L’eau doit rester source de vie en Afrique de l’Ouest

 

© IAGF, Senegal, Saint Louis, delta du fleuve Senegal, canal d’irrigation, environs du Parc National des oiseaux du Djoudj

Un article d’Erick Orsenna, économiste, Académicien et président d’Initiatives pour l’Avenir des Grands Fleuves (IAGF) et de Hamed Semega, Haut-Commissaire de l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS), membre d’IAGF.

Dès les années 1970, l’Afrique de l’Ouest a subi de plein fouet les effets du changement climatique. L’eau est un marqueur important de ces évolutions : pluviométrie contrastée, entre sécheresse et inondation ; élévation du niveau des océans ; érosion côtière (recul du trait de côte de 6 m/an en moyenne sur l’ensemble du littoral !) ; salinisation des eaux et des sols…

A Saint-Louis, ville embouchure du fleuve Sénégal et ville de transition entre les climats sahariens et sahéliens, l’urgence est déjà là, aggravée par l’ouverture en 2003 d’une brèche sur la langue de Barbarie. Nécessaire pour réduire alors la pression des eaux et protéger des vies face à la forte crue du fleuve, cette brèche ne cesse depuis, de s’élargir faute de mesure d’accompagnement. Le danger est désormais permanent sur les activités agricoles et de pêche, les habitats, l’alimentation en eau. Le lac Tchad est un autre exemple emblématique régional. En moins de 40 ans, sa surface a été divisée par 10. Déplacement des populations, perte de biodiversité et tensions en découlent, la moitié de la population africaine dépendant entièrement des ressources de la biodiversité. Au Nigéria, 1 500 décès par an sont imputables aux conflits liés à l’eau.

Évolutions climatiques, pression démographique : la ressource en eau douce devient un enjeu stratégique, potentiellement facteur de tensions et de migrations. Mais nous voulons croire qu’elle apporte aussi coopération et paix.

Quelles en sont les grandes conditions ? En voici déjà quatre, qui nous semblent primordiales :

  • Savoir pour être en capacité d’alerter et d’agir: ce savoir est celui de la data, de la science participative, des services de prévision pour connaître la disponibilité des ressources en eau et leur variabilité dans le temps et dans l’espace. C’est aussi le savoir issu de l’échange d’expertises et pratiques, comme le propose Initiative pour l’Avenir des Grands Fleuves (IAGF) entre fleuves du monde entier.
  • Gouverner en solidarité à l’échelle du bassin et de manière coordonnée pour maintenir les différents usages de l’eau et la répartir équitablement entre pays. L’Organisation de Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS) a fourni, à cet égard, un cadre de coopération transfrontalière irremplaçable. En considérant le fleuve et ses affluents comme propriété internationale et en gérant collectivement les ouvrages, l’OMVS a fait de l’eau une source de rapprochement, d’intégration et de coopération. Il lui appartient, demain, de continuer à préserver cette ressource notamment contre les pollutions et d’en assurer la durabilité.
  • Protéger et restaurer les têtes de source: de cette zone où l’eau jaillit, tout commence, que ce soit sur les glaciers de l’Himalaya, source de 10 grands fleuves d’Asie dont dépend plus d’1,5 milliard de personnes ou le massif du Fouta Djalon, château d’eau de l’Afrique de l’Ouest, qui alimente un réseau de 15 fleuves et rivières dans 8 pays. Sa fragilité ne fait qu’empirer en raison des événements climatiques et des activités humaines. Le protéger est l’une des priorités inscrites dans la Déclaration de Bamako signée par les pays membres de l’OMVS en décembre dernier.
  • Associer les populations riveraines autour des gestionnaires et des experts pour faire du Fleuve un lien entre populations. Sans acceptabilité et appropriation des enjeux par tous les usagers, le fleuve est en péril et les services qu’il rend pour le développement économique et l’équilibre écologique des territoires seront sans nul doute affaiblis. Comment aménager des zones humides tout en sécurisant l’accès aux ressources des éleveurs ? Comment promouvoir des pratiques agricoles plus économes en eau et limiter des activités destructrices pour les sols et l’eau sans proposer des alternatives pour des populations qui luttent pour leur survie ?
© IAGF

Dakar s’apprête à accueillir le premier Forum Mondial de l’Eau en Afrique subsaharienne. Un Forum centré sur la sécurité de l’eau pour la paix et le développement et les résultats. Depuis 5 ans maintenant, notre association, riche de la pluridisciplinarité de ses experts internationaux, fait prendre conscience des menaces qui pèsent sur les fleuves, propose des solutions, accompagne les acteurs locaux dans leurs projets. Nous serons présents en mars 2021 pour partager ces expériences afin que, du bassin du fleuve Sénégal aux autres fleuves du monde entier, l’avenir des grands fleuves restent entre nos mains.

Le Massif du Fouta Djalon : un rôle central pour la ressource en eau en Afrique de l’Ouest

Superficie : 60 000 km²

Population : + de 15 millions d’habitants

Activités économiques :

-Agriculture : elle occupe près de 80% de la population ;

-Une zone importante d’élevage avec environ de 4,2 millions de têtes de bovins

-Un potentiel hydroélectrique : estimé à 26 000 GWh (barrages de Kaleta, Souapiti et Garafiri)

Une région sensible aux impacts du dérèglement climatique :

-Augmentation des températures de l’ordre de +0,5°C à +4,8°C à l’horizon 2100

-Réduction de la pluviométrie entre -2,8% et -26%

-Perte de la ressource en eau entre 30% et 54 %

Article publié dans le Baromètre de l’eau 2020 de Solidarités International.

Pour en savoir plus sur Initiatives pour l’Avenir des Grands Fleuves, consultez leur site internet ici.

Erick Orsenna

Économiste, écrivain, membre de l’Académie française et spécialiste du développement durable, de l’environnement, de l’agriculture et des économies émergentes. Il est le président de IAGF (Initiatives pour l’Avenir des Grands Fleuves).

Pour une biographie plus complète d’Erik Orsenna, consultez son site.

 

 

Hamed Semega

Diplômé de l’Ecole nationale d’administration (ENA) de Bamako, il a occupé plusieurs postes ministériels au Mali, successivement celui de ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau et celui de l’équipement et des transports. Il est devenu le 19 juin 2017, le Haut-Commissaire de l’OMVS (Organisation pour la Mise en Valeur du Fleuve Sénégal) pour 4 ans.