Hommage à Jacques Perrin,

l’homme qui construisait ses rêves. 

Jacques Perrin au festival de Cannes 2009 @Georges Biard 

Jacques Perrin vient de nous quitter. Comédien, réalisateur, producteur, on se souvient de lui dans la 317ème section et le Crabe tambour avec Pierre Schoendoerffer, dans Z avec Costa-Gavras, Cinéma Paradiso avec Philippe Noiret, Les Choristes avec Christophe Barratier jusqu’à Microcosmos ou le Peuple Migrateur où il nous montre la beauté du monde. Films qui sont autant de témoignages de ses talents sans jamais rechercher un quelconque vedettariat. Je souhaite lui rendre hommage en partageant quelques souvenirs.  

J’ai connu Jacques Perrin en 1985 par le docteur Pierre Fyot qui a été l’un des compagnons de Bernard Kouchner, Max Récamier, Patrick Aeberhard, Louis Schittli et bien d’autres au Biafra en 1968. Pierre Fyot de Médecins Du Monde (MDM) a écrit un très beau livre « Les remparts du silence » où il évoque ses missions humanitaires au Biafra, Salvador, Liban, Mer de Chine et Afghanistan.  

Je rencontre Jacques Perrin qui envisage de faire un film sur l’action des « french doctors » en Afghanistan où je suis engagé jusqu’au cou  depuis 1980 ! Nous nous rencontrons plusieurs fois et je lui présente des commandants de la résistance Afghane, Abdul Haq, Amin Wardak et Walid Majrouh.  

Jacques me propose alors de travailler avec lui et d’aller voir si ce film pourrait être tourné au Maroc où je vais passer 15 jours entre le Rif, le Haut et Moyen Atlas où je finirai par découvrir le lieu adapté à Tinerhir dans les montagnes, près des magnifiques gorges du Todra, sur le territoire des tribus des Aït Adidou et des Aït Morad. Finalement, je proposerai à Jacques et à Alain Corneau, qui doit réaliser le film, de le tourner au Pakistan, sur la frontière afghane, avec des Afghans, quoi de plus réaliste.  

Au retour du Maroc, Jacques me proposera de travailler avec lui pour les 5 films « Médecins des Hommes » qui se dérouleront au Biafra, en Mer de Chine, chez les Karens de Birmanie et au Salvador. C’est terriblement tentant, mais je ne peux pas quitter l’action humanitaire en Afghanistan alors que l’année 1986 sera celle de l’escalade militaire de l’Union Soviétique et des destructions qu’elle provoquera. Je lui présenterai alors un ami capable de trouver des solutions aux problèmes les plus inextricables et doté d’une très grande énergie, Philippe Gautier, qui sera par ailleurs président de Solidarités International et ils travailleront beaucoup ensemble.  

 

 

 

 

 

 

 

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Fin décembre 1986, nous rentrons avec mes compagnons Jean-François Marlin et Fahim Youssozaï, d’une mission humanitaire dans le nord-est de l’Afghanistan où nous venons de passer plusieurs mois avec le commandant Massoud.  Quand nous arrivons à Peshawar au nord du Pakistan, le docteur Laurence Laumonier d’AMI (Aide Médicale Internationale) me dit qu’Alain Corneau, ayant eu vent de notre arrivée, nous attend à l’hôtel Intercontinental. Personne ne nous reconnait avec nos barbes, nos tenue afghanes avec le turban ou le pakol (bonnet afghan) et 15 kilos de moins qu’au départ.  

Finalement, Fahim est engagé sur place comme acteur aux cotés de l’acteur Michel Blanc qui jouera le rôle du docteur Philippe Augoyard, médecin de l’AMI, fait prisonnier par les soviétiques en Afghanistan et pour lequel nous nous mobiliserons avec Claude Malhuret, Bernard Kouchner, Jean Bertolino, Dominique Baudis et beaucoup d’autres.  

Parmi tous les films de Jacques Perrin, il y a ces 5 films diffusés en 1988 qui sont à ce jour, sauf erreur, les seuls films humanitaires réalisés pour la télévision. Films qui vont bien sûr alimenter la légende des « french doctors » et populariser l’action humanitaire auprès du public.  

Le souvenir que je garde de Jacques Perrin est celui d’un passionné curieux, à l’écoute, un homme authentique aux nombreux talents et loin de toute vanité. Ce qui frappait immédiatement chez lui, c’est cette allure juvénile qu’il a eu toute sa vie jusqu’à ses 80 ans. Il nous transmet ce message essentiel à cultiver en ces temps incertains « Ce qui est le plus nécessaire aujourd’hui, c’est l’exemplarité. Des gens qui nous permettent de croire ».  

Alain Boinet.