Stratégie nationale de sécurité des États-Unis :

« Fini l’idéalisme utopique ; place au réalisme pur et dur »

Couverture de la stratégie de sécurité national des Etats Unis d’Amérique 2025

Le 5 décembre dernier, l’administration américaine a publié un document qui a fait grand bruit, intitulé « Stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique ». S’il a occupé les médias pour ses considérations vis-à-vis de l’Europe, ce texte mérite d’être examiné à travers ses axes et priorités choisis, ses conséquences et ses ambiguïtés. En introduction de cette stratégie, le président américain signe un bilan laudatif de son action, où rien ne semble avoir échoué (pourtant, si l’on ne prend que les « huit conflits violents » qu’il dit avoir réglé, la reprise des affrontements entre le Cambodge et la Thaïlande, ou le conflit à l’est de la RDC qui perdure contredisent son succès). Puis il explique que « Ce document est une feuille de route destinée à garantir que l’Amérique reste la nation la plus grande et la plus prospère de l’histoire de l’humanité, ainsi que le berceau de la liberté sur terre ». Le président américain, lequel est abondamment cité dans le texte, assume d’emblée une forme de « nationalisme impérial ».

Quels sont les points à retenir, parmi les nombreux abordés dans ce document ?

Choisir et hiérarchiser

L’administration américaine ne prétend plus à « tout embrasser et mal étreindre » et s’encombrer d’idéologies comme, selon elle, les précédentes. Elle veut répondre à la question « Que voulons-nous ? », et, partant, choisir ses priorités, définir les moyens en cohérence, et agir avec un « réalisme flexible » pour un seul objectif « La protection des intérêts nationaux vitaux et fondamentaux » et faire en sorte que « les États-Unis restent le pays le plus fort, le plus riche, le plus puissant et le plus prospère du monde pendant les décennies à venir ».  Le pragmatisme d’un crédo simple « America first ».

Ce pragmatisme a amené l’administration Trump à couper la plupart des financements humanitaires début 2025, en appliquant à l’avance les termes de cette stratégie nationale de sécurité : « Se concentrer et établir des priorités, c’est faire des choix, c’est reconnaître que tout n’a pas la même importance pour tout le monde. Cela ne signifie pas pour autant que certains peuples, certaines régions ou certains pays sont intrinsèquement sans importance. Les États-Unis sont à tous égards la nation la plus généreuse de l’histoire, mais nous ne pouvons pas nous permettre d’accorder la même attention à toutes les régions et à tous les problèmes du monde ». A bien y réfléchir, la baisse des financements humanitaires amorcée dans beaucoup de pays avant la décision américaine n’est-elle pas aussi une traduction non déclarée de ce même type de choix ?

Une hégémonie qui dit ne pas vouloir dominer le monde… ni changer les différences  

Le président Donald Trump, accompagné du secrétaire à la Guerre Pete Hegseth, du secrétaire d’État Marco Rubio et du secrétaire à la Marine John Phelan, annonce le projet de création d’une « flotte dorée » composée de nouveaux cuirassés de la marine américaine, le lundi 22 décembre 2025, au Mar-a-Lago Club de Palm Beach, en Floride. ©Maison Blanche  / Daniel Torok

« Après la fin de la guerre froide, les élites de la politique étrangère américaine se sont convaincues que la domination permanente des États-Unis sur le reste du monde était dans le meilleur intérêt de notre pays. Pourtant, les affaires des autres pays ne nous concernent que si leurs activités menacent directement nos intérêts » ; plus de domination ? Mais une puissance militaire, économique et technologique écrasante permettant la suprématie américaine jusqu’à la fin du siècle… Un usage affirmé du « soft power inégalé des États-Unis » qui permet aux USA d’exercer « une influence positive dans le monde entier qui sert nos intérêts » mais « tout en respectant les religions, les cultures et les systèmes de gouvernance différents des autres pays ». Ailleurs : «… cela imposera d’abandonner l’expérience malavisée des Etats-Unis qui consiste à harceler ces pays, en particulier les monarchies du Golfe, pour qu’ils renoncent à leurs traditions et à leurs formes historiques de gouvernement. Nous devrions encourager et applaudir les réformes lorsqu’elles émergent spontanément, sans essayer de les imposer de l’extérieur ».  Ambiguïtés ? Plutôt « réalisme flexible » : laisser fonctionner les régimes « non libéraux » si leurs intérêts convergent avec ceux des Etats-Unis. Plus de « régime change » cher aux néoconservateurs des années 1990-2000… Mais on comprend aussi que cette reconnaissance de la diversité des États et des civilisations permet de légitimer la reconnaissance et la défense des valeurs « civilisationnelles » de l’Amérique et de l’Occident.

L’état-nation avant les instances internationales

Au-delà, la stratégie affirme une prééminence sans nuance – et un retour – de l’état-nation » : « L’unité politique fondamentale du monde est et restera l’État-nation. Il est naturel et juste que toutes les nations fassent passer leurs intérêts en premier et protègent leur souveraineté. Le monde fonctionne mieux lorsque les nations donnent la priorité à leurs intérêts. Les États-Unis feront passer leurs propres intérêts en premier et, dans leurs relations avec les autres nations, les encourageront à faire de même. Nous défendons les droits souverains des nations, nous nous opposons aux incursions des organisations transnationales les plus intrusives qui sapent la souveraineté, et nous soutenons la réforme de ces institutions afin qu’elles favorisent plutôt qu’elles n’entravent la souveraineté individuelle et qu’elles servent les intérêts américains ». Dans un monde redevenu multipolaire, les USA délaissent le multilatéral au profit des relations bilatérales… En position de force.

L’ère de l’immigration massive est terminée

Sans surprise, l’administration américaine grave dans le marbre sa politique « d’arrêt » de l’accueil des flux migratoires, et surtout prévient : « Dans tous les pays du monde, la migration de masse a mis à rude épreuve les ressources nationales, accru la violence et la criminalité, affaibli la cohésion sociale, faussé les marchés du travail et compromis la sécurité nationale. L’ère de l’immigration massive doit prendre fin ». Quelle issue pour les « Caminantes » d’Amérique Latine ?

Le président Donald Trump participe à la remise de la médaille mexicaine de la défense des frontières, le lundi 15 décembre 2025, dans le bureau ovale. ©Maison Blanche / Daniel Torok)

Atlas ne veut plus porter le monde

« L’époque où les États-Unis soutenaient à eux seuls l’ordre mondial comme Atlas est révolue ». C’est clair ; conséquences ? Le transfert de charge aux alliés, et notamment les pays de l’OTAN, à qui il est demandé de consacrer 5 % de leur PIB à la défense. Au-delà, favoriser « les partenariats ciblés qui utilisent des outils économiques pour harmoniser les incitations, partager les charges avec des alliés partageant les mêmes idées ». Atlas porte moins mais reste à la barre… et utilise à l’occasion l’arme des taxes pour stimuler les bonnes volontés.

La doctrine Monroe[1] au défi du corolaire Trump  

« …les États-Unis réaffirmeront et appliqueront la doctrine Monroe afin de restaurer la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental et de protéger notre territoire et notre accès à des zones géographiques clés dans toute la région ».  Le « corolaire Trump » est précisée clairement : « Nous empêcherons les concurrents non hémisphériques de positionner des forces ou d’autres capacités menaçantes, ou de posséder ou contrôler des actifs stratégiquement vitaux dans notre hémisphère ». Nous sommes prévenus : chasse gardée des USA… Qui ne s’interdisent pas par ailleurs, et en contradiction avec la doctrine Monroe originelle, d’influencer les politiques étrangères – notamment européennes – dans le sens de ses intérêts, ni d’élargir son « hémisphère » au-delà du continent américain. Deux exemples concrets de cet « update Monroe » sont l’arraisonnement par les forces américaines, en novembre dernier, à plusieurs centaines de kilomètres des côtes du Sri Lanka, d’un cargo voyageant de la Chine vers l’Iran, qui aurait transporté une « technologie militaire à double usage », et la décision du président Trump, le 16 décembre dernier, d’imposer un « blocus total et complet » des pétroliers sous sanctions à destination et en provenance du Venezuela (plusieurs tankers saisis à ce jour).

La paix par la force… ou la force avant tout ?  

Un des éléments frappants du texte est le concept de force comme outil préalable et universel à toute relation, ce qui va plus loin que le « Si Vis Pacem Para Bellum » plus pertinent que jamais. La force doit dissuader, dominer, et agréger les partenariats : « La force est la meilleure arme de dissuasion. Les pays ou autres acteurs suffisamment dissuadés de menacer les intérêts américains ne le feront pas. En outre, la force peut nous permettre d’atteindre la paix… ». Quelle limite à ce concept certes opérant mais qui développe sa propre nécessité, car la paix par la force a besoin de toujours plus de force… ?

Le navire amiral de la 7e flotte américaine, l’USS Blue Ridge (LCC 19), a participé à la 11e édition de l’exercice Croix du Sud dans la mer de Corail, près de la Nouvelle-Calédonie, le 1er mai 2025.

Intervenir ? A priori non, mais ça dépend

Fidèle à la doctrine des fondateurs, l’administration américaine répugne en principe à intervenir, mais… « Pour un pays dont les intérêts sont aussi nombreux et divers que les nôtres, il n’est pas possible d’adhérer rigoureusement au non-interventionnisme. Cependant, cette prédisposition devrait fixer des critères élevés pour déterminer ce qui constitue une intervention justifiée ». En clair : ça dépend de ce que les USA ont à gagner – ou à protéger de vital – à une intervention, et, de plus, toute intervention sera « réversible » au gré des intérêts US…  Par ailleurs, ils ne s’interdisent pas « d’agir sans intervenir » : « Nous voulons que les autres nations nous considèrent comme leur partenaire de premier choix et nous les dissuaderons — par divers moyens — de collaborer avec d’autres »… A bon entendeur…

L’Otan n’est plus destiné à s’étendre…. Et les Etats-Unis interrogent son avenir

« Mettre fin à la perception, et empêcher la réalité, de l’OTAN comme une alliance en expansion perpétuelle… » ; sans précaution oratoire, l’administration Trump met un coup d’arrêt – qui répond aux demandes russes depuis des décennies – à l’expansion de l’Alliance amorcée en 1999. Au-delà, en partant de ce qu’elle considère comme les conséquences civilisationnelles des politiques migratoires européennes, elle pose comme jamais auparavant la question de l’avenir de l’alliance : « À long terme, il est plus que plausible que, d’ici quelques décennies au plus tard, certains membres de l’OTAN deviennent majoritairement non européens. À ce titre, la question reste ouverte de savoir s’ils considéreront leur place dans le monde, ou leur alliance avec les États-Unis, de la même manière que ceux qui ont signé la charte de l’OTAN… Si les tendances actuelles se poursuivent, le continent (européen) sera méconnaissable d’ici 20 ans ou moins. Dans ces conditions, il est loin d’être évident que certains pays européens disposeront d’une économie et d’une armée suffisamment solides pour rester des alliés fiables…». En clair, les USA nous disent qu’ils considèrent que la pérennité de l’OTAN dépend de l’identité culturelle de ses membres… Sans entrer dans le débat sur le bien-fondé de cette perception américaine, on ne voit guère comment les pays européens de l’alliance pourront rester sans répondre à cette « question de confiance » qui leur est brutalement posée.

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, et les chefs d’État et de gouvernement des pays membres de l’OTAN ©OTAN

Sécuriser ressources et routes 

« Nous devons rétablir notre accès indépendant et fiable aux biens dont nous avons besoin pour nous défendre et préserver notre mode de vie. Cela nécessitera d’élargir l’accès des États-Unis aux minéraux et matériaux essentiels… De plus, la Communauté du renseignement surveillera les chaînes d’approvisionnement clés et les avancées technologiques à travers le monde…». Plus loin : « Les États-Unis auront toujours un intérêt fondamental à veiller à ce que les approvisionnements énergétiques du Golfe ne tombent pas entre les mains d’un ennemi déclaré, à ce que le détroit d’Ormuz reste ouvert… ». Ce point fait écho aux alertes du dernier rapport de la CIA sur les risques d’atteinte aux routes d’approvisionnement mondiales, et, au-delà de l’Iran clairement visé s’agissant du golfe persique, est étroitement lié au point suivant :

Face à la Chine : maintenir le statu-quo à Taiwan, éviter si possible la confrontation mais dissuader par la force

« Etant donné qu’un tiers du trafic maritime mondial transite chaque année par la mer de Chine méridionale, cela a des implications majeures pour l’économie américaine. Il est donc prioritaire de dissuader tout conflit autour de Taïwan, idéalement en préservant la supériorité militaire. Nous maintiendrons également notre politique déclaratoire de longue date sur Taïwan, ce qui signifie que les Etats-Unis ne soutiennent aucun changement unilatéral du statu quo dans le détroit de Taïwan ». Au-delà, les USA vont renforcer et élargir le cercle de leurs alliés fiables en Asie-pacifique afin de contenir à la fois l’expansion économique et militaire chinoise, anticiper et neutraliser les risques de coupures par la Chine de routes d’approvisionnement vitales, et être en mesure de réagir à toute action armée le long de la « première chaîne d’iles » (1ère série d’archipels majeurs du Pacifique au large de la côte d’Asie de l’Est : principalement composée des îles Kouriles, de l’archipel japonais, des îles Ryukyu, de Taïwan, du nord des Philippines et de Bornéo) et dans toute la région indopacifique.

L’Europe en question

Cette partie du document est celle qui a suscité le plus de réactions… en Europe et en France. Jamais, il est vrai, le diagnostic vital européen n’avait été posé de façon aussi radicale : « …Ce déclin économique est éclipsé par la perspective réelle et plus sombre d’un effacement civilisationnel… citons les activités de l’Union européenne et d’autres organismes transnationaux qui sapent la liberté politique et la souveraineté, les politiques migratoires qui transforment le continent et créent des conflits, la censure de la liberté d’expression et la répression de l’opposition politique, l’effondrement des taux de natalité et la perte des identités nationales et de la confiance en soi… Nous voulons que l’Europe reste européenne, qu’elle retrouve sa confiance en sa civilisation… La diplomatie américaine doit continuer à défendre la démocratie authentique, la liberté d’expression et la célébration sans complexe du caractère et de l’histoire propres à chaque nation européenne. Les États-Unis encouragent leurs alliés politiques en Europe à promouvoir ce renouveau spirituel, et l’influence croissante des partis patriotiques européens est en effet source d’un grand optimisme… Notre objectif devrait être d’aider l’Europe à corriger sa trajectoire actuelle…Les États-Unis sont, naturellement, sentimentalement attachés au continent européen…Nous voulons travailler avec des pays alignés qui souhaitent retrouver leur grandeur d’antan… ». Il ne nous appartient pas d’entrer dans le débat ouvert pas ces positions américaines. Constatons que les réactions en Europe ont été vives, à l’exemple du chancelier allemand, qui a jugé que certaines parties de la stratégie de sécurité US étaient « inacceptables ». Au-delà des répliques telles que « vassalisation », « humiliation » ou « ingérence », on peut considérer qu’il serait nécessaire de répondre avec une argumentation construite à la vision américaine. Enfin, l’exposé décomplexé d’une Europe « faible » par l’administration américaine n’est-il pas l’expression d’une « lutte des modèles politiques » (modèle démocratique contre modèle autoritaire) qui secoue une bonne partie du monde ?

Berlin 14 décembre 2025 sous l’égide du chancelier allemand, Friedrich Merz, réunion des pays de la coalition des volontaires pour soutenir l’Ukraine au moment où Volodimyr Zelenski rencontre les émissaires du président Donald ©OTAN

Europe et Russie… Europe et Ukraine

Contrairement à ce que l’on a entendu, l’administration américaine ne veut pas « laisser tomber les Européens et les laisser seuls régler les problèmes de leur continent » ; s’agissant des relations entre l’Europe et la Russie, ou plus encore du conflit ukrainien, les USA ont l’intention de peser sur l’évolution des choses, quitte à contrer les « attentes irréalistes concernant la guerre » (comprendre la capacité de l’Ukraine à récupérer ses territoires perdus) de dirigeants européens : « La gestion des relations entre l’Europe et la Russie nécessitera un engagement diplomatique important de la part des États-Unis, à la fois pour rétablir les conditions d’une stabilité stratégique sur le continent eurasien et pour atténuer le risque de conflit entre la Russie et les États européens… Il est dans l’intérêt fondamental des États-Unis de négocier une cessation rapide des hostilités en Ukraine, afin de stabiliser les économies européennes, d’empêcher une escalade ou une extension involontaire de la guerre, de rétablir la stabilité stratégique avec la Russie… L’administration Trump se trouve en désaccord avec les responsables européens qui ont des attentes irréalistes concernant la guerre, ces dirigeants se retranchant dans des gouvernements minoritaires instables, dont beaucoup bafouent les principes fondamentaux de la démocratie pour réprimer l’opposition » – (Le gouvernement français est clairement inclus dans le lot). La trajectoire européenne, comme sa politique étrangère, sont ainsi « mises sous pression » américaine, à l’aune des intérêts considérés comme vitaux pas son administration.

Le président Donald Trump rencontre le président ukrainien Volodymyr Zelensky à Mar-a-Lago, 28 décembre 2025. ©Maison Blanche

Conclusion

Il y aurait eu beaucoup encore à souligner dans la nouvelle Stratégie de sécurité nationale des États-Unis d’Amérique, comme par exemple pour l’Afrique où l’administration US veut rompre avec la logique de l’aide et y substituer une politique d’investissements productifs. On voit se dessiner un mouvement de repli pour les États-Unis, du « théâtre mondial » vers l’hémisphère occidental, avec une ligne de défense en Indopacifique. Une autre synthèse pourrait être de remarquer que les termes de « solidarité », « droits de l’homme » et « État de droit » sont absents du document… De même, la déclaration du porte-parole du Kremlin Dmitry Peskov à la télévision d’état russe le 7 décembre dernier, selon laquelle « La nouvelle stratégie de sécurité américaine s’accorde avec les perceptions russes » et que « Les ajustements que nous y constatons correspondent dans beaucoup d’aspects à notre vision » indique que l’administration américaine est autant aujourd’hui un défi qu’un allié pour nombre de pays et d’instances internationales. Le mot de la fin peut être laissé à Pete Hegseth, le secrétaire à la guerre des Etats-Unis, lors d’un discours le 6 décembre dernier au Reagan National Defense Forum, au cours duquel il assena trois fois cette formule « Fini l’idéalisme utopique ; place au réalisme pur et dur ».

Pierre Brunet

Ecrivain et humanitaire.

[1] La doctrine Monroe, formulée en 1823, peut se résumer aux trois points clés :

  1. Les Amériques du Nord et du Sud sont fermées à la colonisation et à l’intervention européenne (et à l’intervention. l’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud devaient être le domaine des États-Unis.
  2. Toute nouvelle tentative d’étendre les systèmes politiques européens aux Amériques sera traitée comme une menace pour la paix et la sécurité des États-Unis.
  3. Les États-Unis n’interviendront pas dans les affaires européennes.

 

Pierre Brunet est romancier et membre du Conseil d’administration de l’ONG SOLIDARITES INTERNATIONAL. Il s’engage dans l’humanitaire au Rwanda en 1994, puis en 1995 en Bosnie, et est depuis retourné sur le terrain (Afghanistan en 2003, jungle de Calais en 2016, camps de migrants en Grèce et Macédoine en 2016, Irak et Nord-Est de la Syrie en 2019, Ukraine en 2023). Les romans de Pierre Brunet sont publiés chez Calmann-Lévy : « Barnum » en 2006, « JAB » en 2008, « Fenicia » en 2014 et « Le triangle d’incertitude » en 2017. Ancien journaliste, Pierre Brunet publie régulièrement des articles d’analyse, d’opinion, ou des chroniques.


Découvrez les autres articles de cette édition : 


 

« Le monde à venir vu par la CIA » :

Edition des Equateurs, Robert, Diane ; États-Unis, Office of the Director of National Intelligence ; États-Unis, Central intelligence agency

Quelles perspectives les humanitaires peuvent-ils concevoir du dernier rapport prospectif de la CIA ?

Le 28 mai dernier est paru en France aux éditions Equateurs Documents la traduction française du dernier rapport de la CIA à l’intention de l’administration des USA, rapport intitulé pour cette publication « Le monde à venir vu par la CIA – Analyses, faits et chiffres ». Pour les humanitaires, toujours en éveil – et en recherche d’anticipation – sur la lecture des mouvements tectoniques, arcs de crises, lignes de fracture et tendances lourdes de la « géopolitique concrète » qui conditionne notre action, cet ouvrage issu des données et interprétations de la principale agence de renseignement américaine (laquelle porte une image, en Europe, souvent négative) interroge nos propres perspectives.

Avant d’entrer dans la restitution des analyses les plus déterminantes du rapport, il faut en souligner deux « biais » majeurs :

  • Le rapport est conçu, pensé et rédigé du seul point de vue des intérêts américains et des menaces « extrêmes et critiques » envers ceux-ci ; il est à cet égard probable qu’un rapport similaire des services français, s’il pointerait les mêmes phénomènes incontournables, en citerait aussi d’autres, et en tirerait une hiérarchie des menaces en partie différente, et une vision peut-être plus nuancée ou complexe.
  • Le rapport est conçu, pensé et rédigé pour s’adresser à l’administration US actuelle, c’est-à dire l’administration Trump… On y perçoit entre les lignes une vision qui se doit d’être en accord, et de répondre par anticipation, aux attentes et présupposés idéologiques et de « perception du monde » de ladite administration. De même, « l’absence » dans le texte de l’évocation de tel phénomène (changement climatique par exemple, nous y reviendrons) comme menace est, en creux, une indication en soi… de la menace que représente le refus par la première puissance mondiale d’adresser ledit phénomène…

Ceci posé, l’exposé des perspectives mondiales selon la première puissance mondiale ne peut laisser indifférent, et ne peut, surtout « être indifférent » au monde, car ce que perçoivent les USA influence à son tour ce monde…

Du point de vue de sa structure, l’ouvrage publié en France comporte trois parties distinctes : le rapport dit « Evaluation annuelle des menaces de la communauté du renseignement des Etats-Unis », la retranscription d’une audition au sénat des Etats-Unis sur les menaces actuelles dans le monde, et enfin une dernière partie « Analyse, faits et chiffres » relative à 9 pays / états choisis, on le suppose, comme significatifs…

Siège de la CIA Langlay, VA

Examinons, de façon non exhaustive, les analyses les plus déterminantes du rapport en termes de menaces « extrêmes et critiques » envers les intérêts américains, et tentons d’en percevoir les conséquences ou les facteurs à prendre en compte par les humanitaires dans leur action présente et à venir.

  • La toute première menace envers les intérêts américains que cite le rapport (priorité confirmée en deuxième partie d’ouvrage par l’audition au sénat des Etats-Unis sur les menaces actuelles dans le monde) est représentée par les organisations criminelles et cartels responsables de l’arrivée massive de drogue sur le sol US (notamment le Fantanyl, à l’origine d’une hécatombe aux Etats-Unis), de trafic d’êtres humains et de l’immigration illégale… On peut estimer que cette priorité, bien que découlant d’une menace sérieuse et réelle, est en grande partie orientée et idéologique, produite par une « obsession » de l’administration US actuelle sur la question de l’immigration et de la criminalité liée à celle-ci (arrivée de la drogue, prostitution et afflux de migrants étant souvent mêlées et considérées de fait comme indissociables par les responsables US et donc par les rédacteurs du rapport).  Cette orientation politique de fermeture des frontières américaine / renvoi d’immigrants illégaux augure, pour les humanitaires, de la nécessité de programmes à mettre en place ou renforcer / élargir pour les « Caminentes » (« Ceux qui cheminent » : migrants) bloqués en Amérique centrale, ou « retournés de force » sans ressource ni abris… Les années qui viennent risquent de voir grossir dans cette région une masse d’hommes, de femmes et d’enfants qui n’ont plus rien, ni là-bas ni ici, et auront besoin d’assistance, de la survie au quotidien à l’éducation des enfants…

 

  • Une menace persistante soulignée par le rapport est celle de la continuité voire de l’augmentation du risque terroriste. En Asie et au Moyen-Orient (sauf Yémen) ISIS (Etat Islamique) est identifié comme acteur premier défini par sa capacité, même ne disposant plus de « territoire », à resurgir, profitant de la moindre opportunité de déstabilisation régionale ou locale (comme en Syrie, nous y reviendrons), à s’étendre, comme en Somalie ou Afrique de l’Ouest où l’organisation côtoie et concurrence les filières régionales d’Al-Qaida, et à inspirer des initiatives locales en Europe ou en Russie. En Asie centrale, ISIS-Khorasan est défini comme particulièrement agressif, et cherchant à «exploiter les itinéraires de voyage à haute vulnérabilité ». En Afrique de l’Ouest et dans la bande sahélo-saharienne, les filiales régionales d’Al-Qaida déstabiliseront toujours plus les états tels que le Mali, le Burkina-Faso ou le Niger (et plus loin vers le golfe de Guinée), avec des attaques croissantes aux centres urbains et une perte de contrôle grandissante du territoire par les autorités. Le rapport met en exergue le rapprochement de la filiale très active d’Al-Qaida au Yémen (Al-Qaida dans la péninsule Arabique-AQAP) comme celle de Somalie (Shebabs) avec les Houtis, favorisant un accès à des sources d’armes plus sophistiquées, et une possible coordination pour frapper les intérêts occidentaux et le trafic commercial dans la zone. Pour les humanitaires, déjà avertis de cette menace, le rapport accentue la nécessaire anticipation du risque sur les trajets d’accès locaux ou transfrontaliers, les implantations et résidences isolées, les routes d’approvisionnement logistiques terrestres et maritimes. Plus largement, l’humanitaire « d’origine occidentale » sera de plus en plus, là où ces organisations s’étendent, menacé et ciblé, et l’accès aux populations les plus isolées ou lointaines risqué, contesté ou empêché.

 

  • La Chine apparaît dans le rapport comme une source de menaces à la fois régionale (politique expansionniste en mer de Chine, annexion de fait d’iles et ilots sur lesquels elle n’a aucune souveraineté légale, politique d’encerclement et de harcèlement militaire envers Taiwan que Pékin s’est promis de « réunifier » de gré ou de force avec la Chine continentale), mais aussi globales ; les analystes américains anticipent, du fait de l’action délibérément agressive des autorités chinoises, une « galaxie » cohérente de risques majeurs : perturbation et interruption des routes d’approvisionnement et chaînes logistiques (notamment maritimes) utilisées par les pays occidentaux, risques d’atteintes ou d’attaques sur les infrastructures critiques ( énergie, sécurité, santé, réseaux routiers, ferroviaires et aériens, systèmes de transfert monétaires interbancaires, etc.) et systèmes d’information, de communication et Internet, risques d’explosion de l’utilisation masquée de l’IA pour manipuler les données et l’information en source ouverte (tout comme la Russie, également citée sur ce point), risques de captage de données par effraction dans les réseaux et systèmes internes ou externes occidentaux… Les humanitaires, qui, aujourd’hui, positionnent des stocks d’urgence parfois loin à l’étranger, et expédient à l’autre bout de la planète tel ou tel denrée ou fret, ont-ils assez pris la mesure de la vulnérabilité de leurs chaînes logistiques ? De même, les organisations humanitaires sont de plus en plus consommatrices et productrices d’informations numériques, données et communications « sans frontières »… Jusqu’à quel point nos systèmes d’information, de communication, de cartographie, de stockage et de traitement de nos données (notamment les données terrain concernant nos bénéficiaires) ou encore notre usage grandissant de l’IA échappent-ils à toute intrusion, captage ou manipulation ?

 

  • La menace chinoise s’ajoute, dans le rapport, à la menace venant de Russie, s’agissant des risques d’attaques sur les réseaux de satellites occidentaux, et conséquemment de rupture des systèmes de communication qui en dépendent ; pour les humanitaires, encore, la question de notre dépendance grandissante à ces liaisons satellite vulnérables se pose… Sur ce sujet de la rupture envisagée des systèmes de communication occidentaux, une remarque s’impose à la lecture du rapport : il est frappant d’y voir « l’absence » d’évocation du risque de coupure, notamment pas la Russie, des câbles sous-marins traitant plus de 90% de l’Internet, risque pourtant pris très au sérieux par l’OTAN… Serait-ce une volonté de ne pas trop mettre en cause la Russie ?
Sommet OCS Shangai 2025 Sommet OCS Shangai 2025 ©X_Narendramodi
  • S’agissant du conflit en Ukraine, si les analystes américains dont le rapport résume les prospectives n’identifient pas de risque d’effondrement imminent du dispositif ukrainien le long de la ligne de contact, leur anticipation peut être résumée ainsi : « Plus la guerre durera en Ukraine, plus l’Ukraine perdra… »… Ainsi qu’il est écrit page 83 « Au cours de l’année écoulée, la Russie a pris le dessus dans son invasion à grande échelle de l’Ukraine… La Russie conserve son élan… Kiev a épuisé ses ressources en essayant de lancer de nouvelles offensives, comme à Koursk en Russie». Ou encore page 142 (retranscription de l’audition au sénat) : « D’un point de vue militaire, nous estimons que la Russie a la capacité de poursuivre sa campagne plus longtemps que Kiev…». Ces prévisions sont à mettre en parallèle avec les déclarations du général Thierry Burkhard, ancien chef d’état-major des armées [CEMA] français, lors d’une audition à l’Assemblée Nationale le 25 juin dernier, lequel estimait que même si la Russie est aujourd’hui dans une situation « très compliquée…, il faut être lucide car, in fine, la victoire est à celui des deux adversaires qui sait souffrir un quart d’heure de plus que l’autre, pour citer Marcel Proust… et  je pense que si on laisse la guerre se continuer comme ça, je crains que la Russie soit capable de tenir cinq minutes de plus que nous, même dans sa situation »… Au-delà de ce constat, le rapport de la CIA pointe et souligne le risque grandissant, plus la guerre en Ukraine se poursuit, de conflit à grande échelle entre les alliés de l’OTAN et la Russie, avec l’utilisation potentielle d’armes nucléaires (risque expressément cité dans le rapport). … Si la place des organisations humanitaires dans un conflit nucléaire est d’ordre théorique, car alors peu de choses auront encore leur place, les humanitaires ont-ils assez réfléchi à ce que deviendrait leur rôle – ou leur absence de rôle – en cas de conflit de haute intensité généralisé en Europe ? Nos approches, procédures, « safety guidelines » et autres cadres d’intervention ont-ils une chance de s’avérer praticables dans un tel contexte ? Sans même mentionner notre modèle économique et logistique qui n’aurait aucune chance de perdurer. D’un point de vue de simple prospective opérationnelle, quelle organisation humanitaire a commencé à réfléchir aux mouvements de populations se chiffrant en dizaines de millions de personnes, au niveau de destruction et à l’ampleur, l’étendue et la diversité des besoins qu’un conflit de cette nature en Europe entraînerait… ? L’humanitaire que nous connaissons, parmi les premières victimes d’une guerre de haute intensité en Occident ?

 

  • Le cas du Moyen-Orient, dans le rapport, doit être regardé en gardant en tête que celui-ci a été rédigé avant les frappes israélo-américaines sur les installations nucléaires, balistiques et militaires iraniennes de juin dernier (la phrase, page 90, semble d’ailleurs prémonitoire : « …les défis régionaux et nationaux, et plus particulièrement les tensions avec Israël, mettent sérieusement à l’épreuve les ambitions et les capacités de l’Iran »).  Ceci posé, on y lit une énumération de menaces critiques qui ne surprennent pas, mais qui, après la « guerre de 12 jours » contre l’Iran, prennent un relief plus tangible : risques d’attaques contre Israël et les installations américaines dans la région, risque de blocage des routes d’approvisionnement énergétique, commercial et logistiques par l’Iran et son proxy au Yémen (Houtis). A propos de la Syrie, le rapport souligne sa situation volatile et instable après la chute de Bachar Al Assad et le risque de résurgence de ISIS (Daesh) profitant du chaos et de l’opportunité (Nous reparlerons de la Syrie plus bas sur un point du dossier pays qui lui est consacré). Pour les humanitaires, déjà extrêmement vigilants sur le contexte sécuritaire dans la zone, il n’y a là qu’une piqure de rappel. Le sujet à creuser, pour nous, sera celui, en cas d’aggravation de la « volatilité politique et militaire » en Syrie et des massacres envers les minorités (Alaouites, Druzes…) ou d’attaques sur la région de fait autonome Kurde (Rojava) au Nord-est, ou encore de nouvelle intervention militaire turque poussant son agenda en Syrie, de l’accès aux populations isolées ou déplacées, accès qui ne durerait pas en l’état en cas d’éclatement du pays…

 

© UNICEF Ashley Gilbertson

 

  • Comme je l’écris plus haut, il arrive que l’absence d’un sujet en dise autant que sa présence dans un rapport : c’est le cas du changement climatique. A cet égard, l’audition au sénat des Etats-Unis, retranscrite dans le livre, de responsables du renseignement, du FBI et de la sécurité US, dont Tulsi Gabbart, directrice du renseignement national, est l’occasion, pages 130 et 131, d’une interpellation sans détour de cette dernière : le sénateur Angus King lui demande « Le problème du changement climatique aurait-il été résolu ?…  Pourquoi cela ne figure-t’il pas dans le rapport ? … Et qui a pris la décision de ne pas l’inclure, alors qu’il l’a été dans chacun des 11 rapports précédents ? »… Et il poursuit : « Qu’en est-il de l’impact qu’il aura sur les migrations de masse, la famine, les bouleversements sociaux, la violence politique… ». Tulsi Gabbart ne pouvant que répondre que « le rapport se concentre sur les menaces les plus extrêmes et les plus critiques en matière de sécurité nationale »… En creux, les conclusions à tirer pour les humanitaires sont aussi claires que terribles : ne comptez pas, dans les années présentes et à venir, sur les USA pour financer des programmes de réponse ou d’adaptation / résilience face aux effets du changement climatique sur les populations les plus affectées et vulnérables. Et attendez-vous à ce que les conséquences, en termes de besoins humanitaires, de celui-ci, dépasse nos anticipations comme nos moyens… A titre de contre-exemple, l’institut Montaigne (Think Tank français) a publié en juillet dernier un rapport intitulé « France 2040, projections pour l’action politique » dans lequel le deuxième chapitre dit « Environnement, climat et biodiversité » souligne l’impact de celui-ci sur les choix de politiques publiques françaises à venir « Ainsi, l’enjeu climatique, d’ici 2040, aura un impact direct sur notre relation au vivant et engagera notre capacité d’adaptation »…

 

  • La dernière partie du livre rassemble neuf dossiers pays qui représentent autant de « choix » significatifs et symboliques : il est presque amusant, quand on a en tête les déclarations du président Trump sur leur « annexion » souhaitable aux Etats-Unis, d’y découvrir le Danemark, le Groenland (traité à part du Danemark…), et le Canada…  Au-delà, deux dossiers pays nous disent quelque chose : la Syrie, dont aucun chef d’état n’est cité (à la mention « chef d’état » répond la formule « vacant », ce qui en dit long sur l’ambiguïté des rapports de l’administration américaine avec Ahmed al-Charaa / Al Joulani, ancien  leader de Hayat Tahrir Al-Cham (HTC), ex-branche d’Al-Qaida en Syrie et aujourd’hui président du pays à titre transitoire)… Toujours s’agissant du dossier pays Syrie, la mention du déficit en production et approvisionnement alimentaire « en raison des conflits civils et de la crise économique» et du pourcentage de 60 % de la population en situation d’insécurité alimentaire, déjà, en 2021, augure de possibles conséquences humanitaires et politiques majeures (instabilité grandissante, nouvelle afflux de réfugiés vers la Turquie et le Liban, explosions de besoins humanitaires avec une réduction de l’accès…) ; le cas de la Turquie, justement, dont le dossier rappelle le chiffre massif des réfugiés accueillis par ce pays, dont plus de trois millions de Syriens, avec comme corollaire la triple problématique humanitaire d’un nouvel afflux (voir plus haut) ou au contraire des conditions de leur retour en Syrie (quel accompagnement ?), ou encore, comme en 2015-2016, d’un « envoi » massif de ceux-ci vers l’Europe, au gré d’une tension entre celle-ci et le pouvoir turc…

Conclusion  

Risques de conflit de haute intensité Russie-OTAN où l’humanitaire actuel n’aurait que peu de rôle, instabilité et insécurité grandissante au Moyen-Orient, en Afrique de l’Ouest, dans la bande sahelo-saharienne ou encore en Asie Centrale, menaces sur les routes d’approvisionnement et chaînes logistiques, menaces toujours sur nos systèmes d’information et de communication, risques de manipulation et d’utilisation de nos échanges et données… Effets non pris en compte par la première puissance mondiale du changement climatique…Aggravation massive des besoins humanitaires au-delà de nos capacités de réponse… Dans le tableau, orienté certes, peut-être parfois simpliste et sans nuances, que dresse ce dernier rapport de la CIA du « Monde à venir », une chose est certaine ; les humanitaires n’échappent à aucun péril, et devront agir, ou se réinventer, pour conserver leur utilité.

Pierre Brunet

Ecrivain et humanitaire

Pierre Brunet est romancier et membre du Conseil d’administration de l’ONG SOLIDARITES INTERNATIONAL. Il s’engage dans l’humanitaire au Rwanda en 1994, puis en 1995 en Bosnie, et est depuis retourné sur le terrain (Afghanistan en 2003, jungle de Calais en 2016, camps de migrants en Grèce et Macédoine en 2016, Irak et Nord-Est de la Syrie en 2019, Ukraine en 2023). Les romans de Pierre Brunet sont publiés chez Calmann-Lévy : « Barnum » en 2006, « JAB » en 2008, « Fenicia » en 2014 et « Le triangle d’incertitude » en 2017. Ancien journaliste, Pierre Brunet publie régulièrement des articles d’analyse, d’opinion, ou des chroniques.

 

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