
02/09/2026
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Auteur :
Salomée Languille
05/10/2026
COP17 à Oulan-Bator : des résultats prometteurs pour la lutte contre la désertification, et surtout de l’espoir

Le mois dernier s’est tenue en Mongolie la 17ème Conférence des Parties (COP) sur la lutte contre la désertification. Du 17 au 28 août, des représentants des 197 signataires de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD) se sont ainsi réunis aux côtés de représentants politiques, d’acteurs de la société civile, de la jeunesse, de peuples autochtones, d’acteurs privés, de scientifiques et d’agriculteurs ou éleveurs locaux, afin d’échanger autour du thème « Restaurer les terres. Restaurer l’espoir ».
Quelle place pour la désertification dans les discussions sur le réchauffement climatique ?
Ces échanges étaient organisés et accueillis à Oulan-Bator (capitale de la Mongolie), et ce choix s’en trouve d’autant plus symbolique. Cet État figure en effet parmi les plus touchés par la baisse voire la perte totale de productivité des terres arides, semi-arides et subhumides. Causé par l’érosion des sols due au vent et à l’eau, par le réchauffement climatique ou la disparition progressive de la végétation naturelle, ce phénomène est étroitement lié aux activités humaines. Surpâturage, monoculture, déforestation… autant de pratiques aux conséquences dramatiques sur les écosystèmes et les moyens de subsistance des populations, qui appellent ainsi à repenser nos modèles traditionnels et construire une forme de résilience. En Mongolie, près de 77% des terres sont d’ores-et-déjà dégradées. Un chiffre inquiétant qui a peu de chance de diminuer, notamment en raison des sécheresses accrues, des évènements climatiques extrêmes et des pertes massives de bétail qui fragilisent depuis plusieurs années les systèmes alimentaires et les économies rurales à travers le pays.

Au total, la baisse progressive de productivité mongole, plus largement celle de l’Asie centrale, ajoutée à celles de la région sahélo-saharienne et de l’Amérique du Sud, affecte 376 millions de personnes à travers le globe. Les Nations Unies estiment également que 135 millions de personnes pourraient subir des déplacements directement causés par la désertification d’ici 2045. Tandis que 40% des sols de notre planète sont sujets à cette dégradation et que 100 millions d’hectares de terres saines sont perdus chaque année, soit l’équivalent de l’Égypte. Un sixième des ressources nutritives mondiales repose toujours sur les pâturages à eux seuls. Pour parvenir à une résilience des sols, une sécurité alimentaire et une stabilité socio-économique (lesquels interagissent de façon étroite), il nous faut penser des solutions globales.
Dans un communiqué de presse annonçant la tenue de la COP17 en février 2026, la Secrétaire exécutive de la CNULCD, Yasmine Fouad, déclarait ainsi :
« Les terres constituent notre infrastructure la plus essentielle : elles soutiennent la sécurité alimentaire, l’eau, les moyens de subsistance et la stabilité. Lorsque les terres se dégradent, l’insécurité progresse – à travers la perte de moyens de subsistance, les déplacements forcés et l’intensification de la concurrence pour des ressources rares. Avec la COP17 de la CNULCD, la Mongolie adresse au monde un message puissant : restaurer les terres, restaurer l’espoir n’est pas seulement un programme environnemental, mais une priorité de développement et de résilience.»
Née à l’issue du Sommet de la Terre de Rio en 1992, cette COP biennale possède ses pendants « biodiversité » et « changements climatiques » – la dernière étant davantage connue car au croisement de nombreux enjeux, et se tenant chaque année. Mais s’agissant des investissements en termes de réponse au changement climatique, la terre et l’eau demeurent néanmoins des domaines largement sous-financés.

En première ligne, la Mongolie s’impose ainsi à la tête des échanges de cette année visant à sensibiliser sur l’importance de ces questions et à développer des solutions innovantes. Douze jours durant, de nombreux ateliers et conférences ont permis un dialogue entre acteurs d’horizons variés autour de possibles financements, de politiques publiques, d’avancées technologiques et d’outils. Au programme : des journées thématiques sur la finance, l’eau, les interactions sols-populations, ainsi que sur les systèmes alimentaires et la santé des sols. Le kit d’information destiné aux médias établit notamment 4 axes principaux :
Une édition symbolique et chapeautée par la Mongolie
La COP17 se déroule d’ailleurs en parallèle d’une initiative majeure portée par la Mongolie : « L’Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux » chaperonnée, par l’ONU, et portant un focus régional et local sur les écosystèmes (pour en savoir plus : 2026 Home | International Year of Rangelands and Pastoralists Initiative). Cet enjeu impacte particulièrement le pays, où le pastoralisme joue un rôle majeur dans l’économie et s’impose encore comme mode de vie prédominant. Lors de l’ouverture de la conférence, le Président mongol déclarait : « Ce dont nous avons le plus urgemment besoin, ce sont des ressources, des financements, des technologies et d’un environnement institutionnel pour transformer ces engagements en résultats concrets ». Donnant le ton pour les deux semaines à venir, il a également montré l’exemple. Depuis 2021, son gouvernement a multiplié les projets précurseurs. En tête de file, on retrouve notamment la campagne nationale baptisée « Un milliard d’arbres » qui, comme son nom l’indique, prévoit la plantation d’une quantité considérable de « saksaouls » adaptés aux déserts sableux, d’ici 2030. Autre innovation marquante, un système d’alerte pour anticiper les tempêtes de sable et de poussière a également été développé au sein du pays. L’État a par ailleurs travaillé auprès de la jeunesse comme du milieu des affaires en engageant des dialogues nationaux tels que le forum “Youth4Land” ou la « Businnes4Land Initiative », qui cherche à accélérer l’action du secteur privé en faveur d’une gestion durable des sols.

Cette édition 2026 a par ailleurs cherché à renouveler les espaces d’échanges sous des formes innovantes et inclusives. Une « zone verte » accessible au grand public a ainsi été ouverte afin d’élargir le panel d’interlocuteurs et a accueilli plus de 400 évènements. En marge de la COP17, s’est aussi tenu un forum réunissant les maires de 30 pays participants. À l’issue de cette rencontre, la création d’un réseau de villes situées dans des zones arides ou à climat extrême sous un délai de 90 jours a notamment été actée.
Un succès remarquable dans la lignée de projets innovants
Si le contexte actuel de crise financière au sein de l’écosystème humanitaire laissait peu d’espoir quant à la mobilisation d’investissements, la COP17 s’est pourtant soldée par un succès. Les participants se sont accordés sur 1,3 milliard de dollars de financements répartis dans 23 pays et sur cinq continents, dont 644,5 millions ont été identifiés comme nouveaux. De grands projets structurants ont également été présentés, dont le mégaprojet de la « Muraille verte de Chine » qui prévoit la plantation de milliards d’arbres sur plusieurs dizaines d’années, dans le but d’endiguer la progression des déserts.
Ce projet fait écho à d’autres initiatives majeures mises en place ces dernières années. On pense naturellement à l’Initiative de La Grande Muraille Verte (IGMV) dans la région sahélo-saharienne lancée en 2005 et approuvée deux ans plus tard par l’Union Africaine. Au cœur de ce projet, on retrouve un kaléidoscope d’activités appuyées et financées par des acteurs variés, cherchant à restaurer un objectif de 100 millions d’hectares de terres dégradées, retenir 250 millions de tonnes de carbone et générer une dizaine de millions d’emplois verts d’ici l’horizon 2030. Longue de 8.000 km, cette muraille végétale dépasse le simple cadre de la reforestation et fait preuve d’innovation, en ce qu’elle prend en compte des enjeux croisés. Non seulement fondée autour d’une volonté de préserver l’environnement et rendre aux sols leur richesse, elle articule à cette démarche une perspective de sécurité alimentaire et de création d’emplois à travers onze pays différents.

Au Sahel, l’avancée du désert, les sécheresses accrues et le réchauffement climatique exercent des pressions considérables sur les ressources et les écosystèmes. Ce contexte en constante aggravation favorise ainsi une compétition croissante entre les populations locales, et plus particulièrement entre communautés agro-pastorales et d’éleveurs. En raison d’un accès limité à l’eau et aux terres arables, ces tensions alimentent l’instabilité sécuritaire dans la région : précarisées, ces populations sont ainsi des cibles de choix pour les groupes armés djihadistes qui pratiquent le recrutement forcé ou instrumentalisent leurs affinités communautaires pour rallier les populations locales à leur cause. C’est notamment le cas dans la zone W-Arly-Pendjari à la frontière entre Burkina Faso, Niger et Bénin (pour en savoir plus, consultez l’article sur le sujet paru dans Défis Humanitaires au mois de mai : Sahel, extension de la crise vers le sud et émergence de nouveaux fronts djihadistes : plongée au cœur du complexe W-Arly-Pendjari). Préserver et restaurer les sols, c’est donc aussi endiguer les situations de conflit et prévenir d’éventuelles crises humanitaires additionnelles.
D’autres innovations impulsées par divers organismes sont également notables. Dans le cadre de son « Action contre la désertification », la Food and Agriculture Organization (FAO) des Nations Unies a conçu un nouvel outil adapté aux terres dégradées sahéliennes : la charrue Delfino. Sa particularité est qu’elle permet de retourner les sols endommagés à plus de 50 cm de profondeur, sur 15 à 20 hectares par jour. Introduite au Burkina Faso, au Niger, au Nigeria et au Sénégal, celle-ci « creuse de larges sillons en forme de demi-lune dans lesquels on peut immédiatement semer et planter. Elle permet ainsi de collecter dix fois plus d’eau de pluie et de rendre le sol plus perméable qu’avec la méthode traditionnelle, et éreintante, qui consiste à creuser à la main ». Cette initiative est également englobée dans le mégaprojet de l’IGMV.

De l’autre côté de l’Océan Atlantique, le Fonds vert pour le climat (FIDA) et la Banque du développement du Brésil ont eux aussi lancé leur propre initiative. Ces organismes encouragent la pratique de l’agroforesterie dans la région aride du Sertão. Cette technique possède de nombreux atouts qui optimisent le rendement, réduisent les coûts et limitent l’usage de produits néfastes pour l’environnement. Prés-vergers, plantations de noyers, bocages, pré-bois… l’association d’arbres, de cultures et même parfois d’animaux sur une même parcelle favorise l’alimentation en eau et minéraux par le biais du système racinaire, limite la fuite des nitrates en profondeur et donc la pollution des nappes phréatiques, mais décuple aussi la fertilité du sol à travers la biomasse créée par les feuilles tombées au sol. Certaines espèces permettent également d’alimenter en azote les cultures, réduisant drastiquement la pertinence des intrants de synthèse.

Ainsi, les méthodes novatrices pour ralentir voire inverser le processus de dégradation des sols se multiplient depuis des années. Adoptant différents objectifs, financements et formes, elles proposent des solutions à un problème mondial qui ne cesse de s’aggraver et pourrait être la cause de nombreux déplacements forcés, crises humanitaires coûteuses et dégâts irréversibles pour l’environnement. À l’heure où l’aide au développement et les financements publics pour l’humanitaire se raréfient au profit de priorités sécuritaires, les accomplissements et les promesses tirés de la COP17 à Oulan-Bator sont une lueur d’espoir dans la tourmente. Les États et le secteur privé prennent progressivement conscience de l’importance des enjeux liés aux sols et à l’eau, mais aussi de leurs intérêts propres à investir dans leur conservation. Pour l’année à venir, il s’agit désormais de transformer l’essai et de mettre en œuvre les mesures prises au sommet.
Salomée Languille.
Documents annexes :

Salomée Languille
Spécialisée en gestion des risques géopolitiques et environnementaux et co-fondatrice du Laboratoire d’Etudes Géopolitiques pour la Mémoire (LEGEM), Salomée achève actuellement un Master 2 à l’Institut Français de Géopolitique (IFG). Dirigée par Alican Tayla, elle rédige en 2025 un mémoire de recherche sur le conflit du Sahara Occidental pour lequel elle effectue un terrain d’un mois à Rabat. Sous la tutelle d’Alain Boinet, elle réalise désormais un stage auprès de Défis Humanitaires pour une durée de 6 mois, dans le cadre duquel elle assure notamment des missions de veille de crise, de documentation et de communication – en particulier concernant l’édition et la publication de la revue.

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