Mali, Afghanistan, déplacés climatiques, le temps presse.

Urgence Mali !

Le nombre de personnes ayant besoin d’assistance au Mali a beaucoup augmenté entre janvier et juillet 2019 selon OCHA-ONU (Bureau de coordination des affaires humanitaires) qui estime que cela concerne « une personne sur cinq » ! Le nombre de personnes déplacées est passé de 84 300 à 168 500, 68 000 personnes sont touchées par les inondations notamment dans la région de Tombouctou, les activités agricoles sont compromises dans la région de Mopti en raison des tensions intercommunautaires. Et le Plan de Réponse Humanitaire d’un budget de 324 millions de dollars n’est financé à ce stade qu’à hauteur de 30% !

On se souvient encore de ce communiqué du G 7 et du G 5 Sahel à Biarritz fin août qui déclarait « Nous constatons que les besoins humanitaires urgents du Sahel ne sont pas satisfaits ». Triste et accablant constat. Lors d’une réunion à New York le 25 septembre, Antonio Guterres a déclaré « Nous sommes en train de perdre du terrain face à la violence » en demandant « …que les fonds promis pour l’assistance humanitaire (…) soient effectivement octroyés ».

Si la solution est bien sûr du ressort des politiques, laisser la situation humanitaire se dégrader faute de financement suffisant va aggraver dangereusement la vie des populations et les tensions qui en résulteront. Au Mali, épicentre de la crise au Sahel, un atelier national d’analyse des besoins et de planification humanitaire pour 2020 est prévu les 1 et 2 octobre à Bamako. C’est nécessaire, mais les besoins actuels ne sont pas encore financés et l’on fait maintenant appel à un financement mondial. Mais qui va s’en occuper sérieusement pour qu’enfin les secours soient à la hauteur des besoins vitaux des populations qui attendent des secours !

Le candidat Abdullah Abdullah chef de l’exécutif et le président Ashraf Ghani.

Afghanistan, rien de nouveau !

L’option militaire se révélant vaine, M. Trump avait « décidé de lever ce tabou » en engageant des négociations directes de paix avec les Talibans. Celles-ci ont été brusquement interrompues par le Président américain le 7 septembre. Certains s’en sont réjouis. Mais l’option restante, c’est encore et toujours la guerre ! Il est vrai que ces négociations ne réglaient pas tout et notamment un dialogue inter-afghan.

Lors de la campagne à l’élection présidentielle du 28 septembre, le président et candidat à sa réélection, Ashraf Ghani a déclaré « La paix est le premier désir de notre peuple ».  Les médias évoquent souvent la guerre la plus longue menée par les Etats-Unis durant 18 ans. Mais celle-ci a commencé en 1978 et s’est amplifiée à partir de 1979 avec l’invasion soviétique. Et depuis, ces guerres se succèdent avec les mêmes protagonistes intérieurs et extérieurs.

L’élection présidentielle avec ses 18 candidats est supposée apporter une légitimité au vainqueur et ainsi lui permettre de gouverner et de faire la paix tant attendue. Il faudra attendre le 19 octobre pour avoir les résultats du vote de près de 10 millions d’afghans sur 34 millions d’habitants. En attendant, nous pouvons simplement nous souvenir que si le nombre de votants a été de 85% en 2004 pour les premières élections présidentielles en Afghanistan, ce pourcentage n’était plus que de 32% en 2009 et que le taux de participation n’a pas été communiqué lors des élections de 2014 où les fraudes avaient été massives.

L’enjeu majeur de ce scrutin réside précisément dans le taux de participation et semble confirmer le constat d’un observateur pour lequel « Chaque scrutin est pire que le précédent » dans un contexte de haute tension, si ce n’est de blocage entre le Président et le Chef de l’exécutif entre lesquels se jouent à nouveau cette élection ! Des sources au sein de la Commission Electorale Indépendante estiment qu’environ 2 millions d’afghans seraient allés voter alors que le taux de participation est un des enjeux majeurs de cette élection et les raisons de l’abstention sont l’insécurité, le manque de confiance et le sentiment d’inutilité même d’aller voter.

La situation semble bien bloquée alors que les besoins de la population sont immenses dans un pays ou 55% de la population vivait il y a encore deux ans avec deux dollars par jour. Un pays victime de la sécheresse qui a forcé plus de personnes à quitter leur domicile que la violence cette année : 275.000 contre 223.000.

Et si, après l’impasse militaire et diplomatique, l’Afghanistan se retrouvait comme enkysté dans une impasse politique. En attendant, la guerre a malheureusement de beaux jours devant elle, mais jusqu’où, à quel prix humain et avec quel dénouement.

©Climate Action Summit 2019.

L’humanitaire à l’épreuve du changement climatique !

En 2018, 17,2 millions de personnes ont été contraintes de fuir en raison de catastrophes naturelles le plus souvent liées au climat selon l’Observatoire des situations de déplacement interne. 764 000, c’est le nombre de déracinés liés à la sécheresse, notamment en Afghanistan et en Somalie. 150 millions c’est l’estimation du nombre de déplacés climatiques en 2050 selon les estimations de la Banque Mondiale si rien n’est fait pour enrayer ce réchauffement !

Et pourtant, le Sommet exceptionnel des Nations-Unies sur le climat s’est achevé lundi 23 septembre sans engagements significatifs des principaux pollueurs. N’oublions pas que l’Union Européenne est le 3ème pollueur mondial après la Chine et les Etats-Unis. Comme l’a dit Antonio Guterres, Secrétaire Général des Nations-Unies, « le coût le plus élevé est celui de l’inaction ».

Or, l’échéance approche. Après les engagements pris en 2015 par 196 pays signataires de l’Accord de Paris (COP21), l’année 2020 correspond tout à la fois à l’année de mise en œuvre de l’Accord et à de nouveaux plans de réduction des émissions de CO2. La COP25 et la COP26 en 2020 à Glasgow constituent des échéances majeures pour limiter le réchauffement d’ici la fin du siècle à 2° si ce n’est 1,5° pour éviter le pire.

L’humanitaire d’urgence a pour raison d’être de sauver des vies dans les conflits et les catastrophes. Mais l’humanitaire est maintenant confronté aux déplacés climatiques suite à des catastrophes amplifiées par le réchauffement climatique : sécheresse, inondation, ouragan, cyclone, montée du niveau de la mer avec d’innombrables conséquences graves pour la santé, l’alimentation, la disponibilité en eau dans un contexte d’augmentation des populations, notamment le long des littoraux et en Afrique.

C’est Mabingue Ngom, directeur du Fonds des Nations-unies pour la population (UNFPA) pour l’Afrique de l’Ouest et du centre qui nous alerte : « Le lac Tchad a perdu 90 à 95% de sa superficie depuis 1970 avec le changement climatique alors que la population de ce bassin a été multiplié par trois ou quatre dans le même temps ». Nous savons aussi maintenant le rôle du réchauffement climatique et de la sécheresse dans les conflits au Darfour comme en Syrie, ce qui soulève la question du climat et de la sécurité.

Dans ce contexte, l’humanitaire ne peut plus faire l’économie d’une action fondée sur le principe de « ne pas nuire » en réduisant l’empreinte environnementale de chaque organisation comme de celle de la mise en œuvre des projets pour les populations. De plus, les humanitaires doivent investir dans la recherche relative à l’adaptation des conditions de vie des populations face au réchauffement et dans l’innovation pour y répondre au moindre coût et maîtrisé techniquement localement.

Enfin, plus que jamais, le processus entre les phases d’urgence, de reconstruction puis de développement est pertinent pour répondre à un réchauffement qui s’accroit dans le temps.

Comme le souligne très justement les ONG du « Réseau pour la prévention des risques de catastrophe » (REPR : CARE, Croix-Rouge française, Solidarités International, Humanité & Inclusion et Groupe URD), dans la dernière livraison de la revue « Alternatives Humanitaires »,  il nous incombe de «…répondre durablement aux crises, même en urgence » tout en replaçant le changement climatique comme l’un des déterminants de crises dont les causes sont multiples.

Mali, Afghanistan, déplacés climatiques, le temps presse !

 

Alain Boinet.