Je vous souhaite une Bonne Année 2019… pour faire face aux défis qui s’annoncent !

Un éditorial d’Alain Boinet. 

Je vous souhaite une très bonne année 2019, pour vous et vos familles et pour les projets qui vous tiennent le plus à cœur !

Mais ces vœux personnels, chaleureux, habités par l’espérance ne nous empêchent pas d’être lucides et prêts à faire face aux défis qui s’accumulent.

S’il y a heureusement des lueurs d’espoir pour la stabilisation en Irak et autour des négociations sur le Yémen ravagé par la guerre, il n’en est pas de même en Syrie où les Kurdes se trouvent pris au piège entre le marteau turc et l’enclume de Damas.

En Afghanistan, faute d’avoir trouvé une solution politique avec les Talibans, le pays s’enfonce dans les divisions et la guerre qui s’étend. Les réfugiés Rohingyas au Bangladesh ont peu d’espoir de retour prochain au Myanmar, et le conflit en Ukraine est parti pour durer et s’enflammer à nouveau.

Mais, au-delà des conflits en cours, il nous faut chercher à identifier les dynamiques internationales en cours, porteuses des crises à venir ! L’Histoire semble bien tourner la page du monde tel qu’il s’est organisé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, puis de la période de transition née de la chute du mur de Berlin et de la disparition de l’URSS. C’était en 1992, quand Boutros-Ghali, secrétaire général de l’ONU, lançait l’Agenda pour la Paix ! Comme cela est loin !

 

De quoi Donald Trump est-il le nom ?

Si Donald Trump nous semble fantasque et imprévisible, il s’inscrit pourtant dans une évolution de la politique étrangère américaine initiée avant lui et qu’il pousse au-delà, à l’extrême, remettant en cause profondément et brusquement les équilibres, les alliances, les règles du jeu international que des pays comme la Russie, la Turquie ou la Chine, chacun à leur manière, contribuent tout autant à remettre en cause.

Quoi que l’on puisse en penser, il s’agit bien d’une stratégie et non d’une foucade passagère. Toutes les règles habituelles se trouvent malmenées, et tous les pays doivent reconsidérer leurs relations avec leurs voisins et dans le monde. Autant dire que cela ne se passera pas sans heurts ni tensions.

L’histoire continue, pour le meilleur ou pour le pire, contrairement à ce que nous prédisait le philosophe Francis Fukuyama quand il prophétisait en 1992, dans son livre « La fin de l’histoire et le dernier homme » que la démocratie libérale était le stade ultime de l’humanité. Le choc du retour sur terre est bien rude !

C’est Christine Lagarde, directrice du Fond Monétaire International (FMI), ou encore Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères en France, qui adjurent maintenant les élites à écouter les peuples pour prendre en compte les attentes de respect de leur identité collective et d’équité dans un développement durable.

C’est l’économiste allemand Klaus Schwab, fondateur du Forum économique mondial, qui déclare « Il faut moraliser la mondialisation » et qui met en garde contre la perte de cohésion des peuples qui menace la démocratie. Il est temps de s’en rendre compte.

Car, si les relations internationales confrontées aux défis planétaires requièrent que la communauté des Nations unies recherche ensemble les voies et moyens d’y remédier, que l’on pense au dérèglement climatique, à la démographie, au développement durable, il apparaît aujourd’hui que la mondialisation porteuse de dérégulation des peuples, des cultures, des nations, des sociétés et des économies, en vue d’établir un vaste marché de producteurs et de consommateurs, est de plus en plus rejetée. Cela a pour effet collatéral de radicaliser des populations qui portent au pouvoir des partis dits populistes.

Au lieu de se limiter à s’en plaindre, nous pouvons nous poser la question des causes profondes qui engendrent ledit populisme. La révolte des gilets jaunes en France n’explique-t-elle pas pourquoi un bon tiers des Français pense que notre actuelle démocratie n’est pas le seul régime politique possible ? La déception est grande et le danger est là.

 

L’actuelle mondialisation nous conduit-elle au chaos ?

Si cette mondialisation a permis des progrès considérables, notamment pour les pays les plus pauvres dans le cadre des Objectifs du Millénaire pour le Développement (ODD 2000-2015), il est tout aussi vrai que les disparités économiques entre les pays et au sein de leur société n’ont pas cessé de s’accroître.

Le Pape François a dénoncé dans son message urbi et orbi de la nuit de Noël l’insatiable voracité de l’homme : « Avoir, amasser des choses, semble pour beaucoup de personnes le sens de la vie. Une insatiable voracité humaine, jusqu’aux paradoxes d’aujourd’hui : quelques-uns se livrent à des banquets tandis que beaucoup d’autres n’ont pas de pain pour vivre ». N’est-ce pas ce que constatent aussi les humanitaires ?

Et, « ce n’est pas l’argent qui va recréer la cohésion de la société » comme l’a justement déclaré Mgr Luc Ravel, archevêque de Strasbourg.

Paradoxalement, la mondialisation actuelle semble bien provoquer une fragmentation des liens et des accords entre pays, mais tout autant au sein des sociétés. Et ces deux processus concomitants sont dans l’immédiat porteurs de tensions, de crises, de conflits dangereux. Une mondialisation respectueuse de la diversité comme de l’unicité de l’humanité serait plus réaliste, juste et acceptée.

 

Pour un aggiornamento humanitaire.

Dans ce contexte, l’aide humanitaire sera de plus en plus nécessaire, indispensable. Elle devra être capable de faire beaucoup plus, beaucoup mieux, en évitant de suivre la seule logique de la croissance budgétaire indéfinie, du conformisme ambiant et de l’institutionnalisation bureaucratique. Ces principes sont plus que jamais d’actualité : humanité, impartialité, indépendance pour remplir au mieux sa mission.

L’humanitaire devra tout à la fois avoir une intelligence géopolitique des crises tout en évitant les pièges mortels de la politisation partisane. Et pourtant, dans ce contexte, l’humanitaire devra aussi faire son aggiornamento, se renouveler et toujours et encore faire ses preuves.

En 2019, l’humanitaire devra tout à la fois se questionner, mieux se connaître, mieux comprendre les liens entre causes des crises et conséquences pour les populations. L’humanitaire devra renouer avec ses racines, tout en évoluant. Il devra être un aiguillon permanent de l’aide et des institutions internationales, une force de proposition et de changement, tout en sachant se coordonner pour mieux répondre aux besoins vitaux des populations en danger.

Alain Boinet