Rachid Lahlou : « Un humanitaire musulman dans la République »

Paru aux Éditions HD ateliers Henry Dougier. Entretien avec Nathalie Dollé, préface de Rony Brauman. 

De sa fondation en 1991 et durant les nombreuses crises et évolutions qui ont jalonné son parcours pour le moins atypique, l’histoire du Secours islamique France mérite qu’on s’y attarde. Si l’organisation et son fondateur, Rachid Lahlou, sont aujourd’hui bien installés au sein du paysage humanitaire français, cette reconnaissance s’est obtenue au prix d’années de luttes médiatiques et institutionnelles, ponctuées de multiples efforts d’adaptation et de justifications de l’identité de l’organisation. Face à la difficulté de faire comprendre le positionnement du SIF, auprès du grand public comme des donateurs, des bénéficiaires, des institutions publiques ou de la communauté musulmane, Rachid Lahlou a su faire preuve d’une impressionnante ténacité dans la réalisation de ses ambitions pour le SIF et dans son engagement humanitaire aminé par ses valeurs de solidarité propre à l’Islam.

A travers un jeu de questions-réponses rythmant le témoignage, « Un humanitaire musulman dans la République » nous fait prendre conscience des enjeux derrière la triple identité du Secours islamique France, qui a réussi à concilier, au cours de ses 25 ans d’existence, ses natures d’acteur humanitaire et d’organisation à la fois musulmane et française.

 

Le péril de la stigmatisation

L’aventure SIF se déroulera sur un fond permanent de stigmatisation. Bien que le SIF soit une organisation musulmane ouverte, inclusive et non prosélyte, qui tire de l’Islam ses valeurs et le cœur de son engagement tout en recrutant, collaborant et prodiguant de l’aide sans tenir compte des genres, des origines ou de la religion, Rachid Lahlou l’a très vite compris : dans une société qui a traversé des périodes qu’il qualifie de « laïco-sécuritaire », revendiquer sa foi en l’Islam donne lieu à une nécessité de constante justification.

Son attachement à la France, palpable dans ses propos, ne peut néanmoins faire oublier son rejet, tant au niveau personnel qu’organisationnel, alors que les amalgames et les suspicions ont fait obstacle à sa naturalisation tout comme à l’acception et la légitimation du SIF. C’est une part de la vie sociale, médiatique et politique française, dont on parle encore trop peu, qui est ici mise en lumière. Mais, à l’inverse, Rachid Lalou a aussi connu des difficultés avec les courants islamistes les plus radicaux vis-à-vis de sa démarche.

 

Penser son positionnement en temps qu’ONG humanitaire française

Si les messages qu’elle porte, le mode opératoire et financier, les modalités des relations avec les institutions, les bailleurs, les donateurs et les bénéficiaires font partie des nombreuses questions que doivent se poser chaque organisation lorsqu’elle développe ses principes éthiques et sa logique d’intervention, ces dilemmes prennent une tournure encore plus cornélienne lorsqu’on choisit de se rattacher publiquement à l’Islam. C’est d’autant plus vrai que le SIF a dû faire face aux limites que lui a imposé son rattachement à l’association anglo-saxonne Islamic Relief (IR), dont elle n’était au départ qu’une antenne de collecte jusqu’à son indépendance en 2006 sous le nom emblématique de Secours Islamique France.

Si une réflexion doit constamment être menée pour s’adapter aux évolutions sociétales, politiques et internes à l’ONG, tout en restant fidèles aux valeurs musulmanes et aux principes humanitaires, le réel défi pour le SIF a surtout consister à faire comprendre ses choix. Surmonter la désinformation, les incompréhensions, les particularismes culturels, les amalgames et la dangerosité d’une laïcité parfois antireligieuse, est un processus qui, s’il a porté ses fruits, est encore d’actualité.

 

« L’aventure ne fait que commencer »

En effet, les avancées arrachées par le SIF ne sont pas une fin en soi : le plaidoyer continu ! Pour les jeunes générations, pour la France, pour les bénéficiaires dont les besoins augmentent toujours plus vite que les moyens humanitaires, les projets ambitieux de l’association se développent. Alors que l’environnement humanitaire évolue, entre ruptures et continuités, de nouveaux enjeux émergent pour le SIF et les ONG : l’accès à l’eau dans une dynamique de changement climatique, l’aide aux populations ici-même en France ou la perpétuelle quête de l’innovation sont quelques-uns des objectifs que s’est fixé l’organisation.

Et, selon Rachid Lahlou,  le Secours islamique peut compter sur le professionnalisme de ses équipes, le soutien de ses alliés institutionnels et organisationnels, ainsi que son indépendance financière qu’il doit à la générosité des donneurs pour relever ces nouveaux défis.

 

Par Camille Julienne

 


 

Voir le site du Secours Islamique France

 

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