs de l’EAH (y compris le GWC), et de garantir un financement pérenne pour l’initiative de plaidoyer WRM.
Le Call To Action 2025 n’est donc pas un simple outil technique. Il incarne une mobilisation collective en faveur d’un engagement international fort, coordonné et inclusif, condition indispensable pour faire face à la crise mondiale de l’eau et bâtir des services EAH capables de protéger durablement la vie, la santé et la dignité des populations les plus vulnérables.
Conclusion.
Face à la hausse des besoins humanitaires des populations en danger dans le monde. Face à la baisse inquiétante des financements pour l’aide humanitaire et le développement, les acteurs humanitaires de l’eau doivent se mobiliser pour faire de la Conférence mondiale des Nations-Unies en décembre 2026 à New-York un moment de remobilisation et d’initiative.
La meilleure manière de préparer cette Conférence et de réagir face à la baisse des financements est bien de se coaliser pour stimuler la synergie, l’innovation, la mutualisation pour faire mieux. C’est ce que fait le Groupe de travail Eau, le GT WASH.
Esther de Montchalin.
Esther de Montchalin est étudiante en master de Science politique, parcours Développement et action humanitaires, à Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Elle est l’assistante actuelle du fondateur de Solidarités International, et Défis Huamanitaires, Mr. Alain Boinet.
Particulièrement intéressée par les questions de santé mondiale, l’accès à l’eau et la lutte contre la malnutrition, elle consacre ses recherches aux grands enjeux humanitaires contemporains et aux défis que rencontrent les populations vulnérables dans les contextes de crise.
Je vous invite à lire ces articles publiés dans l’édition :
Pour aller plus loin :
WASH Cluster | Global WASH Cluster
